Les fraises, au vin ou à la crème ?

Louis XIV ne jouait pas la modération en matière de consommation de fraises. Au vin, bien sûr, la fraise à la crème étant, à cette époque, réservée au sexe dit faible (voir la recette ci-dessous), et ce malgré les recommandations de son médecin Fragon qui, en 1709, les lui a interdites.

La culture de la fraise n’est en fait apparue qu’au XVe siècle, les fraises des bois faisant auparavant un simple objet de cueillette. La Quintinie en a réservé d’ailleurs plus tard 4 « jardins » dans son potager du Roy à Versailles.

Selon les sources historiques, la fraise a apparemment connu différents statuts, en tout cas au Moyen-âge, statuts d’ailleurs pas forcément contradictoires. Pour Maguelone Toussaint-Samat (Histoire Naturelle et Morale de la  Nourriture – Bordas Ed. 1987), elles constituaient un philtre d’amour et, en tout cas, une gourmandise raffinée. Est-ce, dans le premier cas, parce que les plants s’étendent grâce à l’enracinement des stolons ? Dans le deuxième cas, certainement du fait de leur parfum. On trouve aujourd’hui une rémanence de cette qualité aromatique, notamment dans une variété bien marquetée lors de son lancement, la Mara des bois.

Dans l’ouvrage coordonné par Jean-Louis Flandrin et Massimo Montanari (Histoire de l’alimentation – Fayard Ed. – 1996), le chapitre « Alimentation et conception du monde » nous donne une approche intéressante de la hiérarchie des différents aliments, donc des fruits, donc de la place de la fraise dans la hiérarchie alimentaire. La valeur d’un aliment était fonction de son éloignement au sol. Les moins nobles étaient ceux dont les bulbes comestibles étaient souterrains. Venaient ensuite les racines, puis les feuilles du type épinard ou chou, puis les fruits, les plus éloignés du sol donc beaucoup plus nobles, puisque la terre,  élément bas et vil, était d’autant plus « digérée » par ces éléments de la plante qu’ils en étaient plus éloignés. Les fruits étaient donc supérieurs aux autres végétaux et convenaient ainsi aux classes sociales les plus élevées. Sauf les fraises, comme d’ailleurs les melons, qui ne partageaient pas ce niveau de valorisation, puisque poussant au ras du sol.

Et ce qui était vrai pour les végétaux l’était aussi pour les animaux, dans une « grande chaîne de l’être » qui était donc transposée, par analogie, au monde des humains.

Par ailleurs, selon la classification des saveurs, les fraises, réputées chaudes et moites, devaient se consommer en fin de repas, c’est-à-dire en dessert, selon les recommandations des diététiciens de l’époque. Or on sait combien les pratiques alimentaires étaient conformes à leurs prescriptions, humeurs et saveurs étant intimement liées.

Cette habitude de manger les fraises en dessert persiste de nos jours. Et il est rare de trouver des recettes de fraises en entrée. Et les papilles, à une telle évocation, ne s’éveillent ni ne s’activent d’un enthousiasme délirant. Est-ce à dire qu’il en va là de l’essence même de ce fruit ?

Variétés et arômes

Suivant l’avancée dans la saison, on trouve plusieurs variétés dont un certain nombre sont très récentes sur le marché : Ciflorette (précoce), Cigaline ou Cléry (avril-mai) et autres Gariguettes ou Darselect comme fraises de printemps ou dites « de saison », de mars à juin, Mara des bois et Gariguette en fraises d’été, voire d’automne (« remontantes ») jusqu’en octobre pour la Mara.

Les recommandations d’achat qu’on peut trouver sur des sites de l’interprofession insistent sur les arômes :

«Choisissez les fraises à leur parfum. L’emballage plastique transparent qui les protège des chocs permet d’observer et de humer les fruits. Profitez de ce contrôle olfactif pour observer le fond de la barquette et vérifier qu’il n’y a pas de fruits écrasés.»

Mais, même si, en cette année 2013, on peut remarquer que les fraises françaises ont amélioré leurs qualités aromatiques, ce discours n’est pas sans évoquer ce grand regret de cet aromaticien d’une grande entreprise en parfums et arômes dans les années 1990 : « l’arôme fraise n’existe pas, affirmait-il ; on ne peut parler que de gammes ; or on sait faire de la qualité, mais les entreprises de l’agro alimentaire nous obligent, pour des raisons de coût, à ne produire que le bas de gamme ; ce n’est de loin pas notre propre désir ». On peut aussi tout-à-fait regretter que la production industrielle de la fraise, instituts et vitro plants aidant, se soit axée sur la préservation au transport et la conservation pour d’évidentes raisons économiques, la fraise étant au naturel un produit très fragile. Cela s’est fait au détriment des arômes qui parfois évoquent par trop le bas de gamme dont parlait notre ingénieur aromaticien. Cet arôme bas de gamme est, du coup, presque devenu de fait une référence générale à tel point qu’on le retrouve nettement dans certains fruits mis sur le marché. Souhaitons que la tendance à l’amélioration persiste ! La mise sur le marché de nouvelles variétés comme la Mara en exprimait en tout cas l’intention.

Un certain nombre de variétés ont pris le nom de leur région de production. C’est le cas de la fraise de Carpentras ou, mieux, de la fraise de Plougastel qui est en fait une Gariguette. Plougastel se veut le haut lieu de la fraise. C’est en effet en 1714 qu’Amédée Frézier (le nom ne s’invente pas !) a ramené du Chili une variété de fraise blanche et en a lancé la culture à grande échelle, justement à Plougastel. Les fraises consommées étant alors plutôt des fraises des bois, la Blanche du Chili peut donc être considérée comme la première fraise cultivée en plein champ, supplantée par la suite par d’autres variétés. La renommée actuelle de la fraise de Plougastel tient à la fois à son histoire et au climat particulièrement favorable à sa culture. A son désavantage, il faut reconnaître que, sous prétexte d’être la meilleure, son prix la rend parfois de fait extrêmement précieuse !!!

RECETTES

Il est impossible de ne pas citer la recette de Morue aux fraises à la chantilly mayonnaise aux câpres flambée pastis de Gaston Lagaffe.

Il faut citer aussi la recette de la crème de fraise telle qu’on la trouve dans l’ouvrage de Menon « La cuisinière bourgeoise » de 1774 (citée in Histoire Naturelle et Morale de la Nourriture – op. cit.) :

Pour ma part, je propose en dessert une recette très simple de fraises au viognier.

Soupe de fraises au viognier

Pourquoi au viognier ? Parce qu’il reprend la tradition des fraises au vin et que le viognier est un cépage qui peut donner un bouquet floral marqué. On en trouve de très agréables en Languedoc et à des prix tout-à-fait raisonnables. Ces vins blancs conviennent parfaitement à la fraise et au basilic qu’on va lui ajouter.

Ingrédients pour 4 personnes :
450 grammes de fraises (à choisir pour leur arôme et mûres)
250 ml de viognier
100 gramme de sucre
Quelques feuilles de basilic

Dans une casserole porter à ébullition le vin et le sucre et laisser réduire jusqu’à obtention d’une consistance sirupeuse. Attention à ne pas pousser trop loin la cuisson de façon à éviter impérativement toute caramélisation e t à conserver les arômes du vin
Laisser refroidir.

Dans un saladier équeuter les fraises et les couper en deux ou en quatre selon la taille. Rajouter le sirop de viognier ainsi que le basilic ciselé. Mélanger délicatement. Laisser au froid.

Cette « soupe » de fraise peut être servie sur assiette ou en coupe individuelle. Ciseler un peu de basilic en surface pour la décoration. Servir avec une madeleine.

