As-tu déclaré tes revenus ? Tes coupons des mines de Gruyère Et les pots-de-vin que tu as r’çus Tout c’ que t’as gagné à la Bourse ?
Chanson satirique sur les impôts chantée par Georges Milton, chansonnier-humoriste des années 1930.
Bien des gens, paraît-il, ne payent pas leurs impôts
Et traitent ceux qui les payent de poires et de ballots
Moi, je n’approuve pas ça, j’ dis qu’ ce n’est pas permis
Et constamment j’ demande aux parents, aux amis :
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
Tes coupons des mines de Gruyère
Et les pots-de-vin que tu as r’çus
Tout c’ que t’as gagné à la Bourse
Tout c’ que t’as ramassé aux courses
Ton cinq pour cent, tes caoutchoucs
Et tes fonderies d’ caramel mou
Et tes valeurs pétrolifères
Et ta fabrique de nouilles au jus ?
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
Il en est chaque année qui ne déclarent rien
Pas plus leur Cinq-chevaux que leur bonne ou leur chien
Afin de les forcer à faire tout leur devoir
Je dis à tous les gens que je vois sur l’ trottoir :
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
Tes deux larbins, ta cuisinière
Et ta villa d’Honolulu
Ton cheval et ta bicyclette
Ton trotteur et ta trottinette
Ta clarinette et ton piano
Ta TSF et ton cabot
Et l’or que t’as sur les molaires
De ton vieux jardinier barbu ?
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
Comme dans notre budget il y a toujours des trous
Vous verrez qu’un beau jour faudra payer sur tout
On payera sur sa femme et sur son perroquet
Ce jour-là, j’ dirai à ceux qui ne payent jamais :
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
As-tu déclaré ton grand-père
Ton écumoire et ta tortue
{x2:}
As-tu déclaré tes lunettes
Ta sœur et tes boutons d’ manchette
Ton rasoir Star et ton blaireau
Tes draps, ta pipe et ton yoyo
As-tu déclaré ta belle-mère
Ta bassinoire et ton bahut ?
As-tu déclaré ton salaire ?
As-tu déclaré tes r’venus ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le navet n’est pas un légume de série B.
Le navet a la réputation d’être un légume d’automne, voire d’hiver puisqu’il se conserve. C’est vrai. Mais il existe également nombre de variétés de navets de printemps (Blanc de Milan, Rouge plat hâtif, Blanc plat hâtif à feuille entière, Rond de Nancy et autres Demi long de Croissy). C’est l’élément de plein droit de la jardinière de légumes, qui signale l’approche de l’été, avec ses petites carottes et pommes de terre primeur, ses petits pois goûteux et croquants et ses feuilles de salade au goût marqué, pourvu qu’elles soient nés de naissance naturelle. Le navet nouveau lui donne alors toute sa personnalité.
De la même famille botanique que le chou, la rave ou le rutabaga qui a fait en France la légende alimentaire de la dernière guerre mondiale, notre Brassica napus rapa de printemps n’a quand même pas son pareil en matière de jutosité, de croquant et de saveur, pour peu que sa cuisson ne soit pas massacrée et que sa finesse soit respectée.
Il participe de nombreuses recettes : du célèbre canard au navet, jusqu’aux filaments de navets frits qui peuvent accompagner une viande et, surtout, décorer une assiette, en passant par les navets farcis du grand Escoffier ou par les petits navets et carottes au cumin accompagnant un filet mignon de porc grillé au miel et baies roses selon la recette de Pierre-Marie.Théveniaud.
Un peu d’histoire
Le navet était connu dès le néolithique (5000 ans avant J-C). Il était déjà consommé en Chine alors que les autres régions du monde, celle des deux fleuves par exemple (Tigre et Euphrate) privilégiaient les céréales. C’est le noble tubercule (la pomme de terre) qui l’a aujourd’hui relégué. Pour la petite histoire, il faisait, au XVIème siècle, l’honneur du haricot de mouton.
En effet le terme haricot ne désignait pas la petite légumineuse en forme de rein qu’on connaît, mais ce qui était coupé, la viande de mouton en morceaux, en l’occurrence. Il a fallu que Catherine de Médicis, pour les offrir à son fiancé le dauphin de France, amène dans ses bagages les fagioli, ces grosses graines en forme de rognon qui avaient été ramenées au pape Clémént VII dans les années 30 – de 1500 ! -, et qui sont alors devenus « fayouns » pour qu’ils remplacent le navet dans le haricot. Mais le terme de haricot tel qu’on le connaît donc maintenant n’est cependant arrivé sur le marché que plus tardivement, c’est-à-dire en 1640 dans le lexique d’Oudin. Cela dit le navet s’est en partie défendu et on peut le retrouver dans certaines recettes du navarin d’agneau dont le nom ne viendrait paradoxalement pas de navet mais de Navarre.
Son intérêt nutritionnel
Au XVIIème siècle, on lui attribuait un certain nombre de vertus, dont celle de combattre la mélancolie tout en chassant l’odeur nauséabonde des aisselles !
