Open data (2) Un chemin vers la démocratie

Après une première présentation, voici une deuxième contribution sur l’Open data, qui, rappelons-le, signifie plus que l’accès en ligne aux données publiques :  les données doivent être ouvertes et réutilisables.  Réutilisation par le marché certes pour la création de nouveaux services mais aussi par les citoyens. De nombreuses possibilités leur sont offertes. A eux de s’en emparer.
Un citoyen informé est un citoyen actif et vigilant. Une démocratie transparente est un régime dans lequel les pouvoirs publics sont réellement responsables devant leurs électeurs et les citoyens confiants à l’égard de leurs dirigeants, estime Dominique Cardon plaide donc pour l’ouverture et la mise en ligne des données publiques et invite à faire le pari de la confiance en leurs usages citoyens vertueux. Les responsables politiques doivent apprendre à donner des données sans en attendre un retour particulier et en laissant aux citoyens la possibilité d’inventer de nouvelles utilisations. Au niveau des municipalités, certains maires y croient, d’autres rénovent leurs sites à l’ancienne dans la bonne vieille tradition propagandiste.


Open data : le chemin vers une vraie démocratie… par laviedesidees

Dominique Cardon est sociologue au Laboratoire des usages d’Orange Labs et chercheur associé au Centre d’études des mouvements sociaux (CEMS/EHESS). Ses travaux portent sur les relations entre les usages des nouvelles technologies et les pratiques culturelles et médiatiques. Il est notamment l’auteur de La démocratie Internet : promesses et limites (Le Seuil, 2010) et de Médiactivistes avec Fabien Granjon (Presses de Sciences Po, 2010)

Source : Ivan Jablonka & Pauline Peretz, « Open data : le chemin vers une vraie démocratie citoyenne. Entretien avec Dominique Cardon », La Vie des idées, 20 janvier 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Open-data-le-chemin-vers-une-vraie.html

Parmi les exemples cités par Dominique Cardon, il y a l’initiative Regards Citoyens  où l’on trouve notamment un Observatoire citoyen de l’activité parlementaire. Au hasard, nous avons observé l’activité d’un député qui y va mollo.

L’autre exemple cité est celui de la Révolution fiscale de Thomas Piketty. Il permet à chacun de simuler sa propre réforme fiscale.

La guerre du copyright contre le partage de la culture

Il n’y a pas de culture sans partage. La culture pour chacun, la culture pour soi, la culture du chacun pour soi est pour les ânes. Cette question du partage cependant se pose de manière nouvelle depuis le déploiement de l’Internet. Mais l’industrie du copyright est en guerre pour la conservation de ses privilèges. C’est aussi une guerre pour le maintien du « temps de cerveau disponible » à monnayer avec les annonceurs. C’est enfin une guerre contre la culture. « Imagine un monde sans liberté de la connaissance » écrivait sur son bandeau de protestation le site de l’encyclopédie Wikipédia.
Nous vivons actuellement un épisode particulièrement tendu de cette guerre contre le logiciel libre et le partage.
Il est difficile de croire à une coïncidence dans le temps quand, le lendemain de l’action de Wikipedia (et d’autres) contre les projets de contrôle et de censure d’Internet que constituent les projets Sopa et Pipa, on assiste à une opération du FBI conduisant à la fermeture du site MegaUpload, sous les applaudissements intempestifs des autorités françaises à propos d’une opération de police menée par un État étranger en dehors de son territoire. Dans le même temps, on a pu observer de gros efforts de rétropédalages au Sénat et à la Chambre des représentants américains.
MegaUpload, 50 millions de visiteurs par jour, était le 22ème site le plus visité par les Français, rançon de la diabolisation des échanges de pair à pair engendrée par la mécanique disciplinaire Hadopi. Profitant de cela, l’entreprise générait d’énormes profits en associant gratuité et publicité. « Comptes offshore, sociétés à Hong Kong ou à Auckland, porte-parole mystère et pactole considérable dans des paradis fiscaux… Dans la vraie vie, les patrons de MegaUpload échangent des montagnes de billets et changent d’identité. », pouvait on lire sur le site Owni.

« Les énormes profits engrangés par MegaUpload grâce à une centralisation des œuvres soumises au droit d’auteur sont difficilement défendables, écrit la Quadrature du Net, ajoutant : « MegaUpload est un sous-produit direct de la guerre menée contre le partage pair à pair hors-marché entre individus. Après avoir promu une législation qui a encouragé le développement des sites centralisés, les lobbies du copyright leur déclarent aujourd’hui la guerre »

« Le retrait par le FBI du site MegaUpload est utile à de nombreux égards. Il montre bien la violence aveugle des États Unis dans l’application du droit d’auteur au niveau mondial. Cette affaire donne un aperçu de ce qui pourrait devenir la norme si PIPA ou ACTA étaient adoptées. En outre, la censure de MegaUpload montre à quel point les services centralisés sont fragiles et facilement contrôlables. Elle résonne comme un vibrant appel à l’utilisation de protocoles pair à pair décentralisés pour le partage sans but de profit entre individus. Il nous faut urgemment réformer un droit d’auteur malade devenu nuisible à l’architecture même de l’Internet libre. », souligne Jérémie Zimmermann, le porte-parole l’association.