Une entrée : roquette aux fraises, écrevisses et vinaigre balsamique

Une telle salade joue, bien sûr sur le sucré-salé. Il est important de ne pas ajouter trop de fraises pour garder la fraîcheur du plat et une saveur sucrée qui ne soit pas excessive.

Dans un saladier, préparer la sauce avec vinaigre balsamique et une huile d’olive bien parfumée (de préférence à l’arôme un peu herbacé). Mélanger. rajouter deux à trois fraises par personne, lavées, équeutées et coupées en petits dés. Mélanger délicatement le tout. Disposer sur assiette. Poser quatre ou cinq écrevisses décortiquées, cuites au préalable et refroidies. Servir aussitôt.

P.M. Théveniaud

Parc Steinbach : Nouvelle souscription publique pour un recours en urgence

Une nouvelle SOUSCRIPTION PUBLIQUE de 2000 euros
avec clôture le 21 juin 2013 est lancé par l’association  ENGELMANN

Grâce aux dons de nombreux mulhousiens et d’un très  grand nombre de commerçants, un 1er recours pour sauvegarder le Parc Steinbach vient d’être déposé au Tribunal administratif.
Mais au vu des destructions en cours , l’association a estimé nécessaire de déposer  recours d’urgence
ON PEUT LES  AIDER  A AGIR  EN DEPOSANT DONS EN NUMERAIRE  SOUS ENVELOPPE OU PAR CHEQUE AU NOM DE «  ASSOCIATION ENGELMANN  »  engelmann.patrimoine@gmail.com   
CHEZ  MUSIQUE D’ORELLI             
2 PLACE DE LA REPUBLIQUE  MULHOUSE         

  VISITE GUIDEE DU PARC DIMANCHE 9 JUIN  DE 14 A 16H 

avec des explications sur les travaux 2013 votés par la Municipalité

 

Le wagges avait pris position sur le projet. Voir : Les voleurs d’ombre et de temps du Parc Steinbach

Droit dans le mur ! (suite)

Après la génuflexion de François Hollande devant les marchés, à Leipzig, l’homélie de « Monseigneur » Moscovici  :

« Après plusieurs mois de concertation, j’ai décidé de concentrer l’action législative sur la contribution de 75% sur la part des rémunérations dépassant 1 million d’euros, qui sera acquittée par l’employeur. Elle sera soumise au Parlement dans le cadre du budget 2014, et aura une durée limitée à deux ans. Nous n’irons pas au-delà sur le plan législatif : il n’y aura pas de projet de loi spécifique sur la gouvernance des entreprises. J’ai choisi d’agir dans le dialogue.

Dans cet esprit, j’ai rencontré la semaine dernière la présidente du Medef, Laurence Parisot, et le président de l’Afep, Pierre Pringuet, qui se sont engagés à présenter rapidement un renforcement ambitieux de leur code de gouvernance.

Ils m’ont assuré qu’ils étaient prêts à des avancées importantes, notamment en recommandant le « Say on Pay », qui permettra à l’assemblée des actionnaires de se prononcer sur la rémunération des dirigeants. Notre but est d’éviter de figer des règles dans la loi, quand celles-ci sont amenées à évoluer sans cesse dans un environnement international mouvant. Nous préférons miser sur une « autorégulation exigeante». Mais attention : si les décisions annoncées ne sont pas à la hauteur, nous nous réservons la possibilité de légiférer. »

On retrouve cela dans les Echos du 23 mai 2013. 

La taxation des plus aisés est provisoire – on y croira d’ailleurs quand ce sera fait, la dernière tentative avait été retoquée par le Conseil Constitutionnel sanctionnant l’amateurisme de Bercy ; celles des moins aisés, elle, est durable. Et quand bien même certains accepteraient de limiter quelque peu et provisoirement leurs rémunérations, ils auront sauvé l’essentiel à savoir qu’en tout état de cause c’est eux qui décident et non la politique qui par ailleurs n’est qu’une politique des apparences.

 

Le bac, pour quelle utilité ?

Faut-il supprimer un bac qui a perdu tout sens autre que celui d’un rituel de passage ouvrant par là d’ailleurs un nouveau marché ?

« Pourquoi le bac 2013 angoisse encore plus ? », titre d’un dossier paru dans le journal « Le Parisien » du 21 mai 2013. « Insomnies, maux de ventre, ongles rongés… le retour! » peut-on lire dans l’article.

La mise en regard des deux intitulés est assez frappante. En effet, à quoi sert ce baccalauréat qui angoisse apparemment tant élèves et parents, là où ils pourraient être plus que calmes s’ils connaissaient le dessous des cartes ? L’examen a perdu tout son sens premier. Il coûte cher et ne vérifie plus, sauf dans certaines sections (S par exemple et encore !), ni le niveau ni vraiment les compétences. Les pourcentages sont fixés d’avance et les sujets et notations établis en fonction, notamment dans l’enseignement technologique (déjà largement à l’écrit et encore plus à l’oral dit de rattrapage). Dans certains cas, certaines académies en fait, si de telles pratiques n’avaient pas lieu, le pourcentage de réussite, au vu notamment de l’illettrisme bien réel des candidats, tomberait à 30% au lieu des 80 requis et des 65-70 obtenus, ce qui ne serait politiquement pas admissible. Le but n’est donc pas d’évaluer l’acquisition de savoirs mais bien de sacrifier à une approche purement quantitative (pourcentage de réussite). L’approche par compétences, pratiquée depuis quelques années et qui fera l’objet d’une chronique ultérieure, est entièrement construite en ce sens, ce qui n’empêche d’ailleurs pas les inspecteurs, en plus, de faire remonter encore les notes après correction.
Paradoxalement à cette perte de sens, le bac devient un vrai marché, comme le montrent aussi bien les propositions du journal Le Monde avec, au milieu de force publicités, conseils, documents et autres quizz dont on peut douter de la réelle utilité ‘(« It’s all good, au moins pour le bac 2013 » souligne le journal avec réalisme à côté de ses offres).

France Inter, dans l’émission 7-9 du mardi 21 mai proposait également un reportage sur les nouvelles offres d’applications téléchargeables sur tablettes et autres smartphones. Toujours à base de quizz. C’est ce que souligne un des témoins interrogé. Questions pour un champion adapté à un nouveau marché ? A quel coût, pour quelle réelle utilité et pour quelle signification ? Mais néo libéralisme et questionnement ne font pas bon ménage. Et puis, ne trouve-t-on pas, maintenant, des quizz (pardon ! des QCM) au bac, même en maths ?

A quand la suppression du bac ? La tarte à la crème du contrôle continu ne cesse de surgir et, de fait, ce type d’évaluation apparait de plus en plus pour le bac. On peut s’attendre à ce que, dans quelques années pas si lointaines, il soit définitivement mis en place. Mais examen terminal et national, ou contrôle continu, national ou décentralisé (donc avec perte d’une valeur générale et donc inéquitable du fait de l’inégalité des établissements), le douloureux problème de fond de la profonde inégalité scolaire, de l’illettrisme, de la signification de l’évaluation et du type d’évaluation dans un système donné, et donc du sens de l’école, si sens actuellement il peut encore y avoir, restera posé.

« L’exemple des bacs pros. En France, un contrôle en cours de formation (CCF) existe depuis longtemps pour les baccalauréats professionnels. Le Snuep-FSU, le Syndicat national unitaire de l’enseignement professionnel, en a profité pour redemander un bilan de la mise en place du CCF, dans une enquête lancée auprès des enseignant(e)s concerné(e)s pour connaître leur avis sur ce mode de certification. Selon le Snuep-FSU, 1 400 professeurs de lycée professionnel ont déjà répondu. Quelques tendances se dégagent et pas des moindres : 78 % considèrent que le CCF est une régression dans les modalités d’évaluation et 79 % qu’il permet d’augmenter les notes des élèves à l’examen. » (in « La Toile de l’éducation : Contrôle continu au bac : l’idée refait surface » – LeMonde.fr -Lettre de l’Education – mer. 20/06/2012).