Moins poétiquement, on peut lui attribuer les caractéristiques suivantes :
faible apport énergétique (34 Kcal, soit 142 KJ pour 100g)
apport intéressant en vitamine C (28 mg pour 100g et encore 18 mg pour le navet cuit)
apport non négligeable en calcium (60 mg pour 100g)
un peu de fibres bien que moins que dans d’autres légumes (2 g pour 100 g)
une teneur élevée en potassium (140 mg pour 100 g) à laquelle doivent faire attention les insuffisants rénaux
Notre recette :
Rosace de magret de canard au poivre de Sichuan, navets au piment d’Espelette
Préparation du magret de canard :
Faire mariner 2 ou 3 heures les magrets sur la face peau dans un fond d’huile d’olive. Bien tapisser de poivre de Sichuan. Bien enduire la face chair d’huile d’olive (faire pénétrer par massage, recouvrir de grains de poivre en appuyant bien. Cuire le magret de façon traditionnelle en le posant d’abord côté peau (sans enlever les grains de poivre collés) à faible feu de façon à faire fondre la graisse. Augmenter le feu pour griller un peu la peau. Le tout doit durer une dizaine de minutes. Jeter le gras et retourner le magret pour le cuire 5 à 6 mn côté chair (également avec les grains de poivre). Laisser reposer quelques minutes pour que la chaleur se répartisse bien par conduction à travers l’épaisseur du magret et que la couleur rosée s’uniformise. Préparation des navets :
Choisir des navets très frais pour qu’ils soient bien juteux et que la saveur reste bien fraîche (de façon à éviter une trop forte saveur de composés soufrés). Les éplucher, les tourner et les rincer rapidement. Les précuire à la vapeur ou au micro-ondes environ 8 mn de façon à ce qu’ils restent très croquants. Les égoutter et les passer à la poêle dans un fond d’huile d’olive à feu d’abord un peu vif pour juste les blondir en surface. Parsemer de piment d’Espelette. Baisser le feu et les laisser fondre en rajoutant un tout petit peu d’eau de cuisson de façon à ce qu’ils ne colorent pas (une dizaine de minutes environ). Arrêter la cuisson de façon à ce qu’ils soient fondant et juteux mais restent quand même croquants, respectant ainsi son paradoxe de naissance. Dressage
Les cuissons doivent se terminer en même temps. Découper alors le magret en lamelles de 2 à 4 mm d’épaisseur. Mettre au centre de l’assiette un navet. Disposer le magret en rosace. Servir les navets d’accompagnement en pyramide sur une petite assiette d’accompagnement.
Le 7 mai, le lendemain donc d’une élection présidentielle voyant un changement de Président, paraissait au journal officiel le décret n° 2012-702 portant « dispositions statutaires relatives à l’appréciation et à la reconnaissance de la valeur professionnelle de certains personnels enseignants, d’éducation et d’orientation relevant du ministre chargé de l’Education Nationale ». Ils n’ont pas pu s’en empêcher ! Malgré une opposition généralisée ! On en trouvera le texte intégral ici.
Cela friserait le ridicule. Comme ce dernier ne tue pas, Luc Chatel survivra ! Mais quel déni de démocratie, comme le souligne avec juste raison Jean-Louis Auduc, ancien directeur d’IUFM sur le site du Café Pédagogique: « Quelle singulière conception de la démocratie que de publier durant la période de transition et de passation de pouvoir entre le président sortant battu et le président nouvellement élu, un décret qui a été repoussé par toutes les instances de l’Education nationale auxquelles il a été soumis ! »
Heureusement, Vincent Peillon assure que ce décret sera immédiatement abrogé.
Pourquoi faut-il effectivement l’abroger ?
Contrairement à ce que certains pourraient penser a priori ce n’est pas seulement pour une approche corporatiste (baisse consécutive de fait du pouvoir d’achat, devoir de soumission, gestion managériale avec objectifs (voir la chronique du 4 février 2012 Le véritable enjeu de l’autonomie des établissements scolaires). En effet, derrière une mesure qui pourrait paraître ne concerner que les personnels en interne, apparaissent des enjeux de société considérables. Et c’est de cela dont il faut prendre conscience.
Ce qui est en jeu, c’est toute la conception d’un métier d’enseignant dont beaucoup s’accordent à dire qu’il en est à sa mort en tant que tel. Ce qui est en jeu c’est le grand renforcement de fait des inégalités sociales dont on sait qu’elles n’ont fait que croître de manière extrêmement importante ces dernières décennies et plus particulièrement ces dernières années. C’est institutionnaliser cet état de fait en laissant libre-court à la démagogie locale la plus délétère dans les établissements les plus sensibles, sauf à ce que des équipes particulières s’y refusent. Mais il faudra certainement les compter sur les doigts d’une main au regard de ce qui se fait actuellement, sauf nouvelles directives ministérielles à vraiment souhaiter.
Le grand risque, qui n’est déjà plus tout à fait un risque mais déjà une réalité, c’est d’adapter contenus et méthodes au niveau extrêmement problématique des jeunes des établissements défavorisés, voire moyens, plutôt que de se donner des objectifs clairs, intellectuellement et socialement exigeants et, donc, les moyens d’y parvenir. Actuellement, dans les établissements dits difficiles, la problématique principale, clairement exprimée, est de garder les élèves en classe quel que soit ce qui s’y passe, dans un déni absolu, ce qui rend maintenant le métier insupportable à beaucoup. Les jeunes ne doivent pas être dans la rue (police et Education Nationale, là, se rejoignent dans la nécessité de scolarisation), et comme il n’y a pas de personnel de surveillance, ils ne doivent pas traîner dans les couloirs !