« La vraie solution est de reconnaître un droit bien circonscrit au partage hors marché entre individus, et de mettre en place de nouveaux mécanismes de financement pour une économie culturelle qui soit compatible avec ce partage. Cela garantira une juste rémunération des artistes et auteurs, mais aussi le droit du public à partager la culture, en accord avec l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme », déclare de son côté Philippe Aigrain, co-fondateur de La Quadrature du Net.

Ce dernier a été auditionné récemment par la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, présidée par Marie-Christine Blandin. Dans son intervention, le 11 janvier 2012, il invitait à :  « changer de regard sur le partage non-marchand des œuvres numériques entre individus, qu’on a stigmatisé comme piratage ».

Wikipédia en grève

L’indispensable encyclopédie Wikipédia dans sa version anglaise est hors ligne pour la journée d’aujourd’hui en signe de protestation contre le projet d’introduire aux États-Unis, l’équivalent d’une HADOPI, sous le nom de Stop Online Piracy Act (SOPA). Google, Facebook, Yahoo, Twitter, eBay, AOL sans spartager le procédé s’associent à ce mouvement.

Des projets analogues existent en Europe.

Nous souhaitons nous aussi que les élus, députés et sénateurs ainsi que les candidats à l’élection présidentielle et aux futures législatives se positionnent clairement là dessus.

Légume du mois : le chou vert

Ensor, "Le Chou", 1880 Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

Chou d’hiver, chou divers, plusieurs centaines de variété de chou, dites-vous ? Que de chemin parcouru depuis le chou sauvage d’origine qui existe toujours, soit-dit en passant , sur nos côtes atlantiques.

Un peu d’histoire
Le chou était connu depuis l’antiquité grecque et romaine (pas au Moyen-Orient). Les avis divergeaient largement sur ses qualités et sur son utilisation. Diogène s’en nourrissait exclusivement. Caton en faisait un secret de longévité. Le chou passait aussi pour un remède contre l’ivresse. Mais, en général, dans l’antiquité, il n’était guère reconnu comme un aliment d’honnête homme.
Si les hommes sont renommés naître dans les choux, peu de gens pensent que les choux sont nés de l’homme. C’est pourtant la légende que nous rapporte Maguelonne Toussaint-Samat (Histoire naturelle et morale de la nourriture – Bordas culture – 1987) :

 

Les peuples néolithiques du Proche-Orient comme les Hébreux et les Egyptiens ignoraient le chou, ce vieil européen. La première mention l’honorant se trouve dans le Traité des herbages. Eudème d’Athènes, son auteur, distingue trois espèces de choux cultivés. Pour les Grecs et les Romains, le chou mangé au cours des banquets préservait de l’ivresse. Aussi doit-il son origine légendaire au pire ennemi que Dionysos eut jamais : Lycurgue, le roi des Edoniens, les très anciens Spartiates.
Encore que Lycurgue ne le fît pas exprès. A son corps défendant, faut-il même préciser. Le dieu de la Vigne, dans sa période de folie conquérante et revenant en Europe avec les siens, envahit la Thrace pour y faire connaître le vin lorsque Lycurgue s’interposa. Armé de son seul aiguillon à bœufs, il captura l’armée délirante tout entière, sauf Dionysos qui plongea dans la mer et trouva refuge au fond de la grotte de Thétis. Rhéa, la déesse de la Terre, rendit Lycurgue complètement fou lui aussi : prenant son fils Dryas pour un pied de vigne, il entreprit de le tailler à coups de hache… Les Edoniens parvinrent à le maîtriser et, après l’avoir torturé, le firent écarteler. Des larmes du roi naquirent des choux qui surgirent çà et là dans le sable.

 

Le chou n’était pas qu’aliment : de Rome au XVIIème siècle, voire au XIXème, on utilisait les propriétés cicatrisantes de ses feuilles, notamment en emplâtre. Sa teneur en vitamine C en faisait également un antiscorbutique de choix.
Le chou a été aussi un des premiers aliments, en choucroute, à être proposé industriellement.

 

Aspects nutritionnels
La richesse vitaminique des choux doit être soulignée. Ils figurent parmi les légumes les mieux pourvus en vitamine C : leur teneur est beaucoup plus élevée dans les feuilles extérieures, mais elle reste très appréciable même dans le coeur. Après cuisson il reste en moyenne 15 à 20 mg de vitamine C pour 100 g de chou, ce qui, compte tenu des portions habituellement consommées, représente une très bonne valeur !

Il est remarquablement riche en vitamine E : 2 à 7 mg pour 100 g, un taux record pour un légume !

La provitamine A (ou carotène qui se transforme en vitamine A dans l’organisme) est également très bien représentée : sa teneur est très variable selon les variétés, en moyenne 0,3 mg aux 100 g (ce qui correspond à environ 10 % du besoin quotidien de l’adulte), mais parfois cette teneur atteint 0,6 mg, voire 1 à 3 mg ! Parmi les vitamines du groupe B, il faut noter la vitamine B5 (l’acide pantothénique), la vitamine B6 et l’acide folique B9 (la vitamine B des « légumes feuilles »).