Petits mensonges entre amis
Quant aux résultats du bac, ce serait plutôt petits mensonges entre amis. Si le roman d’Arto Paasilina « Petits suicides entre amis » traite du tragique de la vie par le comique de situations plutôt délirantes, alors la référence est bonne lorsqu’il est question des résultats du bac, notamment dans certaines filières et/ou certaines académies. Un des aspects, et non le moindre, qui donne au bac sa signification réelle de rite magique d’admission sociale, loin de ce qu’il était au départ comme premier examen d’entrée à l’université, est le battage médiatique de cette hystérie tragi-comique qu’est la cérémonie de l’affichage des résultats.

Le Gypaète barbu

 

 

Droit dans le mur !

Le quotidien Le Monde écrit aujourd’hui :

« Le président français a fait l’éloge des réformes du marché du travail menées en Allemagne par l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, jeudi 23 mai, à Leipzig, lors de la réunion du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui célèbre ses cent cinquante ans, en présence de la chancelière Angela Merkel.

« Le progrès, c’est aussi de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l’emploi, pour anticiper les mutations industrielles, et c’est ce qu’a fait Gerhard Schröder ici en Allemagne et qui permet à votre pays d’être en avance sur d’autres », a déclaré François Hollande, très applaudi.

Au moins, c’est clair ! Nous voilà prévenus pour la suite. La déclaration aurait pu être celle de Nicolas Sarkosy. Ils partagent le même modèle, celui du recul de la solidarité, de la stigmatisation des pauvres et des chômeurs. Le SPD, échaudé, ne croit plus lui-même aux solutions à la Schroeder.

Encore un effort dans l’inconscience et nous serons bientôt dans le mur !

Fruit du mois : Défense de l’avocat

C’est le paradoxe de l’avocat d’être arrivé très tardivement sur les tables européennes mais de s’y être extrêmement rapidement démocratisé. A tel point qu’il a subi aussi rapidement une banalisation qui nuit très certainement en partie aux aspects qualitatifs. Et pourtant, un bon avocat est un fruit très goûteux, d’une suavité presqu’addictive et offrant de multiples utilisations culinaires. A condition de sortir de l’éternel avocat aux crevettes et pamplemousse, même si ce dernier peut rester une entrée agréable et fraîche, pour peu que les produits choisis soient de qualité.

 Il existe des avocats marrons, mais très bons !

Les variétés d’avocat sur le marché sont relativement peu nombreuses. Hass et Fuerte sont les deux variétés principalement commercialisées en France, pays européen le plus gros consommateur d’avocat.

 

La première, Hass (80% des avocats consommés dans le monde), du nom de son promoteur, Rudolph Hass , facteur californien, donne des petits fruits à peau granuleuse et épaisse, de couleur brun-violacé à maturité, ce qui rend son choix plus facile. Sa bonne conservation a largement renforcé ses qualités commerciales. Il a une chair plutôt jaune, verte en périphérie, et propose un délicieux quoiqu’assez facile goût de noisette. Si l’avocat est une culture ancienne (de 7 000 ans en Amérique centrale, Mexique et Guatemala), le développement de la variété Hass est récent, Rudolph Hass ayant lancé sa culture dans les années 1920. Un des meilleurs provient du Pérou où l’avocat a été introduit par les espagnols à partir du Mexique au milieu du XVe siècle (1450). Le Pérou profite des meilleures conditions climatiques au monde pour cette culture : côte très ensoleillée, précipitations peu fréquentes, gelées, grandes chaleurs et faibles taux d’humidité. En France, la saison des avocats Hass du Pérou se déroule de début mai à fin septembre.

La deuxième, Fuerte, propose un fruit en forme typique de poire, à peau vert sombre, fine et mate. Assez savoureux à maturité, sa pulpe est plutôt très onctueuse. Les fruits commercialisés viennent majoritairement d’Israël, du Mexique ou d’Afrique du Sud.

A ces deux principales variétés il faut ajouter l’Ettinger, le plus allongé et de saveur délicate, le Nabal, rond, supportant mieux la cuisson et, bien sûr, le Lula, gros avocat des Antilles, à peau lisse et vert jaune, plus aqueux, élément des traditionnelles recettes de féroce de morue.

Pas de morte saison pour les avocats !

Suivant les variétés et les origines, l’avocat est un fruit toute saison, dans la mesure où il s’agit, de toute façon, d’un fruit exotique bien qu’il en existe une certaine production en Corse, région de production la plus septentrionale : Corse (décembre à mai selon les variétés) ; Espagne (septembre à avril); Mexique (septembre à décembre); Afrique du Sud (mai à septembre); Israël (février à avril pour la variété Hass, novembre à avril pour las autres); Espagne (octobre à avril); Afrique du Sud (avril à septembre pour la variété Fuerte notamment) ; Antilles (août à octobre).

Savoir choisir et conserver son avocat.

Le problème de ce fruit est en fait une fragilité que son apparence ne trahit pas clairement. En effet, l’avocat reste ferme sur l’arbre et mûrit après cueillette. Il est très sensible aux chocs, au froid, à l’écrasement. On voit donc que la manipulation par les consommateurs à la recherche d’un avocat mûr à point ne peut que nuire. … Maltraité, un avocat, même dur, aura immanquablement des marques noires, notamment à l’endroit de la pression des doigts ! Il ne pourra plus arriver normalement à maturité et pourra même être d’une telle mauvaise qualité qu’il faudra le jeter. Un avocat non maltraité va passer du stade dur à caoutchouteux puis crémeux , donc à la maturité idéale (la peau se détache alors facilement).

Il est possible de le conserver au frais, hors emballage, à une température comprise entre 6 et 10°C, loin des autres fruits dont la production d’éthylène accélère le mûrissement. A l’inverse, le garder à une température de 25°C et près d’autres fruits (pommes, poires, bananes) accélère son mûrissement.

En tout état de cause, il et préférable de choisir un avocat ferme (sans le presser avec les doigts), non taché, et de le garder 2 à 5 jours dans un panier jusqu’à obtention de sa maturité.

Il est possible de conserver quelque temps un demi-avocat mais à condition que le noyau ne soit pas décollé du fruit, de citronner la surface de la pulpe pour éviter tout noircissement et de le conserver aux températures citées, enveloppé dans un film alimentaire.

Se nourrir de son avocat.

L’avocat est réputé comme un fruit gras. De fait il s’agit d’un oléagineux. Mais sa valeur énergétique reste relativement raisonnable puisque de l’ordre de 160 Kcal pour 100g, c’est-à-dire la moitié d’un avocat Hass. Les16 grammes de lipides sont pour les deux tiers constitués d’acides gras mono insaturés, ce qui n’est pas inintéressant du point de vue nutritionnel, notamment vis-à-vis des maladies cardiovasculaires. Du point de vue vitaminique il faut souligner un certain apport en vitamine C (15 mg pour 100g), en carotènes, précurseurs de la vitamine A, et, surtout, en acide folique (146 µg pour 100g). Il faut également souligner les apports importants en fibres alimentaires ainsi qu’en antioxydants, dont la vitamine E, dont on connaît les propriétés préventives en ce qui concerne maladies cardiovasculaires et vieillissement cellulaire. Par contre les apports en potassium sont relativement importants (500mg pour 100g) et doivent être pris en compte en cas d’insuffisance rénale. Les apports en autres minéraux et oligo-éléments (fer, zinc, cuivre et manganèse…) sont assez importants pour contribuer à l’intérêt nutritionnel de l’avocat qui peut donc être consommé régulièrement par un sujet sans pathologie particulière.