Le système d’évaluation proposé dans le décret du 7 mai ne permettra pas à une personne de s’opposer par sa pratique à un tel niveau de dégradation, sauf à y perdre salaire voire sa situation, puisqu’il pourrait, selon le système ECLAIR, être poussé à la démission. Une évaluation de ce type là est déjà pratiquée au baccalauréat dans certaines sections, où les inspecteurs demandent à chaque correcteur de remplir nommément un tableau préalablement établi par eux, où les notes sont reportées candidat par candidat et sous-question par sous-question. L’évaluation du niveau des élèves (qui permet quand même de fixer les notes à remonter pour atteindre le pourcentage de réussite fixé au préalable) n’est bien sûr qu’un prétexte.
Il ne s’agit pas bien sûr pour les enseignants de se soustraire à l’évaluation, mais de refuser une évaluation qui ne sert qu’à repérer et à favoriser les éléments les plus dociles dans un contexte général de dégradation intellectuelle !
Quelques éléments de décryptage du décret.
La base, toujours l’idéologie d’une approche managériale :
« Le décret modifie chaque statut particulier pour mettre fin au système de notation, au profit d’un dispositif d’appréciation de la valeur professionnelle fondé sur un entretien professionnel triennal. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct et donne lieu à un compte rendu qui peut faire l’objet d’une demande de révision.
Pour les personnels exerçant des fonctions d’enseignement, d’éducation ou d’orientation relevant de l’enseignement scolaire, l’entretien est réalisé sur la base d’une autoévaluation…»
Apprécier la valeur professionnelle ! Sur la base d’objectifs décidés par un chef d’établissement libre de fixer la lettre de mission de l’enseignant et qui aura enfin les moyens de se comporter comme un vrai patron, comme certains le souhaitent. C’est ce que sous-tend le témoignage de ce chef d’établissement :
« Comme enseignante, j’avais pu voir combien le devenir d’un établissement, le quotidien des professeurs, le parcours des élèves étaient liés au projet d’établissement. A l’impulsion donnée par le proviseur, à la confiance qu’il sait – ou non – instaurer. Cela m’a attirée, et l’évolution du système, qui donne de plus en plus d’autonomie aux établissements, a accru ma motivation.
Les dernières réformes, comme celle du lycée, donnent de très grandes responsabilités aux chefs d’établissement sur le plan de l’ingénierie pédagogique – l’organisation des enseignements, l’accompagnement personnalisé -, comme sur celui de l’accompagnement des personnels – la fameuse responsabilité dite managériale. » in Le Monde du 10 mai 2012
Autoévaluation ! Ai-je ou non rempli les objectifs qui m’étaient fixés ? Mais quels objectifs ? Cela montre une totale méconnaissance ou, pire et c’est bien le problème, un total déni de la fonction d’enseignant. Et cela marque bien la transformation radicale de ce métier si soulignée parce que si désirée depuis si longtemps.
L’argent, toujours l’argent !
« Par ailleurs, les grilles d’avancement d’échelon du premier grade des différents corps concernés sont modifiées en profondeur : le système d’avancement « multi cadencé » actuel (au grand choix, au choix, à l’ancienneté) est remplacé par un dispositif d’attribution de réductions ou de majorations d’ancienneté, par rapport à l’ancienneté exigée pour accéder d’un échelon à l’échelon supérieur. L’allocation des réductions d’ancienneté est établie en fonction des résultats de l’appréciation de la valeur professionnelle. »
Les calculs faits montrent que, outre qu’il ouvre la porte à toutes les petites compromissions (l’avancement dépend donc maintenant en partie du seul chef d’établissement), ce nouveau système d’avancement permet à l’Etat un gain financier non négligeable en rallongeant en fait les avancements de carrière, contrairement à ce qui paraît au vu d’une lecture trop rapide. Outre l’idéologie néolibérale de base, le motif budgétaire n’est donc pas absent. Il impliquerait pour les enseignants une nouvelle baisse de pouvoir d’achat, pourtant déjà plus que considérable sur les dernières décennies.
Une auto évaluation qui semble cacher beaucoup de choses !
En fait pas tant que cela pour qui sait lire et sait ce qui est déjà depuis quelques années en germe dans les établissements. C’est la réalisation du vieux désir de pouvoir mettre éventuellement au pas les indociles (si vous n’êtes pas content, vous n’avez qu’à partir entend-on d’ailleurs depuis 3 ou 4 ans). Soulignons quelques éléments de ce en quoi cette auto-évaluation consiste. Ils parlent par eux-mêmes.
« Celle-ci consiste pour l’enseignant à analyser et expliciter :
1° Sa capacité, en termes disciplinaires et didactiques, à faire réussir les élèves, dans le respect des programmes et des politiques éducatives ; (souligné par moi) 2° Son apport à l’amélioration de l’enseignement de la discipline dans l’établissement et à la diffusion des méthodes d’enseignement ; ...<
4° Sa participation à la qualité du climat scolaire dans l’établissement ; (sic ! et sur quelles bases ?) ... Pour chacun des critères d’autoévaluation énumérés aux 1° à 4°, l’enseignant précise les résultats obtenus au regard des objectifs qui lui ont été assignés. (également souligné par moi)
Il est question également de :
« … La manière de servir de l’enseignant ;
ainsi que des :
… «objectifs assignés pour les trois années à venir au regard de chacun des critères intéressés et les perspectives d’amélioration des résultats obtenus ; »
La manière se servir ! Un tel item résume à lui seul l’idéologie dominante ! Il s’agit bel et bien de marcher au pas ! Qui peut accepter en en sachant, en plus, toutes les conséquences ?
