Danse avec les ombres

Danse avec les ombres. On y voit le grand Fred Astaire en  Bojangles of Harlem danser avec puis danser contre ses ombres au point de parvenir à les chasser et de finir par danser seul. Comme une métaphore du travail contre ses propres fantômes. Un remède contre la morosité.

Dans cet extrait du film Swing Time de 1936  intitulé Bojangles of HarlemFred Astaire rend hommage au danseur noir Bill Bojangle Robinson.  Swing Time  n’est sans doute pas le plus grand film de Fred Astaire et de Ginger Rogers mais ce passage est un morceau d’anthologie.

Une chance pour sauver l’école

L’école, le numérique et la société qui vient, c’est là le titre d’un ouvrage très récemment paru, sous forme d’entretiens et signé conjointement par Denis Kambouchner, Philippe Meirieu, Bernard Stiegler,  avec la collaboration de Julien Gautier et Guillaume Vergnes aux éditions des Mille et Une Nuits. Ouvrage à lire absolument pour quiconque essaie de porter un certain regard sur ce qui se passe actuellement à l’Education Nationale et d’avoir, peut-être, une envie d’espérance.

Les auteurs, dépassant la guerre « pédagos » contre « républicains » au vu de la très grave crise du système scolaire, nous proposent de profiter de la révolution du numérique pour essayer de soigner un  malade dont on pourrait même penser qu’il est déjà à l’article de la mort. Des thérapeutiques sont d’ailleurs proposées. Souhaitons qu’elles puissent être entendues !!!

Souvent, parler de l’Ecole s’entend comme parler de l’école primaire, en oubliant que le système scolaire s’étend de l’école maternelle à l’université. Cela permet toutes les ambiguïtés et toutes les confusions. Mais, s’il faudra effectivement reprendre tout au début, c’est-à-dire dès la maternelle , c’est bien tout le système qui est malade et sur lequel, actuellement, on tire à boulets rouges pour l’achever. C’est donc bien de l’ensemble du système dont il sera question et dont il est question dans l’ouvrage cité.

L’Ecole doit avoir comme fonction d’ « assurer la continuité d’une société par la transmission intergénérationnelle de la mémoire collective » (J. Gautier et G. Vergnes). Elle devrait être, ce qu’elle n’est sans doute déjà plus, « un dispositif de construction et d’enseignement des savoirs »[1](Bernard Stiegler). Cela suppose des supports de la mémoire : l’écriture manuscrite ou imprimée et actuellement les supports numériques, révolutionnaires comme l’ont été en leur temps les deux premières. Le numérique apporte une multiplication des informations, leur mise à disposition de tous, c’est-à-dire leur utilisation et leur production possible par tous, ce qui n’était pas le cas pour l’analogique. Or, dans le cadre économique de ces dernières décennies, surtout dans le contexte du poids extrêmement lourd du financier, ces supports servent, marketing aidant, à une réelle destruction des savoirs et de l’intelligence à laquelle participe activement, depuis plus de vingt ans, le système scolaire dans son ensemble. Il suffit d’ailleurs, pour s’en convaincre, d’analyser programmes et manuels. Il suffit aussi de se rappeler du « temps de cerveau disponible » de l’ancien pdg de TF1 !

La transmission des savoirs est bien au coeur de la problématique actuelle, dans la mesure où elle est attaquée sans cesse par ce qui reste d’institution. Une telle transmission implique la reconnaissance de la différence des générations. Or cette transmission intergénérationnelle est aujourd’hui attaquée dans l’ensemble du corps social. A cela il faut ajouter une destruction de la notion de temps et de durée, le consumérisme et le marketing  impliquant  l’immédiateté du pulsionnel, le tout tout de suite. Ce qui se passe dans l’institution scolaire n’est qu’une caricature de ce qui se passe dans la société. Il est intéressant de mettre la pratique en collèges et lycées en contrepoint des justes analyses proposées. Les nouvelles techniques managériales dictées aux nouveaux chefs d’établissement font que, par principe, l’enseignant a tort. Les nouvelles réformes ainsi que les consignes données pour les examens mettent à mal les enseignements disciplinaires, notamment au lycée, et interdisent de s’appuyer sur des savoirs au profit de la mise en oeuvre de compétences purement répétitives et de tests purement quantitatifs dont les QCM ne sont qu’un parangon. Comment s’étonner alors d’entendre des élèves de lycée dire à leur professeur « ce n’est quand même pas vous qui savez !!! » (sic !), Cette remise en cause du savoir par des élèves, par ailleurs en très grande difficulté, n’est absolument pas récente. Elle n’est simplement que plus explicite, plus directement et plus sereinement affirmée. Lorsque B. Stiegler  évoque l’enseignement disciplinaire comme instrument de pensée donc d’autonomie et non comme simple juxtaposition de techniques, on ne peut, en tant qu’enseignant, que se pencher sur le désastre actuel et rêver de retrouver ce qui faisait et devrait faire le coeur du métier, sans être passéiste pour autant, bien au contraire. Lorsqu’il dit encore que « des fonds théoriques légitiment le fait que (des) disciplines s’enseignent et ne sont pas seulement des intuitions personnelles et individuelles », il est impossible de ne pas se souvenir de la gentillesse et de la tolérance de cette élève disant à son professeur « Non, mais vous avez tout à fait le droit d’avoir votre opinion » (sic !). Il ne s’agissait pourtant que  d’un cours de biologie sur l’évolution qui n’abordait que des notions théoriques de base. Ce ne sont là que quelques exemples parmi les plus innocents du quotidien d’un enseignant. Ils montrent combien les choses sont déjà bien ancrées dans les esprits.