RECETTES

L’avocat est, la plupart du temps, consommé froid et en entrée. Il peut cependant être travaillé en cuisson, même si celle-ci reste délicate pour éviter toute amertume du produit. Mais il peut aussi être servi en dessert, notamment en mousse ou en sorbet. Pour l’avocat encore plus que pour tout autre produit, la qualité dépend très directement de celle du produit de base.

Recettes salées

Potage à l’avocat, au gingembre et au cerfeuil

Pour 4 personnes, préparer un demi-litre de potage poireau-pomme de terre (une pomme de terre et un demi-poireau, vert et blanc). Ajouter une cuillère à café rase de gingembre (en fonction du goût de chacun) et un demi avocat, amener à ébullition et mixer. Couper en petits dés l’autre demi-avocat et ajouter à la préparation. Laisser bouillir deux minutes, mais pas plus. Présenter en amuse bouche en petits pots à crème en parsemant la surface de cerfeuil ciselé (ou, à défaut, de ciboulette).

 

Soufflé aux avocats (recette empruntée à Courtine)

Faire un roux blanc avec une cuillerée de farine, 4 noix de beurre et un verre de lait. Ajouter la chair écrasée de 2 avocats, épicer d’une pincée de muscade et d’une autre de cannelle. Ajouter hors du feu 3 jaunes d’œufs. Mêler à l’appareil précédent les 3 blancs battus en neige. Répartir dans des moules à soufflé individuels remplis aux 3/4. Cuire à feu modéré une quinzaine de minutes. Servir immédiatement

Recettes sucrées

Mousse à l’avocat, aux poires et aux amandes

Pour 6 personnes, prévoir : 1 citron, 2 avocats en pleine maturité, 2 poires William bien mures, 75 g d’amande en poudre, 100 ml de crème fouettée légèrement sucrée et vanillée, amandes effilées grillées pour la décoration.

Presser le citron, le verser dans un bol ; y ajouter les avocats coupés en petits morceaux puis les poires également détaillées retournant au fur et à mesure de façon à ce que le citron recouvre bien les différents morceaux et à éviter tout brunissement et donc tout mauvais goût ainsi que la poudre d’amande. Mixer le tout. Ajouter la crème fouettée et mélanger délicatement. Verser le tout dans une verrine. Décorer d’amandes effilées. Servir très frais accompagnée de petits financiers aux amandes.

Sorbet à l’avocat

Pour un litre de sorbet, prévoir 3 avocats, 270 grammes de sucre et un citron.

Préparer un sirop léger avec le sucre et 30cl d’eau. Laisser refroidir. Dans un mixeur ou un bol, verser le jus du citron. Ajouter la chair des avocats. Mixer. Incorporer au sirop. Mettre en sorbetière.

 Pierre-Marie Théveniaud

Mulhouse prend soin de son Théâtre et cela se voit

Depuis plus de six mois, cette sorte de gros sparadrap en contreplaqué enlaidit l’entrée principale du Théâtre de la Sinne, Théâtre municipal.

Faut-il en conclure à un manque dramatique d’argent, ou de vitrier, à un manque total d’attention ou à une incapacité de décision ?

Pourquoi est-ce que cette grosse tache ne dérange personne ?

A moins que cela reste en l’état dans l’attente de la Nuit des mystères, cette nouvelle façon de faire semblant de se cultiver en courant d’un lieu à un autre pour mieux en ignorer le contenu.

 

 

 

J’ai trouvé le Commissariat aux archives de Mulhouse

Il y a un an, en mai 2012, je demandais où était passée une oeuvre de Tobias Rehberger installée sur le parvis de la gare. Elle avait été déplacée de manière autoritaire et sans respect pour l’œuvre pour rendre cet endroit encore un peu plus désert et plus laid qu’il n’était déjà.

Je demandais où était le Commissariat aux archives de Mulhouse

Selon Orwell, on appelle Commissariat aux archives l’organisme stalinien de gestion des effacements, des retouches, des découpes.

J’ai retrouvé les éléments qui forment cette œuvre intitulée Muullhhoouusse.

Les voici :

Du dimanche référendaire au Samedi communiste

Peu de temps après la journée citoyenne du dimanche 7 avril 2013 qui s’est soldée par le retentissant échec du référendum sur le Conseil territorial d’Alsace que l’on sait,  je retrouvai dans ma boîte aux lettres le prospectus suivant, appel à une journée citoyenne :

En quoi consiste cette journée citoyenne ? Réfection du grillage du Gymnase du quartier, Rénovation du parcours Vita….. Rien contre, évidemment, encore que…Est-ce aux habitants du quartier de faire ce travail ?

Mais c’est une autre question.

Celle qui nous occupe concerne cette dérive du langage consistant à prôner officiellement l’apolitisme,  à appeler citoyenne la participation à une brigade d’entretien ou de nettoyage sur le modèle de ce que l’on appelait dans les anciens pays de l’est les Samedis communistes (Subbotniki)

La citoyenneté ce n’est pas cela.

Etre citoyen, c’est faire partie d’un corps politique participant à la vie de la cité dans la dimension politique du vivre ensemble. La classe politique de la Région Alsace, pour avoir oublié cela en amont du Référendum a subi un cuisant échec. Échec qui n’est pas seulement celui de l’UMP mais bel et bien aussi du PS  et de ses ambigüités : prôner un oui qui désapprouvait le projet dans l’espoir que le gouvernement allait apporter les correctifs, difficile de faire plus confus.  Le vote à peine terminé, on apprenait d’ailleurs que Mme Lebranchu (PS) se contrefichait du résultat.  Elle n’y a jamais cru et d’ailleurs sa loi sur la décentralisation vole en éclat.  On apprenait aussi que le Maire de Strasbourg PS, plus préoccupé du statut de métropole de sa ville a voté blanc alors que le PS dont il fait partie appelait à voter NON dans le Bas Rhin et Oui dans le Haut Rhin. Election : confusion. C’est aussi celui d’Europe Ecologie Les Verts à qui on aimerait simplement poser la question suivante : depuis quand le refus d’un projet mal ficelé est-il synonyme d’immobilisme. Simplement parce qu’il est porté par les écologistes ? Mais l’échec n’est pas seulement celui de la classe politique. C’est aussi celui du CESER (conseil économique et social régional) dont on apprend, qu’à l’exception de la FSU, les syndicalistes ne se sont pas opposés au projet. Il y a aussi un divorce entre le journal L’Alsace et ses lecteurs. Le quotidien a eu une attitude partisane comme rarement au point peut-être que son engagement pour le oui s’est révélé contreproductif. Il fallait tout de même le faire que d’assimiler le projet de Conseil territorial d’Alsace au la réunification du Land de Bade Würtemberg.

Comme ceux qui suivent ce blog le savent, j’ai fait le choix de ne pas participer à cette mascarade.

Je pensais que le projet pouvait capoter mais d’avantage par l’importance de l’abstention que par l’impact d’un vote non. Nous avons eu les deux.