En ce qui concerne les minéraux, le calcium est particulièrement intéressant, grâce à sa teneur élevée (60 mg aux 100 g, besoin quotidien de l’adulte : 800 mg), et surtout au très bon rapport calcium/phosphore, supérieur à 1 (ce qui rend le calcium bien assimilable par l’organisme). On remarque aussi le magnésium, le fer (accompagné de cuivre et de vitamine C qui favorisent sa bonne utilisation), de nombreux oligoéléments, et enfin des dérivés soufrés, très caractéristiques du chou (ils sont responsables en grande partie de sa saveur typique).

Les fibres sont abondantes (plus de 3 %) composées majoritairement de celluloses et d’hémicelluloses.

Le chou, comme tous les légumes appartenant à la famille des crucifères, contient une substance soufrée, la thio-2-oxazolidone, ou goitrine, un précurseur des thiocyanates (composés responsables de la saveur très caractéristique des choux) qui est capable, pour des quantités de chou absorbées régulières et abusives, de s’opposer à l’action de l’hormone thyroïdienne, au point de provoquer un goitre.

Notre recette :
Cuisse de lapin au chou, jambon de Bayonne et romarin

Prévoir par personne :
- une cuisse de lapin
- une tranche fine de jambon de Bayonne,
- le quart d’un chou vert de bonne taille
- une branche de romarin frais dont on aura séparé et finement haché les feuilles.

Éliminer les feuilles extérieures du chou, détacher les autres, les laver et les blanchir à l’eau bouillante jusqu’à ramollissement des feuilles (environ 10 mn). Égoutter.
Dans une cocotte, dont la taille sera choisie en fonction du nombre de cuisses, faire couler un filet d’huile d’olive (éventuellement huile d’olive au sésame grillé). Faire juste dorer les cuisses de chaque côté. Laisser rôtir une dizaine de minutes à feu pas trop vif. Les retirer de la cocotte. Faire revenir le jambon de Bayonne coupé en petites lamelles de deux centimètres environ. Rajouter éventuellement un filet d’huile d’olive puis le chou. Ajouter les feuilles de romarin finement haché et mélanger le tout. Disposer au dessus les cuisses de lapin. Laisser cuire à feu assez doux environ une demi-heure.
Quelques remarques :
La cuisson en cocotte en cuivre permet une meilleure répartition de la chaleur. Il est aussi possible de cuisiner de la même manière un lapin entier et préalablement découpé.  La recette peut aussi se faire en cocotte individuelle pour les célibataires endurcis mais hamburgerophobes.
Que boire ?
On peut conseiller plusieurs vins. En blanc, préférer un viognier du Sud-Ouest. En rouge, un Corbières un peu épicé conviendra très bien.

                                                                                                                    P.M. Théveniaud

 

Bernard Stiegler : « Le temps est venu de passer d’un consumérisme toxique à une économie de la contribution »

La prolétarisation généralisée, c’est-à-dire la perte successive de tous les savoirs (savoir faire, savoir vivre, maintenant savoirs tout court) produit des Fukushima financiers et nucléaires, une société de l’incurie, explique Bernard Stiegler dans un entretien à Geek Politics. Le logiciel libre est un modèle de déprolétarisation. Il permet de reconstruire de la motivation.
Nous reproduisons cet entretien et sa transcription qui donne un aperçu de la pharmacologie du philosophe.


ITW Geek Politics Bernard Stiegler from Dancing Dog Productions on Vimeo.

Bernard Stiegler est un philosophe en lutte. En ligne de mire, un capitalisme addictif qui aspire le sens de nos existences. Son remède : passer à une économie de la contribution, inspirée du logiciel libre.

Ce n’est plus un secret pour personne : le capitalisme est en train d’être dévoré par ses propres effets toxiques. En 2005, parmi d’autres voix peu écoutées alors, une association française, Ars Industrialis, lancée par quatre philosophes et une juriste, avait sonné le tocsin. A l’époque, leur manifeste décrivait les dangers d’un capitalisme « autodestructeur » et la soumission totale aux « impératifs de l’économie de marché et des retours sur investissements les plus rapides possibles des entreprises » et notamment celles actives dans les médias, la culture ou les télécommunications.
Aujourd’hui, l’association comporte plus de 500 membres, économistes, philosophes, informaticiens et toxicologues (car le capitalisme est devenu « addictif » et « pulsionnel ») confondus et ne semble pas s’être trompée de sonnette d’alarme. « Nous faisons partie des gens qui ont soulevé, dès 2006, l’insolvabilité chronique du système financier américain. On nous riait au nez, à l’époque », explique le philosophe Bernard Stiegler, fondateur d’Ars Industrialis et directeur de l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou.
L’homme habite un petit moulin industriel reconverti en maison à Epineuil-le-Fleuriel, au beau milieu de la France paysanne. Entre quelques cris de paons, il vient de nous détailler le malaise qui s’empare de tous les échelons de la société.