Comme vous le montre très bien cette « Une » du journal « L’Alsace », le thème de la Foire du livre de Saint Louis est consacré cette année à … la musique.
Une œuvre de Tobias Rehberger comme il y en a tout au long de la ligne 1 du tramway au terme d’une commande publique subventionnée par la Direction régionale des affaires culturelles.
Muullhhoouusse est le titre de ce faux jumelage météorologique avec trois autres villes. Il y a Millhouse et Casa Molino, ces deux là ne sont pas faciles à trouver car il y a autant de Casa Molino que de moulins en Espagne. C’est peut-être pour cela qu’ils n’ont jamais trouvé le branchement. La troisième est Mülhausen, ville allemande de Thuringe qui fut l’un des grands centres de la Guerre des Paysans en 1524/1525 avec Thomas Müntzer, soulèvement qui a eu lieu, rappelons-le en même temps en Alsace et dans le Sundgau .
Où sont passé ces trois abris ?
Au Commissariat aux archives ?
Le Commissariat aux archives est en effet, selon Georges Orwell, l’organisme de gestion des effacements, des retouches, des découpes :
« Et cette galerie, avec ses cinquante employés environ, n’était qu’une seule section, un seul élément, en somme, de l’infinie complexité du Commissariat aux Archives. Plus loin, au-dessus, il y avait d’autres essaims de travailleurs engagés dans une multitude inimaginable d’activités.
Il y avait les immenses ateliers d’impression, avec leurs sous éditeurs, leurs experts typographes, leurs studios soigneusement équipés pour le truquage des photographies. Il y avait la section des programmes de télévision, avec ses ingénieurs, ses producteurs, ses équipes d’acteurs spécialement choisis pour leur habileté à imiter les voix. Il y avait les armées d’archivistes dont le travail consistait simplement à dresser les listes des livres et des périodiques qu’il fallait retirer de la circulation. Il y avait les vastes archives où étaient classés les documents corrigés et les fournaises cachées où les copies originales étaient détruites. Et quelque part, absolument anonymes, il y avait les cerveaux directeurs qui coordonnaient tous les efforts et établissaient la ligne politique qui exigeait que tel fragment du passé fût préservé, tel autre falsifié, tel autre encore anéanti. » George ORWELL, 1984.
Nous venons d’ajouter au Commissariat aux archives la section des œuvres d’art contemporaines effacées de l’espace public.
Cela méritait d’être signalé.
Bon voilà, c’est fait. Ouf !
Si l’on en croit l’ineffable Jean Marie Bockel, la France a perdu un grand humaniste resté incompris des électeurs qui ne s’en étaient pas aperçu. S’il n’avait tenu qu’à l’Alsace, on l’aurait retenu avec force.
Par peur des rouges !
Lors de l’élection de François Mitterrand en 1981, certains, en Alsace, avait fait des stocks de provision. Au cas où …
Au cas où les chars russes passeraient le Rhin. En plus avec des ministres communistes au gouvernement.
Aujourd’hui, de quoi ont peur les Alsaciens ?
Probablement d’abord de leur propre ombre.
Le scrutin à peine clôt, voici que l’Europe réapparaît.
Enfin, le monde existe à nouveau. On avait oublié jusqu’à son existence.
Pendant des mois, on a fait semblant que nous pourrions régler dans l’hexagone nos problèmes hexagonaux.
Être de gauche disait Gilles Deleuze c’est d’abord savoir que le monde est là.
Véritable tour de force, nous avons vécu des mois et des mois de campagne sans que soient abordées les grandes questions du changement d’époque que nous vivons. Des mois et des mois sans que les ressources de leur solution qui gisent dans la connaissance, la culture, la formation ne soient vraiment au cœur des débats.
Ce que l’on appelle les « marchés » ont des exigences contradictoires.
Ils voudraient bien et la rigueur et de la croissance.
L’ancienne ministre de l’économie et actuelle directrice du FMI, Christine Lagarde avait utilisé pour désigner ce cocktail le terme de « rilance » contraction de rigueur et relance.
L’avantage d’un cocktail tient à la possibilité de le doser. Deux tiers de rigueur ou un peu plus, une autre fois un peu moins avec un chouïa ou un peu plus peut-être de relance.
Mais tout cela reste dans le cadre du système tel qu’il ne fonctionne plus et qu’on ne pourra pas longtemps se contenter de le corriger à la marge. François Mitterrand avait tenu deux années. Sous sa présidence ensuite les inégalités s’étaient fortement creusées, le chômage lourdement accentué.
Vous prendrez ben un peu d’rilance ?
Vacances heureuses, vacances studieuses !
Mais ne nous y trompons pas : le prétexte d’aider les élèves les plus défavorisés recouvre bel et bien une idéologie et un fonctionnement social (hyperactivité et obligation de performance) mis largement en place depuis de nombreuses années et qui prend un relief tout particulier face aux enjeux de l’élection en cours.