Pour la première fois, à ma connaissance et, en particulier, grâce au travail de Matthieu Lavarenne s’inspirant de l’exemple d’Etienne Chouard pendant la campagne pour le Traité constitutionnelle européen en 2005, l’Internet a, en Alsace, au nez et à la barbe de ceux qui s’en désintéressent, joué pleinement son rôle citoyen – la citoyenneté de demain passera par Internet, -en décryptant méthodiquement les informations.  On y trouvera ce qu’il faut d’éléments pour construire une analyse des résultats. En voici le résumé qu’il fournit lui-même :

  • Un projet rejeté par le Non inattendu du Haut-Rhin, mais tout autant par l’abstention du Bas-Rhin, qui aurait suffi à tout arrêter, même si le Haut-Rhin avait dit oui.
  • Une claque électorale qui montre une nouvelle fois le divorce grandissant entre le peuple et ses « élites ».
  • Un projet qui n’est pas apparu comme novateur ni comme une « réponse à la crise ».
  • Philippe Richert avoue qu’il aurait préféré pouvoir ne pas tenir compte du Non haut-rhinois.
  • Le bouclier médiatique pour le oui a été fendu, notamment par le succès de la campagne du non sur internet.
  • En 1969, De Gaulle, désavoué, avait démissionné après l’échec du referendum sur « la régionalisation et la participation » afin que la politique de la France ne se fasse pas sans le peuple.
  • Un effondrement de la vision identitaire d’une Alsace « unie », avec l’apparition claire et nette de deux logiques départementales distinctes.
  • Un clivage gauche-droite totalement débordé.
  • Le misérable bal des mauvais perdants qui cherchent à rejeter la faute, loin de l’autocritique pourtant indispensable.
  • Un projet enterré définitivement… euh, enfin, du moins pour l’instant
  • Cette campagne aura été un scandale démocratique qui devra nous inciter à rester vigilant pour la suite.

J’ajouterai de mon point de vue un élément et une critique.

Je pense tout de même,  bien que l’affaire Cahuzac n’en soit qu’un épisode, que le référendum est intervenu à un moment où la crise prenait pleinement sa dimension politique au-delà même du divorce entre la population et leurs représentants, déjà perceptible depuis plusieurs années. Il faut désormais prendre en compte le fait que nous sommes dans un contexte post-démocratique et politique grave.

Je ne suis pas du tout convaincu par la thèse avancée par Philippe Breton sur « l’effondrement du fantasme d’une Alsace identitaire, la fin de la vision régionaliste de l’Alsace surtout dans un contexte de repliements où précisément on se raccroche aux fantasmes de repères régionaux identitaires, même s’ils éclatent en particularismes de clocher ? On risque de se retrouver avec un effet boomerang. Qu’il y ait une destruction du symbolique est un autre paire de manches et il faudrait s’y atteler. On peut repérer des particularismes régionaux dans les votes, dans les « oui » et dans les « non ». Ils tiennent à leur inscription dans l’histoire. D’une manière générale, les fantômes d’une histoire non dite et non assumée ont participé au scrutin. Les inquiétudes de la Ville de Colmar sur son statut de Préfecture ont un très ancien enracinement historique qui remonte à Louis XIV. Et il faudrait parler de tous les non dits contemporains qui ont mobilisé le « non » comme le mariage pour tous, débat que la gauche fuit. On peut noter l’absence des politiques dans le débat sur les inquiétudes liées à la fusion des Universités. La seule proposition que le Parti socialiste ait trouvé à faire en réaction à l’échec du référendum a été de préconiser la fusion des offices du Tourisme d’Alsace. Opposer la fusion par le bas à la fusion par le haut ? Mais dans les deux cas, les mêmes méthodes sont à l’œuvre.

Enfin, peut-être faut-il aussi rappeler que les contestations anecdotiques ne font pas une politique.

Quant au Front de gauche qui en est à essayer de nous faire croire que la décentralisation serait contraire à la République, quelle tristesse. Et le dépérissement de l’Etat, camarades, jamais entendu parler ? Quelle tristesse aussi que ce besoin d’un héros qui fait le pitre !

Nous voici revenu à la question citoyenne.

Que fait-on maintenant ?

« Si l’on veut éviter le scénario craint et annoncé par Bernard Stiegler de l’accès au pouvoir d’une réaction identitaire, xénophobe et régressive, les mouvements sociétaux doivent apprendre d’urgence à être aussi efficaces que les défenseurs du système post-démocratique »,

écrit Philippe Aigrain qui identifie cinq conditions :

« - La capacité à se coaliser.
- L’identification d’un ensemble minimum de propositions de réforme radicale portées sans relâche.
- Le refus tenace de la violence et la continuation du débat avec les acteurs institutionnels.
- Un style d’action compatible avec une vie bonne.
- L’exploration quotidienne d’alternatives concrètes ».

Conditions qu’il détaille sur son site.

Le wagges

Quelques aspects négligés de la Loi sur la refondation de l’école

Actualité aidant, vote à l’assemblée aidant, la loi sur la refondation de l’école a, bien naturellement, disparu des commentaires médiatiques. Les points très largement mis en avant ont concerné massivement le temps scolaire, les redoublements, le nombre de postes, la formation des enseignants, l’enseignement civique et moral… D’autres aspects, qui posent des questions fondamentales quant à l’organisation générale du système, sans doute parce que plus techniques, moins émotionnels donc moins médiatiques, n’ont pas eu l’honneur d’être développés voire abordés. On peut citer le numérique avec l’utilisation prônée de logiciels libres, la question fondamentale des contenus donc des programmes, la grande question du rôle actif de l’institution dans l’origine des inégalités avec le devenir (ou la fin prévue) de tout ou partie de l’enseignement technologique, le rapport entre lycée des métiers, régionalisation et bassin d’emploi, donc le rapport avec les entreprises, la vraie question du redoublement, c’est-à-dire des acquis et de l’évaluation des acquis, donc de l’illettrisme (qui ne frappe pas seulement en sortie d’école primaire), donc de l’évaluation par compétences, liée à la notion de cycles, avec en toile de fond le remaniement de l’ensemble école-collège, la signification du baccalauréat, etc.. A cela, il faut ajouter tout ce que recèle d’ambiguïté, pour le grand public, le terme d’école, école primaire ou Ecole avec un grand E. Beaucoup de vraies questions, donc, même s’il est vrai qu’il faut commencer par l’école primaire et qu’il faudra attendre pas mal d’années avant de retrouver un lycée qui se tienne.

 

Quelques propos de Marcel Gauchet illustrent ce que doit être la priorité pour une telle réforme (Le Monde – 21.03.2013  Propos recueillis par Maryline Baumard ) :

« Le terme (refondation) est en effet ambitieux. D’un côté, je ne voudrais pas dénigrer le courage politique qu’il y a à faire de l’éducation, sujet peu payant électoralement, une priorité du quinquennat. De l’autre, je pense qu’une vraie refondation demanderait d’aller plus loin dans l’identification des difficultés que rencontre l’école aujourd’hui. Par exemple sur le terrain de ce que veut dire apprendre. »

et, plus loin :

« Il ne s’agit pas de dire que les élèves n’apprennent rien. C’est faux. Les résultats sont aléatoires, comme avant. Ils sont plutôt plus faibles, en raison de la non-mobilisation d’une bonne partie des élèves. Et surtout, ils sont très inégaux socialement. Ils amplifient les écarts culturels d’origine. Parce que nous avons écarté le vrai sujet, qui est le chemin qu’il faut faire parcourir à chaque élève pour le faire entrer dans les savoirs.