Le règne de l’incurie

« Au 20ème siècle, un nouveau modèle s’est substitué au capitalisme industriel et productiviste du 19ème : le consumérisme, qu’on assimile au Fordisme et qui a cimenté l’opposition producteur/consommateur. Le capitalisme productiviste supposait la prolétarisation des ouvriers. Ceux-ci perdaient tout leur savoir-faire qui était transféré aux machines. Avec le consumérisme, ce sont les consommateurs qui perdent leur savoir-vivre, ce qui constitue la deuxième phase de la prolétarisation. »

Chez Stiegler, le savoir-vivre, c’est ce qui permet à un homme de pouvoir développer ses propres pratiques sociales, d’avoir un style de vie particulier, une existence qui n’est pas identique à celle de son voisin.

« Le problème du capitalisme, c’est qu’il détruit nos existences. Le marketing nous impose nos modes de vie et de pensée. Et cette perte de savoir-faire et de savoir-vivre devient généralisée. Beaucoup d’ingénieurs n’ont plus que des compétences et de moins en moins de connaissances. On peut donc leur faire faire n’importe quoi, c’est très pratique, mais ça peut aussi produire Fukushima. L’exemple ultime de cette prolétarisation totale, c’est Alan Greenspan, l’ancien patron de la Banque fédérale américaine, qui a dit, devant le Congrès américain qu’il ne pouvait pas anticiper la crise financière parce que le système lui avait totalement échappé. »

Que la justification de Greenspan soit sincère ou non, il n’en ressort pas moins que le système ultra-libéral qu’il a sans cesse promu a engendré la domination de la spéculation à rendement immédiat sur l’investissement à long terme. Nous assistons, déplore Stiegler, au règne d’une « économie de l’incurie » dont les acteurs sont frappés d’un syndrome de « déresponsabilisation » couplé à une démotivation rampante.
Où se situe la solution ? Pour Stiegler, l’heure est venue de passer du capitalisme consumériste à un nouveau modèle industriel : l’économie de la contribution. En 1987, le philosophe organise une exposition au Centre Pompidou : « Les mémoires du futur » où il montra que « le 21ème siècle serait une bibliothèque où les individus seraient mis en réseaux, avec de nouvelles compétences données par des appareils alors inaccessibles. »

La passion avant l’argent

Depuis, Stiegler a chapeauté la réalisation de logiciels et réfléchi le numérique, convaincu qu’il est, en tant que nouvelle forme d’écriture, un vecteur essentiel de la pensée et de la connaissance. Il a observé de près le mouvement du logiciel libre. C’est de là qu’aurait en partie germé l’idée d’une économie de la contribution. Car dans le « libre », l’argent n’est plus le moteur principal. Il cède la place à la motivation et la passion, deux valeurs en chute libre dans le modèle consumériste. La question du sens donné aux projets par leurs participants y occupe une place centrale.

« Le logiciel libre est en train de gagner la guerre du logiciel, affirme la Commission européenne. Mais pourquoi ça marche ? Parce que c’est un modèle industriel –écrire du code, c’est éminemment industriel – déprolétarisant. Les processus de travail à l’intérieur du libre permettent de reconstituer ce que j’appelle de l’individuation, c’est-à-dire la capacité à se transformer par soi-même, à se remettre en question, à être responsable de ce que l’on fait et à échanger avec les autres. Cela fait longtemps, par exemple, que les hackers s’approprient les objets techniques selon des normes qui ne sont pas celles prescrites par le marketing. »

De la même manière, une « infrastructure contributive » se développe, depuis deux décennies, sur un Internet qui « repose entièrement sur la participation de ses utilisateurs ». Elle a permis, entre autres, d’accoucher de Wikipédia et de substituer à la dualité consommateur/producteur un ensemble de contributeurs actifs. Ceux-ci créent et échangent leurs savoirs sur le réseau, développant ainsi des « milieux associés » où ils peuvent façonner leurs propres jugements. Pour Stiegler, cette capacité à penser par soi-même propre au modèle contributif, est constitutive d’un meilleur fonctionnement démocratique.

Le numérique, poison et remède à la fois

Pas question, toutefois, de tomber dans un angélisme pontifiant. Dans ses textes, il décrit le numérique comme un « pharmakon », terme grec qui désigne à la fois un poison et un remède, « dont il faut prendre soin ». Objectif : « lutter contre un usage de ces réseaux au service d’un hyperconsumérisme plus toxique que jamais », peut-on lire dans le Manifeste d’Ars Industrialis. Stiegler complète, en face-à-face : « Le numérique peut également aboutir à une société policière. Soit on va vers un développement pareil, soit vers l’économie de la contribution. »
D’ores et déjà, des embryons de ce modèle naissent dans d’autres domaines. « Une agriculture contributive existe déjà. L’agriculteur et ses consommateurs deviennent des partenaires, en s’appuyant notamment sur le web. » En France, cela se fait au travers des AMAP, les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, où les différents acteurs se mettent d’accord sur la quantité et la diversité des denrées à produire.

