Autonomie des universités, enseignements technologique et professionnel : l’état des lieux ; des solutions iconoclastes. (2)

Entretien avec Samuel Mayol, directeur de l’Institut Universitaire de Technologie de Saint-Denis (intégrale de la vidéo ici)

Première partie : état des lieux

Deuxième partie : « pour un enseignement réaliste et non élitiste »

Couv livre

L’élève est-il vraiment au centre de l’attention de l’institution comme cela est parfois affirmé ? Qu’en est-il de la place du lycée entre collège et enseignement supérieur ? Des diverses ruptures  ? D’une place pour un vrai enseignement technologique ?

Le système éducatif est saucissonné de manière caricaturale à tous les niveaux : verticalement entre les niveaux d’enseignement, mais aussi horizontalement que ce soit entre les filières, avec une absence totale de passerelles, ou entre les disciplines, ce qui fait perdre toute cohérence et tout sens aux divers apprentissages. Comment un jeune peut-il alors vraiment construire ses savoirs, acquérir de vrais savoir-faire ? Mais cette aide à la construction de soi est-elle d’ailleurs encore une fonction réelle de l’institution ? Ce qui est nécessaire ? Vu la situation actuelle, ce n’est plus une réforme, sire, mais une révolution !

En introduction à  Quelle valeur accorder à la licence, pour quels étudiants ? (article à lire ici)  Yves Lichtenberger et Jean-Pierre Korolitski décrivent assez bien un des effets de la rupture lycée université :

« De ces deux élèves de classe terminale qui viennent d’avoir leur bac, l’un très bon, l’autre juste suffisant, lequel sera à l’université à la fin de l’année? Ne vous précipitez pas à donner la réponse. En fait aucun des deux : le premier, comme vous le saviez, sera assuré dès mai de sa place en “prépa”, le second visitera l’université en juillet (“j’ai eu le bac, j’y croyais pas, à quoi j’ai droit?”), il s’y inscrira, il y goûtera en septembre un air de liberté, il essayera en octobre de cacher ses difficultés à ses enseignants tout autant qu’à ses nouveaux amis qui bientôt ne le reconnaîtront plus comme un des leurs, il disparaîtra en novembre. Aucun des deux n’a été préparé à intégrer l’université, l’un parce que le lycée l’a gardé dans une voie scolaire, l’autre parce que le lycée s’en est désintéressé. Ils y (re)viendront peut-être plus tard par goût de la science, par désir de progresser, et se demanderont alors pourquoi, par ignorance ou impréparation, ils étaient passés à côté. »

Des propositions iconoclastes

Dans leur ouvrage Samuel Mayol Jacques-Adrien Perret font état de propositions  dont certaines  peuvent paraître (malheureusement ?) comme très iconoclastes : fondu-enchaîné entre collège et lycée et entre lycée et enseignement supérieur, suppression du bac dont la fonction n’est plus que celle d’un bizutage assez pervers à la fois dans son fonctionnement et dans ses conséquences, découverte des métiers dès la seconde avec des parties d’enseignement donnés par des professionnels (1), notamment dans l’enseignement professionnel ou technologique, transfert de certaines formations sous la tutelle d’autres ministères que celui de l’Education Nationale, vraie continuité entre lycée et enseignement supérieur pour un vrai enseignement technologique de valeur, continuité entre lycée et université (le -3+3), développement de l’alternance et de l’apprentissage, toutes choses à en faire bondir beaucoup. Mais peut-on continuer éternellement dans un système dont les conséquences sur la jeunesse et donc sur la société sont aussi graves ?

Le baccalauréat

Aujourd’hui, le seul objectif qu’ont les élèves, dès le collège, c’est le bac. « Cet examen, qui était un moyen d’atteindre l’université est devenu l’objectif ultime. …. Les lycéens ne savent pas pourquoi ils passent le bac mais ils le passent ! » (entretien avec S. Mayol). Un examen autonomisé, donc, ayant perdu tout sens réel. Il faudrait en conséquence « faire en sorte  que le système éducatif s’intéresse d’abord à ce que les élèves veulent faire, ont envie de faire, et quels objectifs ils doivent atteindre en termes d’ambition professionnelle, soit même en termes d’ambition personnelle … en tout cas qu’ils aient soit un objectif de métier, soit un objectif pour leur vie. » (ibid.). Les lycéens vont à l’université sans même savoir ce qu’ils vont y faire. Certains voeux exprimés sur APB (système Admission Post Baccalauréat) sont en ce sens parfois très caricaturaux qui peuvent aller, pour un même lycéen, de médecine à la théologie en passant par langues appliquées et ethnologie ! On pourrait donc sans état d’âme supprimer un bac qui n’a plus aucun sens pour mettre en place un tout autre système afin de « redonner enfin du sens au système éducatif » (ibid.).

 

Plaidoyer pour un vrai enseignement technologique

La réforme des lycées porte soit sur l’enseignement professionnel, soit sur l’enseignement général et technologique, opposant ainsi les deux secteurs. L’idée de base est que l’enseignement technologique doit déboucher, lui, sur l’enseignement supérieur. Mais le système est très incohérent. Les IUT (Instituts Universitaires de Technologie) ont été créés avant les baccalauréat technologiques. Ils représentaient l’enseignement technologique dans le supérieur. Ils ont donc recruté des bacheliers issus de l’enseignement général. Les BTS se sont créés dans la lignée des baccalauréats technologiques et ont recruté des élèves titulaires de bac général ou technologique ou même non titulaires de baccalauréat, ce qui permettait d’ailleurs à des élèves d’accéder à un niveau bac plus deux sans avoir suivi la voie traditionnelle. Les effets pervers n’ont pas tardés à se faire ressentir : recrutement sélectif à partir de titulaires de bac généraux, souvent pour des questions fort compréhensibles de niveau, concurrence avec les IUT avec manque d’information des lycéens (avoir des BTS dans un lycée change le statut du lycée et, entre autres, son prestige et la rémunération du chef d’établissement). Il serait bon de repenser totalement l’enseignement technologique pour lui redonner ses lettres de noblesse. Cela implique de se poser les vraies questions du recrutement (donc des motivations des élèves et non des nécessités de l’institution ou de l’établissement), du niveau (donc de baser des savoir-faire sur de vrais savoirs de qualité), d’une continuité de la classe de première à un niveau bac+2 hors lycée (donc du rattachement éventuel à d’autres ministères que celui de l’Education Nationale) mais aussi des passerelles, du rapport avec les professionnels et de l’enseignement en alternance… Une vraie révolution !

 

La formation et l’éducation de sa jeunesse, le rôle de la société dans son ensemble

Beaucoup de choses sont mises sur le dos de l’Ecole. Le fait que l’institution s’appelle Education Nationale n’y est peut-être pas pour rien ! Mais l’éducation des jeunes et leur formation concerne de fait toute une société, des parents aux diverses institutions et aux entreprises, dont il faudra quand même qu’elles comprennent un jour que leur propre intérêt est d’y participer réellement, et de ne pas attendre de l’Education Nationale qu’elle ne fasse que leur fournir des jeunes formatés dans des savoir-faire très concrètement et très idéologiquement orientés.

Pour une société faire des êtres pensant n’a pas que des inconvénients !

 

(1) après tout, l’enseignement de physiopathologie dans les anciennes filières F8 et même, encore, Sciences Médico Sociales  n’était-il pas donné, autrefois,  par des médecins ? Et n’étaient-ils pas justement les compétents en la matière ?

Le gypaète barbu

Prochaine chronique : le-3+3 : qui connait ?

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