Depuis des décennies, nous escamotons le travail sur ce moment crucial où un élève passe de celui qui ne sait pas à celui qui sait. Nous nous épargnons cette réflexion au profit d’une autre, a priori plus alléchante : comment rendre l’école intéressante. Mais nous nous fourvoyons. Si nous ne savons pas ce que nous faisons quand nous transmettons, si une pédagogie véritablement éclairée est à inventer, alors soyons au moins prudents ! Repartons du peu que nous savons, mais qui est sûr, et tâchons d’avancer à partir de là. »

ou, encore :

« Nous sommes dans un moment de culte de l’enfant qui nous masque son expérience réelle. Nous avons besoin de le redécouvrir pour ce qu’il est vraiment. Ce à quoi un enfant aspire sans trop en avoir conscience, c’est à devenir un adulte autonome. Cela ne passe pas forcément par ce que nous croyons être son bonheur immédiat. L’une des plus grandes difficultés pour l’institution scolaire est le regard des parents sur leurs enfants. Ils ont de la peine à admettre qu’il faut en passer par une acquisition de la virtuosité et que cela demande des efforts. Car en lecture, en mathématiques comme en piano ou dans le sport, ce sont bien la répétition et la mémorisation qui donnent ensuite de l’aisance. »

Les campus lycéens professionnels

La labellisation « Lycée des métiers » est une notion déjà ancienne (réforme Mélanchon de 2000 sous le gouvernement Jospin). Elle prend une acuité particulière si on pense à la volonté des divers gouvernements précédents, de droite ou de gauche, de créer des pôles regroupant un secteur de formation orienté dans une direction professionnelle précise, allant du CAP (s’il en reste en tant que diplôme) à un enseignement supérieur court (BTS), régionalisés et en relation avec un bassin d’emploi. Sous le gouvernement précédent, une vague de labellisation a eu lieu. Dans la nouvelle loi, le terme de « lycée des métiers » est remplacé par « campus des métiers » :

« Au-delà de la nécessaire modernisation de la carte de formation, il conviendra de faire émerger des campus des métiers, pôles d’excellence offrant une gamme de formations professionnelles, technologiques et générales, dans un champ professionnel spécifique. Ces campus pourront accueillir différentes modalités de formation (statut scolaire, apprentissage, formation continue, validation des acquis de l’expérience) et organiser des poursuites d’études supérieures et des conditions d’hébergement et de vie sociale. » Assemblée Nationale, texte adopté  n° 96 « Petite loi »-   Voir également, pour de plus amples informations.

L’orientation est claire. Il s’agit d’adapter la formation initiale avec souplesse au bassin d’emploi, selon une vieille demande des milieux économiques, pour ne pas dire des organisations patronales. Si l’argument de l’employabilité peut éventuellement s’entendre (mais alors dans quel cadre ?), il n’en reste pas moins que peut être évoqué le risque de voir fermer des formations qu’on pouvait qualifier d’  « ascenseur social ». C’était le cas par exemple des formations intitulées autrefois Sciences Médico Sociales qui ouvraient l’accès à des professions sociales, paramédicales, surtout (mais parfois aussi d’autres portes très éloignées de ce secteur comme économie, tourisme, langues, etc.) à des élèves qui ne se sentaient pas de suivre un enseignement général, notamment en section scientifique, niveau en maths, physique ou lettres obligeant. Ces formations sont-elles d’ores et déjà remplacées par un baccalauréat professionnel Accompagnement, soins et services à la personne (ASSP) ? En tout cas le rectorat de Créteil recrute des professeurs de Sciences et Techniques Sanitaires et Sociales non plus pour les sections technologiques mais pour ce bac pro et des professeurs en Sciences médico sociales se voient par ailleurs proposer des reconversions dans ce sens lorsque leur poste est supprimé. Le signe semble clair c omme  le confirme la fiche de poste du rectorat consultable, en PDF.

Serait-ce la fin de l’enseignement technologique en tant que tel ? On peut raisonnablement le craindre, avec une organisation lycées des métiers orientés sur un secteur professionnel d’un coté et enseignement général de l’autre, verrouillant finalement encore plus les inégalités sociales. Qu’en sera-t-il alors des passerelles ?

Regroupement collège école primaire

Un bon point pour la loi, qui insiste sur les relations collège-école. En arrivera-t-on un jour à mettre en œuvre les propositions de Philippe Meirieu de regrouper école et collège, avec évaluation en sortie en fonction des orientations choisies ? (voir à ce sujet la chronique « Une chance pour sauver l’école » ) Voilà qui serait une vraie révolution et éviterait que des élèves ne continuent jusqu’au bac, et souvent après, sans avoir acquis les bases nécessaires de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Que dit la loi ?

Les relations école-collège
Article 36
Il est ajouté au titre préliminaire du livre IV un article L. 401-4 ainsi rédigé :
Art. L. 401-4. – Afin d’assurer la continuité pédagogique entre l’école élémentaire et le collège et contribuer à l’acquisition par les élèves du socle commun de connaissances, de compétences et de culture prévu par l’article L. 122-1-1, ainsi qu’à la mise en oeuvre coordonnée des programmes, chaque collège et les écoles dont les élèves résident dans la zone de desserte du collège déterminent conjointement des modalités de coopération et d’échange.
Il est institué un conseil école-collège qui propose au conseil d’administration du collège et aux conseils des écoles des actions de coopération et d’échange. Le conseil école-collège peut notamment proposer que certains enseignements ou projets pédagogiques soient communs à des élèves du collège et des écoles. La composition et les modalités de fonctionnement de ce conseil sont fixées par décret.
Après accord du conseil d’administration et des conseils des écoles, les enseignements ou projets communs sont mis en œuvre dans les collèges sous l’autorité du chef d’établissement et dans les écoles sous la responsabilité des directeurs d’école.
Serait-ce donc un premier pas ?

Les programmes

Enfin ! Un conseil Nationale des programmes va être recréé ! Le ministre lui-même avouait qu’il ne savait pas qui établissait les programmes ! Finie donc la cooptation de quelques-uns imposant à une génération entière leur pseudo-pédagogie marketing perverse et leur incohérence ? Enfin un contrôle ? Mais inspecteurs et professeurs cooptés arriveront-ils à s’y soumettre ? Pourront-ils réellement être mis au pas ? Fin de l’approche néolibérale ?

« Art. L. 311-5. – I. – Un conseil supérieur des programmes est placé auprès du ministre chargé de l’éducation nationale.
Il est composé de seize membres désignés pour cinq ans. Il comprend deux députés, deux sénateurs, deux membres du Conseil économique, social et environnemental désignés par son président et dix personnalités qualifiées nommées par le ministre chargé de l’éducation nationale.
II. – Le conseil supérieur des programmes formule des propositions sur :
1° La conception générale des enseignements dispensés aux élèves des écoles, des collèges et des lycées ;
2° Le contenu du socle commun de connaissances, de compétences et de culture et des programmes scolaires et leur articulation en cycles ;
3° La nature et le contenu des épreuves des examens conduisant aux diplômes nationaux de l’enseignement du second degré ;
4° La nature et le contenu des épreuves des concours de recrutement d’enseignants du premier et du second degrés, la conception générale de la formation des enseignants et les grands objectifs de formation à atteindre.
III. – Il veille à ce que les programmes des enseignements dispensés dans les écoles, collèges et lycées implantés dans les départements et les régions d’outre-mer prennent en compte les propositions émises en application de l’article L. 311-6 pour leur adaptation aux spécificités locales.
IV. – Il établit un rapport annuel sur ses travaux et les suites qui leur ont été données qu’il remet au ministre chargé de l’éducation nationale. Ce rapport est transmis au Parlement et au Conseil économique, social et environnemental. Les avis et propositions du Conseil supérieur des programmes sont rendus publics.

Pédagogie nouvelle et numérique

La défense d’une pédagogie nouvelle sur la base d’une réelle prise en considération de la révolution numérique a été très souvent soutenue dans cette chronique.. A plusieurs conditions : une vraie formation des enseignants au numérique et à de vraies pédagogies nouvelles (et non à un ersatz néolibéral de ce qui a pu être inventé dans le passé) ; ne pas sacrifier les contenus à une approche également néolibérale des compétences comme c’est le cas actuellement ; des moyens (un parc informatique, par exemple,  ne peut survivre correctement sans maintenance, ce qui se passe actuellement souvent, sauf bénévolat de quelques professeurs en plus de leur enseignement) ; des logiciels libres à disposition et une logithèque adaptée à des programmes qui, eux, soient aussi cohérents et adaptés au niveau des élèves, sans cependant de concessions intellectuelles. La pédagogie différenciée, abordée dans le texte de loi, peut aussi recueillir raisonnablement les suffrages. Mais l’élève peut-il construire entièrement lui-même ses savoirs ? Que veut dire apprendre ? Quel sens cela a-t-il aujourd’hui ?