« Dans l’univers médical, poursuit Stiegler, les patients sont parfois intégrés à la recherche, comme ce qu’a fait le professeur Montagnier avec les malades du SIDA. Nous pensons également qu’il y a des domaines contributifs en énergie, où l’idée serait de produire autant que l’on reçoit, grâce aux réseaux de distribution intelligents, les smart grids. C’est bien sûr totalement contraire aux intérêts des grands groupes. »

Ainsi, l’idée d’une économie de la contribution implique que des pans entiers de nos sociétés sont à réinventer. Stiegler énumère certains besoins : « une politique éducative en relation avec le numérique, un nouveau droit du travail, un système politique déprofessionnalisé, un monde de la recherche où professionnels et amateurs sont associés. Nous plaidons beaucoup pour cette figure de l’amateur, qui aime ce qu’il fait et s’y investit complètement. » Reste, finalement, la question de l’argent. La valeur produite par les contributeurs n’est pas toujours monétarisable, mais peut avoir un impact sur l’activité économique. Ainsi, les articles de Wikipédia permettent à Bernard Stiegler d’écrire beaucoup plus vite qu’avant. « La puissance publique doit être en charge d’assurer la solvabilité des contributeurs. Quelqu’un qui a un projet intéressant doit pouvoir recevoir de l’argent. Cela s’inscrit dans le sillage de thèses classiques comme le revenu minimum d’existence, à ceci près que nous pensons que ces budgets doivent être pensés comme des investissements. »
Reproduire de l’investissement, non seulement financier, mais surtout humain. Aux yeux de Stiegler, voilà l’enjeu d’une sortie de crise. Et voilà, aussi, pourquoi il appelle à la réunion des hackers, des universités, des chercheurs, des amateurs et des gens de bonne volonté (« il y en a partout ») face à un « néolibéralisme devenu l’organisation généralisée du désinvestissement ».

Article initialement publié sur Geek Politics, sous le titre “Bernard Stiegler: ‘Le temps est venu de passer d’un consumérisme toxique à une économie de la contribution’”

Main basse sur l’école publique !

« Présentant ses vœux de Nouvel An au monde de l’enseignement, jeudi 5 janvier, au Futuroscope à Poitiers (Vienne), sur le territoire de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, le président de la République a voulu faire connaître la charpente de ce qu’il propose de continuer à construire après 2012 si les Français le lui permettent. Pour une restauration de l’autorité dans une école républicaine, voilà l’esprit qui se dégage du long discours que M. Sarkozy devait prononcer. » (Le Monde – 6 janvier 2012 )

 

Entre recrutement des chefs d’établissements par les Recteurs d’Académie, recrutement des professeurs directement par le chef d’établissement, contrats d’objectifs déterminés au niveau même des établissements, rémunération en partie aux résultats et entretiens de carrière, la mise en œuvre d’une politique néolibérale à l’Education Nationale n’est absolument pas de l’ordre des propositions de campagne présidentielle. Depuis une vingtaine d’année déjà la machine est sournoisement et secrètement opérante. Et au moment où les voeux au monde éducatif sont prononcés par le Président de la République, il est bon de relire Main basse sur l’école publique d’Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi paru il y a déjà presque 4 ans, en août 2008, aux éditions Demopolis.

Ces deux auteurs, se basant sur une documentation et des faits extrêmement précis, montrent comment, depuis une vingtaine d’année, est mise en œuvre une attaque en règle mais sournoise contre le service public qu’est l’Education Nationale. Ils montrent comment des projets, portés par la frange extrémiste de l’école privée catholique et des organisations liées à l’Opus Dei et au Club de l’Horloge concordent avec l’approche néolibérale pour proposer des réformes par palier dont la correspondance exacte avec celles qui sont mises en place depuis quelque temps est plus que frappante et dont quelques éléments ont été cités plus haut. A ces éléments il faudrait ajouter pour l’exemple : la mise en place d’une possibilité de pédagogie différente selon les établissements ; la suppression de la carte scolaire ; la suppression des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres ; la mise en place de Lycée des Métiers, actuellement simple label de qualité mais dont l’avenir sera d’être régional et non plus national (ce qui peut éventuellement s’admettre). Basé sur un bassin d’emploi de façon à répondre au mieux aux nécessités économiques, c’est une demande très ancienne des organisations patronales. Les professeurs de lycée professionnels, il y a dix ou quinze ans, s’étaient d’ailleurs longuement battus contre une telle réforme. Ce combat dont l’intérêt n’avait malheureusement pas été compris par le reste du corps enseignant, a laissé alors ces collègues dans un isolement néfaste. Maintenant tout est en place et les professeurs de ces lycées labellisés sont priés d’aller à la chasse aux partenariats divers, notamment en direction des entreprises, qui vont ainsi voir leur ancien souhait de rentrer dans les écoles enfin exaucé. Ces professeurs ne peuvent plus vraiment enseigner mais sont largement employés comme agents recruteurs d’élèves (professeurs de lycée chargés de faire la tournée des collèges), animateurs de centre aérés ou éducateurs et, maintenant, agents commerciaux chargés finalement, et de fait, de trouver de nouveaux financements.