Monsieur Thiers n’est pas mort
Intéressant le dossier consacré aux « colonies éducatives » dans le journal télévisé de France 2 du mercredi 25 avril 2012. De l’école primaire à la terminale des élèves peuvent venir passer des vacances sérieuses avec de 3 à 6 heures de cours par jour en fonction du niveau. Et dès l’âge de 6 ans. La réussite au bout du fusil ? A 800€ la semaine, il faut l’espérer ! D’autres expériences ont aussi lieu ailleurs, dans les écoles. C’est moins cher ! Ces écoles sont ouvertes pendant les vacances, où les élèves (il n’y a plus d’enfants comme le souligne Claire Brisset citée plus bas) retrouvent leurs locaux et leurs maîtres (volontaires) dans un autre contexte beaucoup plus favorable dit-on (sic !). C’est l’exemple de cette école du Bas-Rhin qui propose, comme d’autres, des stages de rattrapage pour CP !!!
Au cirque des enfants bien obéissants
Les enfants sont tout à fait conscients, déjà à leur âge, de la nécessité du vrai travail. Lors du JT cité, H., 10 ans, le dit bien : « Dans la vie, il n’y a pas que jouer. » Et lorsque la journaliste lui soumet qu’il n’est peut-être pas mal non plus d’être en vacances, il répond : « Oui, mais pas tout le temps ; on ne peut pas tout le temps jouer, jouer, jouer… jusqu’en… ben… parce qu’après .. dans … un métier après … » Le voilà déjà prêt, dans sa dizaine d’année, à penser son projet professionnel !!!
M., lui, a 8 ans. Et il a très bien identifié les objectifs de sa colo studieuse souligne la journaliste : « Ben … là c’est le troisième trimestre … alors il faut avoir des bonnes notes, parce que mes bulletins, cette année, n’étaient pas très terribles … faut qu’j’m’exerce quoi. »
Apprendre à marcher ou apprendre à marcher au pas ? Que leur apprend donc l’école ? A obéir donc à la toute puissante performance ? A s’oublier eux-mêmes ? Enfants bien obéissants, dont le regard et l’attitude semblent quand même trahir un fond de tristesse. Mais qu’ont-ils, eux, à dire ?
« Les enfants ne votent pas, dira-t-on…, ils sont donc littéralement sans voix, sans vote, utile ou inutile. Seuls les adultes parlent pour eux, par procuration, par délégation, instrumentalisant la parole et les attentes qu’ils prêtent à la génération qui les suit. Alors ces quinze millions de sans voix s’expriment autrement. Ils parlent même beaucoup, mais entre eux, comme s’ils se savaient inaudibles pour ceux qui parlent en leur nom. Et les adultes contemplent, stupéfaits, cette frénésie de communication qui les place hors circuit, au sens propre de l’expression. Les nouvelles technologiesfonctionnent ainsi comme d’immenses machines en circuit fermé, bannissant le regard extérieur, celui-là même qui pourrait autoriser la communication.
Mais les enfants ne parlent pas seulement à travers des technologies inventées par des ingénieurs, eux-mêmes à peine sortis de l’enfance. Ils s’expriment aussi en creux, par des refus, des rejets qui confinent au boycott. La plus éclatante de ces expressions n’est autre que leur relation avec l’institution où ils passent le plus clair de leur vie éveillés, l’école, cette école qui peine même à prononcer le mot enfant et ne veut connaître que des élèves. »(souligné par moi)
Enfance : la voix des sans voix Le Monde.fr | 26.04.2012 Par Claire Brisset, ancienne défenseure des enfants (2000 – 2006)
Vacances : on n’est pas là pour jouer !
On n’est pas là pour jouer ! Comment ces enfants hors du jeu, c’est-à-dire hors-jeu, peuvent-ils se récupérer et se construire sans cette projection, cette externalisation sans danger de ses sentiments, interrogations ou angoisses que propose tout jeu ?
extrait de la Guerre des boutons d’Yves Robert (1962) d’après le roman de Louis Pergaud
Vacances ; du latin vacare : être vide, être inoccupé, être libre, donnant « vacanter », signifiant « inutilement ». C’est bien là que le bas blesse ! Il n’est plus question de conquérants de l’inutile. Il n’est pas question de ne pas remplir le vide. Mais se retrouver face à cette vacance, c’est aussi se retrouver face à soi-même, à ses pensées. C’est aussi oublier, jouer, dormir, paresser. Mais il est hors de question de s’ennuyer, donc de vagabonder, fût-ce avec d’autres. Dans l’esprit comme dans les rues : vagabondage interdit ! Finalement, forcer à travailler, fût-ce totalement inutilement, c’est bien empêcher de penser en rond. Il ne doit rien y avoir d’inutile !
Le bavardage en classe ou en cours, voire l’utilisation des portables, dont la majorité, sinon la totalité, des enseignants se plaint de l’école primaire à l’université, est bien en lien avec cette incapacité de faire le vide dans sa tête pour pouvoir accueillir l’extérieur en toute connaissance de cause. Cette hyperactivité qui elle, paradoxalement et au contraire, est justement la vacuité des esprits, est devenue une référence sociale absolue avec d’ailleurs l’image d’un encore président comme parangon en toile de fond. Elle envahit maintenant les vacances.