Citons de nouveau Marcel Gauchet :

« Ce dont je suis sûr, c’est que nous vivons sur des images et des idées fausses. Nous avons vécu un tournant important dans les années 1970. La pédagogie transmissive fondée sur l’inculcation d’un savoir détenu par le maître à un élève passif a laissé place à une pédagogie active qui fait de l’enfant l’acteur de la construction de ses savoirs. Il y a dans ce renversement un acquis irréversible, mais nous sommes allés un peu vite en besogne. Nous avons fait comme s’il nous livrait les clés des processus d’apprentissage. Or ce n’est pas le cas. La vérité est que nous n’en savons pas grand-chose ! Nos lumières sur le sujet sont embryonnaires. La boîte noire est loin d’avoir livré ses secrets.

Relu à l’aune de ce degré zéro de la connaissance, le virage des années 1970 ressemble à un grand saut dans le vide. Nous pensions avoir un parachute… et nous nous rendons compte au milieu de la descente que nous n’en avons pas… »

Le redoublement et la notion de cycles

La loi se veut « réaffirmer les objectifs de conduire plus de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat et 50 % d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur».La France est la championne du redoublement, dit-on. Supprimons donc les redoublements ! Mais dans quelles conditions ? Pas de redoublement donc un illettrisme perpétué parfois jusqu’au bac et après ? C’est, de fait, ce qu’on observe actuellement, en tout cas dans un certain nombre de lycées. Des élèves décrochent ? Gardons les dans les murs ! Ils ne sont plus décrocheurs puisque officiellement présents en classe. Combien passent obligatoirement au bénéfice de l’âge ? Combien se sont ainsi traînés jusqu’à un bac sans la maîtrise des bases élémentaires de calcul, de lecture et d’écriture, comme déjà précisé plus haut ?

Si, à tous les niveaux, comme le dit la loi, des dispositions sont prises, alors on peut approuver :

« Art. L. 311-3-1. – A tout moment de la scolarité obligatoire, lorsqu’il apparaît qu’un élève risque de ne pas maîtriser les connaissances et les compétences indispensables à la fin d’un cycle, les équipes pédagogiques mettent en place des dispositifs d’aide. Les modalités en sont précisées, après consultation des parents ou du responsable légal de l’élève, et peuvent être formalisées dans un projet personnalisé de réussite éducative sous la responsabilité du directeur d’école ou du chef d’établissement. »

Une structuration de l’enseignement par cycles (comme le souligne le projet de loi), mais alors avec unités capitalisables et réelle vérification des acquis en fin de cycle en vue d’une orientation vraie devrait effectivement offrir une plus heureuse perspective. Une vraie vérification ! Rappelons, juste pour l’exemple, que l’évaluation « se ramène le plus souvent à « avoir entendu parler » des choses (1e niveau d’évaluation dans la réforme ST2S), autrement dit être branché sur l’activité communicationnelle ». -De la destruction du savoir en temps de paix – D’après Corinne Abensour, Bernard Sergent, Édith Wolf, Jean-Philippe Testefort – Mille et une nuits.

Une telle perspective impose d’oublier les actuels bilans de compétence dont tous connaissent l’inefficacité, voire la malfaisance. Cela impose aussi de ne rien sacrifier aux contenus et que tout soit accompagné d’une vraie approche pédagogique.

Nous sommes à une période charnière où tout est possible. La refondation passe obligatoirement, pourcentage d’illettrisme oblige, par un travail dans la durée en commençant par le primaire. On ne pourra bénéficier au lycée des réformes engagées au niveau du lycée que dans une dizaine d’années. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Les enjeux vont bien au-delà qu’une gestion des rythmes scolaires au sujet desquels il ne peut y avoir honnêtement qu’adhésion (après tout, avant 2008…). C’est toute une vision de la société qui est en jeu. Et c’est, au delà même de le fin de l’humanisme tel qu’on l’a jusqu’ici connu, un enjeu de démocratie et de liberté.

Le Gypaète barbu

La mascarade référendaire du 7 avril 2013 en Alsace

L’Alsace, marque à vendre comme une bretzel. Contrairement à Philippe Richert, président du Conseil Régional, je ne me reconnais pas dans ce ridicule.

 

Dimanche prochain 7 avril, nous avons paraît-il rendez-vous avec l’Histoire.  Grand H. Eh bien je n’y serai pas ! D’abord parce que l’Histoire ne donne pas de rendez-vous. Les rencontres entre l’histoire et la géographie ne se décrètent pas. Ensuite parce qu’on ne peut appeler « histoire » le bricolage institutionnel sur lequel nous sommes appelés à nous prononcer.

Je n’ai pas reçu à ce jour, nous sommes le 1er avril – je sais, je sais, ce n’est pas un poisson – le moindre document officiel mais la machine de propagande, elle, est en route depuis pas mal de temps.

Propagande en effet. Et assez vulgaire. Le dernier exemple en date via le journal L’Alsace, (dont la rédaction en chef sera bientôt à Strasbourg) relayé par France 3 Alsace, fait grand cas de la réunification du Bade Wurtemberg en 1953, qui serait le modèle à suivre pour l’Alsace. Comparaison éhontée, au regard de l’Histoire, qu’ils prétendent invoquer. Comparer la fusion du pays de Bade, de Wurtemberg-Bade et de Wurtemberg-Hohenzollern qui s’est faite dans le cadre d’un Etat fédéral et de la reconstruction de  l’après guerre avec une proposition de simplification administrative dans la France de 2013 est d’une grand malhonnêteté. Quant à la réunification de toute l’Allemagne elle même, de quand date-t-elle ? 

Toute cette misère témoigne de leur manque d’imagination. Puiser dans le modèle allemand pour l’imiter afin de, soit disant, pouvoir « parler d’égal à égal avec nos voisins ». Depuis quand faut-il ressembler à son voisin pour être son égal ?

Mais l’utilisation du modèle allemand a bien sûr un sens. Et la propagande le laisse entendre. Deux mots y suffisent : compétitivité et flexibilité. Le bricolage institutionnel que l’on nous propose porte la marque du néolibéralisme qui l’inspire. Dès lors, les grands mots frisent le grotesque. Ainsi quand il est affirmé que « pour la première fois l’Alsace choisit son destin ». Pour d’autres, « le conseil territorial d’Alsace nous permettra de reprendre en main notre destin ». Rappelez-nous quand on l’avait perdu ? 

Vu de New-York, ou d’ailleurs, en tout cas de loin, l’Alsace existe sûrement comme entité. Vu de Mulhouse, d’où j’écris, c’est un peu plus compliqué. Vieille influence celtique, paraît-il. J’ai aussi un peu de mal aussi à oublier qu’en Alsace, on n’a jamais beaucoup aimé cette ville industrielle et ouvrière. Et pour cause : « Classe laborieuse, classe dangereuse » !

Comme ce sont les sondages qui font l’opinion et non la réflexion individuelle et collective, 70 % des électeurs des deux départements d’Alsace disent « oui ».

Mais « oui » à quoi ? Quelle est la question ?

La question officielle est la suivante :

Approuvez-vous le projet de création d’une collectivité territoriale d’Alsace par fusion du conseil régional d’Alsace, du conseil général du Bas-Rhin et du conseil général du Haut-Rhin ?