 Le grand enjeu des nouvelles technologies

Le grand enjeu des nouvelles technologies est clair. En pleine révolution numérique, dans laquelle les jeunes sont nés, il s’agit de savoir si l’Ecole peut sortir la jeunesse de la prolétarisation des esprits , c’est-à-dire de la mise des neurones au service des  « industries » comme l’étaient les corps au siècle dernier, corps mis au service des machines. C’est ce qui caractérise cette nouvelle « société des connaissances ».  La finalité de l’Ecole doit être alors la déprolétarisation, c’est-à-dire une remise en valeur de la pensée. Les appareils technologiques actuels  permettent  « de résoudre des problèmes sans avoir appris des codes, sans avoir à connaître ». C’est bien ce que met actuellement en place l’institution. Ce qu’on demande dans certains examens en est une caricature, notamment en physique au baccalauréat dans certaines sections : des formules sont données, avec toutes les valeurs, toutes les unités, le résultat avec ses unités également, la seule demande étant de vérifier à la calculatrice si le résultat est juste !  Il est donc impératif de lutter contre la prolétarisation des esprits [2] et la bêtise ambiante, voulue et cultivée. Or « l’émancipation sociale et personnelle des individus, c’est bien ce dont l’économie et la finance ne veulent pas, ce qu’accepte clairement et passivement la société dans son ensemble. La destruction des esprits a déjà fait son oeuvre  et il faudra beaucoup de temps pour tout remettre à flot à partir de la maternelle » (J. Gautier et G. Vergnes). Citons à ce propos ces élèves de lycée qui sont incapables de diviser par 10 (absolument tous dans certaines sections, oui !), avouent ne pas savoir ce qu’est une division, confondent systématiquement addition et multiplication (en classe de terminale), ne savent pas ce qu’est un brin, qu’il soit de ficelle ou d’ADN, là où leurs congénères ne connaissent pas le sens des mots  « humide », « minerai », « respecter », « type », principal,  « circonstance », « alerte », « besoin » et autres « étiquetage » ou quand le mot  « effarant » dans un texte de français devient, dans leur bouche, le comble de la difficulté empêchant toute lecture. L’incapacité pour ces nombreux élèves de lycée de maîtriser le langage, de lire un texte simple par manque de maîtrise des mots [3] , donc d’écrire, est aujourd’hui un problème majeur, bloquant toute possibilité d’enseignement (certains élèves de lycée ne peuvent aujourd’hui pas recopier  plus de 5 mots à la minute). La notion même de temps peut être perdue, avec confusion généralisée entre temps précis et durée, entre espace et temps. C’est ainsi qu’une classe entière de terminale sont absolument incapables de repérer des temps précis dans un phénomène physique ou biologique, donc de comprendre la notion d’intervalle, donc de cycle, ou donnent comme valeur d’un volume : 5 secondes. Oui c’est a priori surprenant, mais c’est bien la réalité, malgré l’omerta ambiante. Cela va de pair, bien sûr, avec l’impossibilité de se projeter dans l’avenir, donc l’impossibilité d’apprendre.