A la mise en œuvre de ces réformes on trouve, comme par hasard, un récent ancien ministre de l’Education Nationale, M. Xavier DARCOS, fondateur de l’association Créateur d’écoles. Les textes fondateurs de cette organisation affirmaient clairement qu’il ne fallait pas attaquer l’Education Nationale de front, mais petite touche par petite touche, « en permettant d’importantes innovations au niveau des établissements« , quitte à mettre vingt ans pour parvenir au but final. C’était au début des années 1990, il y a vingt ans ! Ainsi le bulletin n°1 se donnait pour objectif  « l’identification des verrous et les moyens de les faire sauter« . Par verrous il fallait lire entre autres : les problèmes juridiques et financiers, la gestion des personnels, les outils pédagogiques, l’affectation des élèves, leur affectation, les programmes d’enseignement…   Curieusement ces textes, qu’on pouvait facilement trouver sur internet, en ont disparu. Eddy Kahldi et Muriel Fitoussi citent également d’autres personnalités à l’origine de Créateurs d’écoles dont, par exemple, MM Guy Bourgeois, directeur de cabinet de plusieurs ministres de l’Education, Maurice Quenet, Recteur de l’académie de Nantes, de Créteil et de Paris entres autres et à l’époque de cette fondation, apparemment secrétaire en 1975 du Club de l’Horloge, conseiller en 2002 au cabinet du ministre délégué à l’Enseignement scolaire Xavier Darcos et, last but not least, Dominique Antoine, de 2007 à 2009 conseiller Education de l’actuel Président de la République et chargé en plus du dossier culture et communication! (Rappelons que le système CLAIR a été mis en place dans une grande discrétion à la rentrée 2010 et élargi à la rentrée 2011 en programme ECLAIR, incluant l’école primaire.)

Le néolibéralisme conduit à une approche de l’école (au sens large, c’est-à-dire incluant collèges et lycées) entièrement consumériste, donc à sa marchandisation. Les projets de chèque éducation, soutenus notamment dans le rapport Attali en sont une vraie caricature. Dans un tel projet, plus d’argent directement aux établissements, mais transfert du financement des établissements aux parents, grâce à un chèque éducation attribué à chaque élève, aux parents de choisir « librement » l’établissement qu’ils désirent, public ou privé. On ne peut mieux faire pour transférer l’argent du public vers le privé. On ne peut mieux faire non plus pour renforcer les inégalités sociales. Et c’est là, bien sûr, une demande ancienne et insistante du privé déjà cité, sous prétexte bien évidemment  d’une sacro sainte (c’est le cas de dire !) liberté de choix. Les réformes des divers programmes, notamment dans les disciplines scientifiques, en sont également une grande illustration, qui sont fondés non plus sur l’acquisition de savoirs mais sur ce qu’on peut appeler, en les regardant de près et en lisant les manuels, une grande entreprise de marketing pédagogique. Certains ne peuvent que créer une grande confusion dans l’esprit des jeunes, en mélangeant toutes les notions sous prétexte de les intéresser, instaurant une destruction psychique qui bloque  ainsi toute possibilité d’apprentissage avec les résultats qu’on commence maintenant à connaître. Mais apprend-on dans tous les établissements de la même manière ?

On pourrait admettre une forme d’autonomie des établissements et la fin du collège unique, d’autres types d’évaluation (à la fois des savoirs et des compétences, formatives et sommatives sans opposition manichéenne), s’il s’agissait de mettre en œuvre tous les moyens permettant de réduire les inégalités sociales, alors que tout est fait, depuis plus de 20 ans pour la renforcer, d’arrêter la destruction psychique de notre jeunesse et de remettre en route l’ascenseur social dont on a aujourd’hui coupé les câbles.

Gestion managériale de l’Education, école à deux vitesses avec un renforcement encore jamais vu des inégalités, mise en concurrence déloyale entre public et privé, grâce à des campagnes de dénigrement bien orchestrées, privatisation rampante (avec la suppression des IUFM et des stages de formation, certains organismes privés, dans lequel on retrouve en fait des personnels du public, proposent pour plus de 600 euros la semaine de coaching aux nouveaux enseignants), tout cela est bien actuel et non pas une vision du futur contrairement à ce d’aucuns veulent faire croire. Tout est déjà en place !

Un des grands effets pervers de ce qui se passe actuellement est qu’il devient impossible de critiquer le néo pédagogisme et de soutenir une pourtant bien nécessaire défense de l’intelligence et des savoirs, donc de la démocratie, sans la culpabilité de voir superposer son propre discours à celui d’une extrême droite délétère.

Qui veut vraiment tuer son chien lui inocule la rage !

Le Gypaète barbu

En pistes pour la fermeture de Fessenheim ?

Chaîne humaine autour de la centrale de Fessenheim en juin 2011

Si l’on comprend bien, tous les éléments sont réunis pour que la décision de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim puisse être prise car bien évidemment, la décision est politique. Curieux la propension de certains hommes politiques à préconiser le dessaisissement de la politique par elle-même aussi bien sur les questions du nucléaire que sur celles de la finance, deux domaines de même opacité où se pratiquent des stress tests. Si la politique ne veut rien savoir de la sécurité nucléaire, à quoi sert-elle ?