Jusqu’à présent, seuls les enseignants étaient, dans leur paresse légendaire, accusés de trop de vacances. Les voilà donc au travail. Les élèves aussi.
Fin des vacances ! Fini de jouer ! Ordre nouveau et enfants bien ordonnés et sans véritable voix !
De l’efficacité des stages de rattrapage
On pourrait penser que les vacances sont à l’école ce que le rêve est à la mémoire : l’occasion de tout restructurer et de mettre les idées en ordre. Les sportifs le savent dont les mouvements sont littéralement incorporés après une période de bref arrêt. Ce qui est vrai pour le corps l’est aussi pour l’esprit. A trop refaire en continu les mêmes gestes le corps se perd. A trop reprendre les mêmes choses dans les mêmes cadres, l’esprit se perd. L’efficacité de ces séances est très loin d’être démontrée. Il suffit de citer ces élèves de terminale, volontaires, en stage de vacances, pour lesquels le professeur reprend les notions, voire le vocabulaire de base pour leur permettre de simplement lire le texte totalement incompris de l’exercice à faire. Le lendemain, déception : des absences. Pourquoi ? « Eh bien, hier, on a rien fait ! » répondent ceux qui sont quand même revenus. Après dialogue, il apparait que pour ces élèves, travailler se résout à un copié-collé. Acquérir un certain niveau de compréhension des choses, c’est-à-dire d’intelligence, ce n’est pas travailler et ils l’expriment clairement.
Ce qu’on demande aujourd’hui aux élèves se restreint à un cognitif exclusivement procédural qui s’oppose à une réelle capacité d’abstraction, donc à une réelle capacité d’organiser une pensée propre qu’il s’agit avant tout d’étouffer dans l’œuf. Ces stages, qui par ailleurs sont dans le déni de la destruction actuelle de la transmission intergénérationnelle déjà discutée souvent dans cette chronique, ne peuvent en rien résoudre des problèmes de fond jamais traités, et pour cause !
Ces stages ne sont qu’un reflet d’une société de la bêtise. Il s’agit bien là d’empêcher la construction d’une pensée propre et libre. Cela se retrouve d’ailleurs à toutes les étapes de l’Ecole, dans les procédures comme dans les programmes ou le traitement réservé aux enseignants. Monsieur Thiers n’est pas mort ! Et de travail, famille, patrie ne resterait-il que le mot travail qui conduirait à une célébration du vrai travail plutôt qu’à une fête des travailleurs ?
En tout cas, face à l’interdiction faite aux enfants de se retrouver face à eux-mêmes, vivent les vacances, les vraies !
Pour les adultes aussi, une vraie paresse : savoir ne pas se casser le cul, savoir se fendre / de quelques baisers tendres, comme le chante Michel Simon :
* Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. La phrase de Gotthold Ephraim Lessing, écrivain et dramaturge allemand du 18ème siècle, est citée dans le Droit à la paresse de Paul Lafargue, gendre de Marx qu’on peut lire ou relire ici. Il y est beaucoup question de Mulhouse.
Cette « une » du journal Le Monde telle qu’elle est apparue sur l’écran de mon ordinateur, vendredi dernier, à la veille du premier tour de l’élection présidentielle, est révélatrice. Elle montre à quel point l’économie de l’attention produite par l’industrie publicitaire prétend à dominer, à phagocyter et la politique et l’information. On n’a d’ailleurs plus accès désormais à l’information en ligne qu’en passant par les fourches caudines du marketing.
On ne peut pas dès lors disserter comme le fait Jacques Rancière sur la démocratie et la représentation sans évoquer cette télécratie qui produit ce que Bernard Stiegler appelle du « populisme industriel » et sans se demander de quoi le représentant est représentatif. Je suis cependant d’accord avec J. Rancière sur le fait que la gauche devrait proposer une critique radicale des institutions monarchiques de la Vème République. Elle est celle du « coup d’Etat permanent « justement dénoncé par Français Mitterrand avant qu’il ne le pratique lui-même.
Un vote de confusion.
Pour qui et pour quoi –le quoi supposant un contenu derrière la figure du qui- pour qui et pour quoi les électeurs ont ils voté au cours de ce vote de téléréalité où même la rue n’est plus qu’un studio d’enregistrement ? Ont-ils voté pour M. Le P qui parle comme J-L M, pour NS qui parle comme M Le P … ?
Cette élection est celle de la confusion et du brouillage des repères. C’est vrai bien sûr pour le 1er Mai mais il y a bien plus grave encore. Jamais encore un représentant de la droite du niveau d’un président de la République ne s’était livré à une telle compromission avec l’extrême droite. Le président sortant a pendant 5 ans travaillé au bon score du Front national, en effaçant la limite entre la droite républicaine et l’extrême droite. Il pousse désormais cette logique à bout. Ce comportement constitue comme l’exprime à juste titre le journal Le Monde, non seulement une faute politique mais aussi une faute morale sans compter l’aveu de totale impuissance que cela révèle.
« Le problème – lourd, blessant, presque humiliant pour tout républicain, de droite comme de gauche – est que le président sortant a franchi, depuis deux jours, la frontière entre compréhension et compromission. Certes, il a assuré, mercredi 25 avril, qu’il n’y aurait » pas d’accord » avec le Front national, ni de ministres FN s’il est réélu. C’est bien le moins.