Les nouvelles technologies numériques pourraient permettre de sortir de ce marasme. Mais cela implique une formation des élèves qui dépasse leur simple utilisation mécanique. Le numérique ne doit pas être un moyen d’enseignement, mais un objet d’enseignement. Cela implique aussi une formation des professeurs à ces nouvelles technologies, mais avec « de vraies garanties, un haut niveau d’exigence intellectuelle et académique, ce qui n’est plus le cas » (J. Gautier et G. Vergnes). Il s’agit donc de former au numérique pour former des esprits libres et donc refuser de former des utilisateurs adroits mais sans esprit critique. Cela nécessite une vraie politique qui aille à l’encontre de la destruction de la pensée qui a lieu aujourd’hui à tous les niveaux de l’institution. La révolution numérique peut donner une telle chance. (Il suffit de penser à ce qui se passe au niveau des logiciels libres par exemple pour imaginer qu’il peut y avoir des solutions). Ces outils, actuellement très toxiques par l’utilisation qui en est faite, peuvent aussi être très bénéfiques si on sait s’en servir autrement, et si le niveau de révolte contre la prolétarisation des esprits est suffisant. Il faut que ces outils soient enfin au service du savoir et non  plus seulement aux mains des industriels, dont l’actuelle mainmise sur l’Ecole est beaucoup plus importante qu’on ne veut s’en aveugler. Il faut par exemple apprendre aux élèves à se servir de wikipédia (et non le dénigrer) et donc, dans le même temps, « défendre une culture lettrée » (P. Meirieu).

Dans « L’école, le numérique et la société qui vient » les auteurs proposent des solutions qui peuvent ouvrir les portes de nouvelles espérances. On peut cependant douter que le système se réforme de lui-même, les diverses volontés politiques allant dans le sens contraire. L’Ecole en effet participe depuis de nombreuses années, voire décennies,  à une destruction active et voulue de la transmission entre générations, notamment par le fait que, contrairement ce que beaucoup peuvent dire ou penser, le professeur a pratiquement toujours tort. Il subit, de la part de sa hiérarchie directe comme plus en hauteur, un dénigrement et une dévalorisation plus qu’insupportable, permanente et organisée à haut niveau, y compris devant les élèves. Beaucoup ne tiennent d’ailleurs plus le choc. Dans le même temps, il assiste à une destruction systématique des savoirs , donc de sa fonction première, dans le cadre de notre « société du désapprentissage », au profit de compétences comportementales purement mécaniques. Les jeunes, n’ayant plus aucune formation se retrouvent désarmés et impuissants devant des classes de plus en plus difficiles, face à des élèves et des parents de plus en plus consuméristes. Cela pose donc en fait le problème actuel d’une vraie révolution dans un système à la mort programmée.

[1] : il faut entendre par « savoirs » l’ensemble des savoirs théoriques, liés donc  à une capacité de théorisation, savoir-vivre et savoir-faire qui sont ensemble à la base d’une réelle vie de l’esprit, celle qui est si fort attaquée actuellement dans cette institution qu’est l ‘Education Nationale

[2] : la prolétarisation des esprits est, justement, cette destruction de l’ensemble des savoirs. (voir à ce propos la chronique « Tu ne mangeras point du fruit de l’arbre de la connaissance » sept 2011)

[3]: voir à ce propos la chronique de juillet 2008 « Des mots pour ne pas pouvoir le dire »

 Le Gypaète barbu

Légume du mois / Février : les carottes, du vieux pour faire du neuf

Quoi de plus banal qu’une carotte ? Les livres de nos grands chefs sont d’ailleurs souvent silencieux à ce sujet. Mais deux facteurs viennent changer un peu la donne de ce légume de base de l’alimentation humaine depuis la plus haute antiquité : les bienfaits pour la santé, de plus en plus soulignés, et l’apparition sur les marchés de variétés anciennes comme la Blanche de Kuttingen ou la jaune obtuse du Doubs. Il existe d’ailleurs une association des Croqueurs de Carottes. Elle œuvre dans le cadre de la sauvegarde de la biodiversité et du patrimoine végétal  en liaison avec un groupement de producteurs de semences issues de l’agriculture biologique et  biodynamique (Biaugerme).

Si on peut considérer comme positif la sauvegarde de variétés anciennes, il est bon aussi, en tant que consommateur, d’éviter les pièges de la mode. On peut en effet trouver sur certains marchés bobos de la Région parisienne ces blanches, jaunes ou violettes à des prix prohibitifs ! Alors même que l’intérêt gustatif n’est pas forcément à la hauteur du prix ! N’oublions pas non plus que la carotte rouge, celle qu’on consomme habituellement, peut être très différente d’une variété à l’autre (environ 500 variétés sont au catalogue officiel et donc commercialisables), d’une saison à l’autre, d’un terrain à l’autre, d’une région à l’autre. La carotte des sables par exemple, en primeur, a une texture fondante, une saveur sucrée et une fraîcheur qui en font un peu un archétype de la carotte. Mais on peut aussi lui préférer une carotte d’hiver (la carotte résiste bien au gel), en terre plus argileuse, plus ferme de texture mais aussi plus goûteuse, à condition cependant qu’elle ne soit pas ligneuse. A chaque saison, donc, sa carotte.