Commençons par quelques extraits du rapport d’évaluations complémentaires de l’ASN (Agence de Sûreté Nucléaire)

( …)vis-à-vis du risque de séisme, l’ASN va imposer à EDF :
  • De faire en sorte que les équipements permettant de maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté soient protégés contre l’incendie en cas de séisme. En effet, les principales dispositions de protection des installations contre l’incendie ne sont pas aujourd’hui dimensionnées pour résister au séisme du référentiel de l’installation;
  • (….)Pour les sites de Tricastin, Fessenheim et Bugey, de fournir une étude analysant le niveau de robustesse au séisme des digues et autres ouvrages de protection des installations contre l’inondation et de présenter les conséquences d’une défaillance de ces ouvrages.

Vous avez bien lu, il manque dans le rapport que l’ASN vient de rendre l’étude sur le niveau de résistance au séisme. La suite :

Cas particuliers des digues
A la suite de la réunion des groupes permanents de juillet 2011 qui a eu pour objet d’examiner la méthodologie proposée par les exploitants pour la réalisation des ECS, l’ASN a demandé à EDF d’examiner les conséquences de la rupture d’une part des digues du Grand Canal d’Alsace à proximité du site de Fessenheim et d’autre part des digues du canal de Donzère à proximité du site de Tricastin.
En ce qui concerne les conséquences d’une rupture de digue du canal de Donzère-Mondragon pour Tricastin et d’une rupture des digues du Grand Canal d’Alsace pour Fessenheim, EDF a apporté une réponse qui doit être considérée comme préliminaire en raison des délais associés aux ECS.
Concernant Tricastin, que ce soit dans le cas d’une rupture en rive gauche ou dans le cas de rupture en rive droite des digues du canal de Donzère-Mondragon, EDF estime que les protections périphériques existantes (batardeaux, écran étanche) permettraient d’éviter l’inondation de la plateforme du CNPE.
Concernant Fessenheim, les conséquences d’une rupture des digues du Grand Canal d’Alsace seraient la présence d’une lame d’eau sur le site, susceptible d’engendrer un scénario de perte totale des alimentations électriques externes et internes, ainsi que la perte potentielle d’autres matériels de l’îlot nucléaire.
Que ce soit pour Fessenheim ou Tricastin, EDF souligne l’absence d’éléments d’études précises disponibles à ce jour sur la hauteur de cette lame d’eau. (…)
L’ASN considère que l’engagement d’EDF répond partiellement à sa demande et qu’EDF devra mener des études indiquant de façon précise le niveau d’eau sur le site du Tricastin en cas de rupture des digues de Donzère-Mondragon et sur le site de Fessenheim en cas de rupture des digues du Grand Canal d’Alsace et évaluer les conséquences qui en découlent. L’ASN prendra une prescription à ce sujet.
Concernant le scénario de rupture de la digue, quelle qu’en soit l’origine, EDF propose :
« D’engager un examen détaillé de la tenue des digues à un niveau supérieur au SMS, et de déterminer un débit d’inondation à prendre en compte au-delà du dimensionnement (en écartant des niveaux de séisme complètement non plausibles, afin de définir les parades les plus adaptées). D’engager, au vu de ces résultats, un calcul des champs d’inondations correspondants.
De définir et de mettre en place, au vu de ces résultats, les parades matérielles et organisationnelles adaptées pour éviter les situations redoutées que sont, pour ce type d’analyse […], un rejet important dans l’environnement pour le réacteur et un
découvrement des assemblages pour le Bâtiment combustible. »
Concernant le risque d’effacement total de la digue, quelle qu’en soit l’origine, l’ASN considère satisfaisante la proposition figurant dans le rapport d’ECS et note la précision apportée lors de l’instruction :
« Les dispositions matérielles qui seraient mises en oeuvre dans ce cadre porteraient sur le renforcement de la robustesse des digues (prévention) et/ou sur le renforcement des protections des matériels nécessaires à la gestion d’une situation H1/H3 (mitigation), EDF n’étant pas en mesure, au stade actuel des études, de statuer sur les solutions techniques à privilégier ».
L’ASN considère nécessaire qu’EDF confirme ces éléments.
Dans le cadre des évaluations complémentaires de sûreté faisant suite à l’accident de Fukushima, EDF a décidé d’accélérer les études répondant aux demandes de l’ASN par rapport au planning initialement demandé par l’ASN à la suite du GP de 2009. Ces études, spécifiques à chaque site, comportent des études hydrogéologiques fondées sur des mesures in situ et des études de faisabilité de dispositions techniques, de type enceintes géotechniques ou équivalent, visant à retarder le transfert de contamination vers la nappe phréatique. EDF s’est engagée à fournir ces études en 2012 ou 2013 selon les sites. Compte tenu de leurs conditions défavorables en cas de pollution, l’ASN considère que les sites de Fessenheim, Bugey et Civaux sont prioritaires. L’ASN prescrira à EDF d’accélérer la remise des études hydrogéologiques. En outre, la possibilité d’installation de parades au percement des radiers et à la pollution des sols fait partie des thèmes en cours d’instruction dans le cadre plus général des réexamens décennaux. Dans ce cadre, l’ASN prescrira à EDF de transmettre à l’ASN une étude de faisabilité en vue de la mise en place de dispositifs techniques visant à s’opposer au transfert de contamination radioactive vers la nappe phréatique en cas d’accident grave ayant conduit au percement de la cuve par le corium.
Pour le cas particulier des réacteurs de Fessenheim, l’épaisseur du radier, égale à 1m50, est la plus faible du parc (contre 3 à 4 mètres pour la majorité des réacteurs du parc). Dans la situation actuelle, EDF estime que la durée de percement du radier à la suite d’un accident grave avec fusion du combustible et percement de la cuve pourrait être de l’ordre de la journée dans le pire des cas (dysfonctionnement de tous les systèmes de sauvegarde). En juillet 2011 dans le cadre de la poursuite d’exploitation au-delà de 30 ans du réacteur n°1 de Fessenheim et sans préjudice des conclusions des ECS, l’ASN a prescrit à EDF le renforcement du radier de Fessenheim, avant le 30 juin 2013 afin d’augmenter très fortement sa résistance au corium en cas d’accident grave. Le dossier a été remis par EDF le 9 décembre 2011 et sera examiné par l’ASN en 2012.