Mais il a désormais adopté le langage, la rhétorique et, partant, les idées, ou plutôt les obsessions, de Mme Le Pen. Ainsi de cette façon d’attiser les peurs de la société française plutôt que de tenter de les apaiser. Ainsi de cette stigmatisation des » élites « , jetées en pâture au » peuple « . Ainsi de cette dénonciation du » système « , dont on se demande bien ce qu’il est, sinon la République dont il devrait être le garant. Cette empathie constitue une faute politique. La présidente du Front national a beau avoir débarrassé son parti de ses scories et saillies les plus choquantes, le cœur du projet lepéniste reste ce qu’il a toujours été : rétrograde, nationaliste et xénophobe.
Malgré des hésitations de tel ou tel, à certains moments comme lors des régionales de 1998, les responsables de la droite avaient toujours, jusqu’à présent, récusé ces idées. Pendant des années, l’ancien président Jacques Chirac avait courageusement rappelé que la République française assure l’égalité de tous, » sans distinction d’origine, de race ou de religion « , selon les termes de la Constitution. Céder, si peu que ce soit, sur cette exigence ne peut que renforcer le Front national. Et placer la droite, demain, dans une situation bien vulnérable. C’est également une faute morale. En politique, comme ailleurs, la fin ne justifie pas tous les moyens. L’élection ne légitime pas tous les cynismes. Sauf à donner un peu plus raison aux philippiques de Mme Le Pen contre les » mensonges » des dirigeants français. Sauf à y perdre son âme. C’est enfin un aveu d’impuissance. En 2007, Nicolas Sarkozy avait su convaincre qu’il saurait apporter des réponses au désarroi ou au désespoir de cette » France qui souffre « . Se situer, cinq ans plus tard, sur le terrain même de Mme Le Pen revient à admettre qu’il n’y est pas parvenu ».
Editorial du journal Le Monde du 26 avril 2012
Tous les soutiens du dehors ou de l’intérieur de l’UMP qui se taisent seront comptables de leur silence.
Nous n’assistons pas seulement à la destruction du capital réel (fermeture d’usine, délocalisations…) par la logique spéculative de la financiarisation mais aussi à la destruction du capital symbolique accumulé par notre histoire.
On ne peut manquer d’être frappé par la façon dont la télévision met, depuis le soir du 1er tour, le Front national au cœur du débat comme si les électeurs de F. Bayrou ou de J.L Mélenchon, ou les abstentionnistes comptaient pour de beurre, comme l’a bien montré Alexie Geers :
« Toutes les chaînes de télévision sont d’accord sur un point, y compris France 2 : l’orientation des électeurs FN vers l’un ou l’autre des candidats est l’enjeu primordial de ce deuxième tour. Pas une pour dire que les centristes sont à 9 % et que leurs choix peuvent aussi faire pencher la balance, personne pour dire que l’abstention de l’ensemble de ces électeurs peut battre les cartes de toute autre manière. Le récit médiatique est unanime : les électeurs du Front National ont, dans leurs mains, le sort du pays. Le FN et ses idées, le FN et sa lutte contre l’immigration qu’il voit comme un problème, le FN qui n’a pas de projet, le FN qui stigmatise “l’étranger”, sans jamais appuyer son argumentaire sur des chiffres, sans que jamais un journaliste ne lui oppose des chiffres, sans que jamais personne – sauf Jean-Luc Mélenchon – ne montre que l’immigration et ses conséquences prétendument catastrophiques n’existent que dans la tête des dirigeants du FN. » Amexie Geers : Quand le récit médiatique fait le jeu du FN
Effacement des vrais enjeux
Consciemment ou non, cette élection tout en nous embrouillant la tête a soigneusement évité de nous parler des vrais enjeux.
Je propose à ce propos de relire aujourd’hui ce qu’écrivait Bernard Stiegler, dans Télérama, 57 jours avant le premier tour :
« Tous les citoyens français savent – plus ou moins confusément – que l’enjeu de la campagne présidentielle est la disparition du monde qui apparut au cours du XXe siècle. Face à cet état de fait stupéfiant que nul n’ignore, aussi difficile qu’il puisse être de le concevoir, la seule véritable question est la façon dont la France et l’Europe sauront contribuer à la formation d’un autre monde. (…)
Or, c’est l’évitement de cet enjeu, sinon sa dissimulation, qui pourrait se révéler être suicidaire – sinon pour le candidat à la présidence qui parviendrait à être élu (par le fait même d’avoir contourné cette question), du moins pour le président effectivement élu qui serait issu de ce scrutin, et sur la base d’un tel refoulement.
Car d’un point de vue strictement politique, le véritable enjeu du scrutin actuel, c’est celui du prochain scrutin : celui de 2017. La question la plus préoccupante n’est pas de savoir si la famille Le Pen sera une fois de plus présente au second tour : elle est de s’assurer qu’elle ne parviendra pas au pouvoir après cinq années de « gestion » de la crise sans qu’ait émergé la moindre perspective alternative. (…)
Face à ce danger bien plus imminent que ne l’imaginent ceux qui disaient déjà, dans les années 80, que le Front national n’était qu’un épiphénomène, il n’y a qu’une voie possible : la lucidité, et la revendication de ce qu’elle seule procure – la franchise et la clarté, qui procurent elles-mêmes la confiance et le crédit, sans lesquels aucune action n’est durablement possible.(…)
C’est conscient de tout cela que nous devrons voter – ou non – au second tour en sachant l’ampleur de ce qu’il y aura à faire après pour que les cinq années qui viennent soient une transition vers un nouveau monde.