On remarquera qu’il n’est pas question de conseil unique ! Et pour cause difficile de qualifier l’usine à gaz qu’ils vont mettre en place, d’organisme unique et simplifié.

On ne construit pas une entité régionale en la faisant reposer sur des raisons  purement économiques et financières. Même le bilinguisme n’est pour Philippe Richert qu’ « un moyen de lutter contre le chômage qui touche désormais un peu plus de 9 % des personnes en Alsace ». De quel bilinguisme parle-t-il d’ailleurs ? Du dialecte alsacien ou de l’allemand ? De l’allemand bien sûr. Curieux sens du « destin de l’Alsace » quand même que de miser, pour résoudre la question du chômage en Alsace, sur le vieillissement de la population allemande d’outre Rhin. On ne voit pas non plus pourquoi ni commun l’enseignement de l’allemand pourrait demain relever de la compétence du Conseil Territorial d’Alsace.  Et en faisant en plus des économies.

Le Conseil territorial veut-il des compétences dans le domaine de la pédagogie ?

L’un des objectifs est l’acquisition de nouvelles compétences. Lesquelles ? On ne le saura que plus tard car cela dépend de la nouvelle loi de décentralisation qui se prépare. Pourquoi anticiper en Alsace une loi de décentralisation à venir à l’échelle nationale ?

Nous sommes appelés à voter pour un contenu qui dépendra du vote de l’Assemblée nationale. « Et puis de nouvelles compétences généreront de nouveaux besoins de financement, de nouveaux impôts, qu’on le veuille ou non ! » comme le souligne avec raison l’ancien maire UMP de Saint Louis

Même si le oui est majoritaire, il l’est déjà par la majorité des élus du département, la lecture politique du résultat  dépendra du degré d’adhésion de la population et de sa participation.  Ils ont même tenté tous partis favorables au oui confondus (UMP, PS, Europe Ecologie et « Gauche » Moderne) de baisser le seuil de 25 % des inscrits nécessaire à la validation du scrutin

Pour que le projet soit validé, il faut en effet que les 50 % de « oui » représentent 25 % des inscrits dans chaque département ».

Que nous promet-on ?

Moins de structures administratives, moins de personnel, moins d’élus… Le lourd projet permettrait de réaliser une économie de 100 millions d’euros sur 5 ans. Sur un budget total de – en projection des données actuelles – de 1457 millions.  Autant dire « peanuts ». Et rien ne nous dit ce qu’il en sera après les 5 ans. Moins de personnel. Selon le vieux principe avec moins on fait plus, le personnel restant sera plus proche des habitants. Merveilleuse logique !

Tout ce barnum a pour unique raison des ressources publiques qui s’amenuisent, ce qui est loin d’être la meilleure des motivations. Le gros non-dit porte sur l’importance de l’endettement de la Région Alsace.

Pour ou contre la fusion n’est pas une querelle d’ancien et de moderne. La modernité doit être dans les contenus. Or justement aucune des questions d’avenir n’est posée. Ainsi des possibilités de reterritorialisation liées à la révolution du numérique. Rien non plus sur un sujet aussi essentiel que la question des énergies du futur, de la transition énergétique.

Post-démocratie

En général le fusionnel conduit au conflictuel. Surtout dans un dangereux déni de démocratie permanent.

Car parallèlement d’autres réalités se mettent en place sans que l’on nous demande notre avis. Et c’est là qu’on aimerait comprendre. Ainsi s’organise la constitution d’un Pôle métropolitain entre Mulhouse et Strasbourg, ces deux villes regroupant à elles seule 40 % de la population alsacienne. Ce pôle métropolitain affiche d’ailleurs les mêmes objectifs. Pour le néolibéral Jean-Marie Bockel, l’Alsace est autre chose. «  L’Alsace est une conurbation –attention de bien prononcer !- une conurbation structurée par les grandes agglomérations ». Le reste ne compte guère. Et pour faire le poids face à Strasbourg qui s’étend par-dessus le Rhin et veut devenir euro métropole, JM Bockel veut rassembler autour de Mulhouse tout l’espace allant du Rhin aux Vosges.

Autrement dit, pendant qu’on vote pour une chose, un autre se met en place. C’est pour décrire ce genre de dérive que le sociologue Colin Crouch a forgé le mot de « post-démocratie»

Rien ne distinguera dans les urnes un soit disant « oui » de « gauche » d’un « oui » «  de droite » Il n’y a qu’un « oui » sans nuance ou un « non » sans nuance, ce qui d’emblée dénonce la pratique référendaire surtout quand elle ne repose pas sur une démarche démocratique en amont. Parfois, au milieu d’envolées lyriques confuses, quelques phrases à peu près claires émanent de Jo Spiegel, élu PS, partisan du oui, dont peut-être celle-ci :

« On aurait du travailler en amont avec les citoyens dans une démarche de coproduction c’est vrai. Maintenant, il ne faudra pas louper l’après oui »

C’est raté, donc mais en attendant un hypothétique « après-oui », envoyez votre chèque en blanc !

Comme si l’après n’était pas déjà contenu dans l’avant.

Un autre élu du PS, Pierre Freyburger tient un autre discours et se prononce, lui,  pour le « non » :

« Le projet qui nous est proposé a été compromis par une succession de marchandages politiques à la petite semaine. La fusion que nous appelions de nos vœux n’est plus qu’un lointain souvenir : avec deux sièges, deux présidents, deux modes de scrutin, un conseil exécutif, une assemblée délibérative, deux conférences départementales, huit à dix conseils de territoires de vies, le CESER, les commissions thématiques… ce n’est plus un conseil unique, c’est un conseil multiple ! Notre objectif était de simplifier le millefeuille administratif, Charles Buttner et Philippe Richert l’ont réinventé en une seule et même collectivité ».

Un conseil tout à fait unique par sa complexité !

Je ne participerai pas à cette mascarade. Je suis fatigué des effets pervers permanents de cette 5ème république moribonde.

Et, je ne voterai pas « non » car le  « non » est improductif. Il conforte le « oui » et repose sur l’idée qu’il n’y a pas d’alternative et que les choses doivent rester en l’état.

Je crois en l’importance de l’abstention dans ce cas. Quelle que soit le résultat du « oui », l’impact de la (non)participation sera important.

Je m’abstiens aussi parce que je ne suis pas fermé à l’idée d’une collectivité territoriale unique, même plus vaste.

Le wagges

PS. Je signale ce point de vue de l’historien Georges Bischoff sur la manipulation des références historiques :

« A mon sens, rien ne permet d’invoquer une histoire longue pour fonder quelque chose qui, dans le meilleur des cas, répond à des impératifs techniques contemporains. Les expériences souvent invoquées : le duché d’Alsace, la Décapole, les « états d’Alsace du XVIe et du XVIIe s. ou le Reichsland Elsass-Lothringen sont des « inventions », ou plus exactement, des relectures mythifiantes, ou, mieux, une histoire virtuelle. Dans ce tableau, d’ailleurs, on oublie la province d’Alsace de Louis XIV (1648-1789) qui est à l’origine d’une culture politique très différente de celle des « Länder » de l’ancien Empire allemand.

La seule période historique qui mérite d’être prise en considération est la nôtre. Donc, en gros, celle de la génération des actifs actuels, qui n’ont pas connu les changements de nationalité des 142 dernières années. C’est leur culture politique qui est en question »

A retrouver ici.

On peut se rappeler aussi la définition de Jean Paul de Dadelsen :

« Nous autres en Alsace, écrit-il, on est celtique il n’y a pas à dire on est celtico-germano-romano – (et donc aussi égypto-syriaco-illyrio-ibério-dalmato-partho-soudano-palestinien) – français comme Minuit chrétiens et au-dessous d’un certain niveau de bourgeoisie catholiques comme un seul homme ».