Parmi les variétés anciennes revenues au goût du jour, on peut préférer la jaune, assez sucrée avec cependant un arrière fond d’amertume ou la blanche qui peut, elle, amener beaucoup de fraîcheur du fait de sa jutosité. La violette sera surtout utilisée pour sa couleur violette à l’extérieur et orange à l’intérieur. Attention cependant à la cuire séparément : elle déteint !

Les bienfaits pour la santé

La grande richesse de la carotte est sa teneur en caroténoïdes, anti-oxydants et précurseurs de la vitamine A. En tant qu’antioxydants, ces molécules s’opposent à l’agression des cellules par les fameux radicaux libres. En régulant l’apoptose (mécanisme de mort programmée des cellules, l’apoptose intervient donc dans le contrôle de la prolifération cellulaire en assurant la mort des cellules en surnombre ou anormales), elles seraient un bon élément de prévention d’un certain nombre de cancers (lymphomes, cancers colorectaux par exemple).

L’autre grand intérêt des carottes est la teneur et la nature des fibres alimentaires. Composées de pectine et de cellulose, outre la régulation du transit intestinal, elles seraient aussi un facteur de prévention des maladies cardiovasculaires et des cancers colorectaux en piégeant sels biliaires, acides gras et molécules carcinogènes. Cela dit, il faudrait, pour une action efficace et selon les études, en consommer 200g crues par jour ! A vos carottes, mes lapins ! Et si vous saturez, d’autres fruits et légumes viendront compléter votre ration en caroténoïdes : tomates, abricots, etc.

Mais que cela ne fasse pas oublier que les molécules fournies par les aliments agissent en synergie et que rien ne remplace la consommation du légume lui-même, pas même des compléments alimentaires de synthèse. Par ailleurs, comme tous les légumes, la carotte est suffisamment riche en eau pour fournir un faible apport énergétique (33 Kcal pour 100 g). Quant aux minéraux, leur apport est proche de ses autres compagnons légumes.

Les recettes

Chacun connaît l’utilisation classique des carottes en légumes d’accompagnement. Elles sont présentes aussi bien dans le pot-au-feu que dans le couscous ou dans le classique bœuf braisé aux carottes ! Et que dire de joues de veau braisées doucement sur un fond de vin rouge un peu tannique, les carottes étant rajoutées en petit tronçons en fin de braisage (compter une demi-heure), deux ou trois feuilles de sauge corsant un peu le tout d’une saveur un peu plus sauvage ?

Le grand Escoffier, dans son guide culinaire publié en 1931, nous en donne une recette républicaine, les carottes Marianne, qu’il convient de citer en mémoire d’une cuisine souvent oubliée, et pour cause : “tailler des carottes nouvelles en grosse julienne ; étuver cette julienne au beurre en y ajoutant moitié de son poids de mousserons sautés au beurre ; au dernier moment rouler le tout dans un beurre à la maître d’hôtel additionné de glace de viande et dresser en timbale”.

La grande simplicité convient également, qui permet de les consommer crues, accompagnées d’une crème légèrement fouetté avec un peu de vinaigre de Xérès et additionnée de ciboulette. Elles peuvent alors se consommer en apéritif à la place des classiques et plus mornes cacahuètes grillées.

Notre recette :
Carottes à la fleur d’oranger et à la coriandre

Ingrédients :
200 g de carottes par personne huile d’olive
épices (épices à couscous par exemple)
fleur d’oranger
coriandre en feuilles ou à défaut graines pilées

Préparation :
Dans une sauteuse assez large, verser un fond d’huile d’olive ; ajouter les carottes et laisser quelques minutes à feu assez vif sans cependant les colorer ; ajouter alors les épices et la coriandre ; baisser le feu et mouiller avec quelques centilitres de fleur d’oranger ; laisser fondre les carottes à feu doux jusqu’à la cuisson voulue (compter environ 20 mn suivant la fermeté désirée) en mouillant légèrement avec la fleur d’oranger si nécessaire.