Les radis, se cultivant facilement, sont en fait présents toute l’année, sous différentes variétés : du radis noir, souvent appelé raifort, au petit radis rose, en passant par le gros radis blanc ou le radis japonais (le daïkon) dont il paraît que la mode conquiert nos étals occidentaux, exotisme oblige.
Le radis étant une racine (sa racine même est le latin radix, racine !), il a toujours été consommé, même si le radis rose est une variété très récente au regard de l’histoire (XVIIIème siècle). Aux statuts parfois très différents (commun en Haute Egypte, offrande à Apollon chez les Grecs, aliment du pauvre chez les Romains (traité comme tel par Ovide dans sa description, dans Les Métamorphoses, des repas de Philémon et Baucis), légume des “pauvres paysans” du Moyen-Âge de nos anciens manuels scolaires), il n’apparaît que guère dans la littérature culinaire d’avant Internet, sans doute parce que le plus souvent consommé cru.
Le choix du radis rose
Le radis rose doit être très frais. Cette fraîcheur s’évalue très facilement à la verdeur et à la tenue des fanes. Il doit aussi être ferme à la pression du doigt. Un radis plus souple, voire plus mou, sera un radis creux et fibreux, et qui plus est plus piquant. Il sera d’autant plus fort, également, qu’il aura manqué d’eau.
Intérêt nutritionnel
Comme toute racine, le radis a un faible apport énergétique :17 Kcal pour 100g. (100 grammes de radis correspondent à 7 ou 8 pièces assez grosses). Par contre sa minéralisation est intéressante (246 mg de potassium, 11 mg de magnésium et 31 mg de calcium pour 100g) de même que son apport vitaminique en carotène, acide folique et vitamine C. L’apport en fibres (surtout cellulose) n’est pas négligeable (1,5 g pour 100g). Enfin ils apportent aussi une quantité intéressante d’oligoéléments : du fer, du cuivre, du zinc, du fluor, des traces d’iode, de sélénium…
Les fanes sont aussi riches en acide folique, en vitamine C et en fer.
Ils apportent aussi, comme leurs autres cousins crucifères, d’autres molécules : indols, gluconisates, isothiocyanates de phényléthyle et de benzyle, dont les effets protecteurs vis-à-vis du cancer sont actuellement assez soulignés.
Pour changer du radis beurre, ce mois, deux petites recettes.
Notre recette 1 :
Asperges à la crème de radis
Ingrédients (pour 4 personnes) :
12 belles asperges
20 radis
33 cl de crème fraîche
Vinaigre de Xérès
Cerfeuil
Préparation :
Asperges
Bien éplucher les asperges et les laver
Les cuire à l’eau bouillante salée de 10 à 15 mn suivant la taille
Bien les égoutter et les garder entre deux linges ou papiers absorbant jusqu’au dressage
Crème de radis
Préparer et laver les radis
En réserver 2 gros avec le cœur de fane, détailler les autres en dés
Blanchir ces dés à l’eau bouillante salée 7 à 8 mn, jusqu’à tendreté
Les égoutter et les mixer avec 10 cl de crème
Fouetter le reste de la crème fraîche légèrement salée et poivrée en ajoutant progressivement le vinaigre de Xérès jusqu’à épaississement
Mélanger la préparation de radis et continuer à fouetter jusqu’à homogénéité
Dressage
Disposer 3 asperges en éventail
Déposer un demi radis avec son cœur de fane
De part et d’autre du radis, déposer deux brins de cerfeuil
Disposer la crème de radis en extérieur des asperges et parsemer de cerfeuil ciselé
Notre recette 2 :
Toasts de jambon Serrano avec leur crème de légumes aux fanes de radis
Ingrédients (pour 4 personnes) :
Légumes : une pomme de terre moyenne, une carotte, un navet, deux ou trois rondelles de poireaux, une douzaine de gousses de petits pois, deux bonnes poignées de fanes de radis très fraîches
Jambon Serrano : 4 tranches
Olives niçoises
Marjolaine
Huile d’olive fruitée
Crème fraîche
Préparation
Crème de radis
Cuire tous les légumes dans ¾ de litre d’eau salée. Mixer.
Tailler quatre grandes tranches d’un bon pain de campagne ; dans chaque tranche, détailler quatre rectangles qui seront légèrement imbibés d’huile d’olive (passer l’huile au pinceau sur les deux faces) ; les griller.
Découper dans chaque tranche de jambon 3 rectangles de la taille des toasts.
Préparer une demi olive et une feuille de marjolaine par toast.
Au dernier moment rajouter au potage quatre cuillérées de crème fraîche et remettre éventuellement à température sans faire bouillir.
Dressage :
Sur chaque assiette dresser 3 toasts, les recouvrir du jambon.
Passer le jambon avec un pinceau d’huile d’olive.
Déposer au centre une demi olive niçoise sur une feuille de marjolaine.
Verser la crème de radis dans de petits pots à crème ou dans des verrines ; déposer en surface une feuille de marjolaine.
Disposer les pots en haut de l’assiette.
Décorer de 3 olives et de deux demi radis en éventail.