On vous le disait, c’est comme pour les banques, tout va bien mais il faut les renflouer tous les 6 mois. Le président de l’ASN a évoqué la nécessité d’un effort financier « massif » pour améliorer la sûreté. Interrogé sur l’importance des investissements, Henri Proglio use de cette novlangue pour gogos dont ils ont le secret :

« Il est un peu illusoire de chercher à le savoir aujourd’hui, car on est dans un différentiel d’investissement. »

Vous comprenez du moment qu’on est dans un « différentiel d’investissement », ça change tout et son contraire. Du moment qu’elle peut gager nos factures, «la capacité d’investissement d’Edf sera au rendez-vous».

Jean-Marie Brom

 Tous ces éléments expliquent et confortent l’hypothèse de Jean-Marie Brom. Elle ne date pas d’aujourd’hui. J’en avais parlé avec lui en septembre dernier.
Pour le physicien, chercheur au CNRS et porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire :

« l’ASN a refilé le bébé au politique en demandant des travaux, qui n’ont toujours pas été lancés, et qui sont à la limite du faisable, comme le renforcement du radier, dont on se demande bien comment il va être réalisé. Selon moi, Fessenheim est condamné, je ne serais pas surpris que Sarkozy annonce bientôt sa fermeture en 2013. L’ASN va indiquer combien coûterait le renforcement du radier, Sarkozy va dire qu’on ne peut pas faire ça aux Français, qu’il faut être raisonnable. La centrale sera jetée en pâture aux antinucléaires, qui penseront qu’il s’agit d’une première fissure dans le mur, alors qu’il s’agit d’abandonner Fessenheim pour ne pas abandonner le reste. Fessenheim produit environ 2 % de l’énergie nucléaire française, on exporte six fois plus, il suffira donc de réduire les exportations pour ne pas voir la différence. Il faudrait fermer quatre ou cinq centrales pour que cela nous force à réfléchir. Le nucléaire a toujours été politique, la décision d’en sortir sera aussi politique ».

Difficile de savoir aujourd’hui si le coup sera jugé payant mais il est possible. Le recyclage de Claude Allègre ne plaide cependant pas dans ce sens.
Aux arguments techniques et financiers, on peut ajouter la demande politique des grandes villes environnantes que sont par exemple Bâle et Strasbourg qui ont demandé la fermeture de la centrale. Celle-ci constituerait un heureux signal pour dire qu’il y a un après Fukushima et que l’heure d’un changement d’époque a sonné. Pas besoin d’attendre une nouvelle catastrophe. L’Allemagne est entrain de prendre une sérieuse avance sur la France.

Sources : Le rapport de l’ASN ; la déclaration d’Henri Proglio et celle de Jean-Marie Brom. Et sur le wagges.

L’Open data, un petit film pour faire simple

L’association nantaise LiberTIC a réalisé ce film explicatif un peu réclame sur le fonctionnement et l’intérêt de l’Open Data. Le but de ce film est de démocratiser l’open data. Dans ce souci, a été  prise  l’option de simplifier.
Pour f tenter d’éviter que les choses ne se mettent en place sans que l’on ait pris la peine de s’interroger un tant soit peu sur le pourquoi du comment en y associant en amont les citoyens, nous contribuons à la diffusion de ce film.
Financé grâce au soutien de Nantes Métropole, il est diffusé sous licence Art Libre. Vous êtes invités à le réutiliser, dupliquer, diffuser, modifier… tant que vous citez la source. Si vous souhaitez enrichir et compléter ce film, contactez l’association LiberTIC qui mettra le fichier source à disposition.

Quant à nous, dans un second temps, nous nous proposons de complexifier quelque peu la question.