Présentation simple, tiède ou froide, en coupelles ou sur petite assiette carrée, en parfumant éventuellement de nouveau avec quelques gouttes de fleur d’oranger et en parsemant de coriandre ciselée.

    P.M. Théveniaud

C’est l’histoire d’un lieu nommé « le pays des souris »

Discours de Tommy Douglas en 1944 au Canada.
Tommy DOUGLAS – Thomas Clement (Tommy) Douglas, (né le 20 octobre 1904 à Falkirk (Écosse) et décédé le 24 février 1986 au Canada), est un ancien premier ministre de la Saskatchewan (1944-1961). Il a dirigé le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord, et il était le premier chef fédéral du Nouveau Parti démocratique.

Vidéo découverte grâce au blog de Paul Jorion

Pour le gouvernement, la catastrophe de Fukushima ne s’est jamais produite…

1. Le rapport Energies 2050 interdit les choix politiques des Français

Certaines des recommandations du rapport « ENERGIES 2050 » commandé par le ministre de l’Industrie jette une lumière crue sur ses objectifs. Ils visent purement et simplement à interdire à la politique des choix autres que ceux de l’industrie nucléaire. Il juge par avance les programmes politiques qui envisagent une sortie progressive.  La seule chose qui reste à la politique est de faire passer la pilule de l’augmentation des tarifs. Un tel degré de perversité technocratique est proprement stupéfiant !

Trois recommandations sur neuf concernent le diktat de la technocratie sur la politique :

Recommandation n° 3 : s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité
Recommandation n° 4 : s’engager courageusement dans une politique de vérité (c’est-à-dire de hausse) des prix de l’énergie et des émissions de CO2, en traitant de façon spécifique et différente le cas de la précarité et celui des industries grosses consommatrices.
Recommandation n° 8 : ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de la génération 4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel nous paraît donc la solution de moindre regret (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’ASN).
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2. Une grossière tentative de manipulation

Mais avant même la publication de ce rapport, les services d’Eric Besson en tirait les conclusions.  Bernard Laponche, polytechnicien, docteur ès sciences et en économie de l’énergie, ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et Benjamin Dessus ingénieur et économiste qui avaient refusé de siéger dans la commission  dont ils jugeaient sa composition trop « pro-nucléaire » ont mis en évidence une grossière tentative de manipulation

Trois jours avant la présentation officielle du rapport de la Commission Energies 2050 mise en place le 11 octobre 2011 par le ministre de l’industrie Eric Besson, la publication par ses services d’un petit document de 7 pages intitulé Enseignements préliminaires du rapport « Energies 2050 » met en évidence la tentative de manipulation grossière de l’opinion mise en place par le Gouvernement avec l’aide (volontaire ou non) de la Commission Energies 2050. Ce petit document, joliment illustré d’arbres verts, réussit dans les 7 pages qui le composent à éviter les mots clés du débat énergétique engagé à l’occasion des présidentielles :
• Le mot de sûreté du parc nucléaire n’y apparaît jamais, alors que c’est évidemment un point majeur du débat. Manifestement, la catastrophe de Fukushima ne s’est jamais produite…
• Le mot d’économie d’électricité n’y figure pas non plus alors qu’il est une composante majeure des stratégies alternatives présentées par l’opposition à la stratégie de poursuite du nucléaire.
• Le mot de facture électrique pour l’usager n’y figure pas non plus, permettant ainsi de réduire le débat à la comparaison des coûts de production d’électricité (le coût du kWh) et « d’oublier » que la facture électrique est le produit d’un coût au kWh par une quantité d’électricité.

Ces éléments de « non langage » permettent à Eric Besson de réduire pratiquement la question de la transition énergétique à celle de la production d’électricité, au sein de laquelle il ne s’intéresse qu’au nucléaire, et de justifier le choix d’une prolongation de la durée de vie du parc actuel au nom de considérations économiques tronquées et au mépris total de considérations de sûreté et de sécurité nucléaires.

Global Chance avait dénoncé dès le 27 janvier dernier dans une analyse critique du rapport préliminaire de la Commission les prémisses d’une telle dérive en déclarant :

« Ce document est un exercice de médiocre qualité, biaisé par des erreurs factuelles, des non dits, des hypothèses implicites et des omissions majeures, sans aucune analyse de cohérence, ni aucun recul par rapport aux études analysées. Il distille ça et là des affirmations non étayées qui relèvent plus de partis pris ou d’opinions subjectives que de jugements objectifs. Cette complaisance et cette médiocrité méthodologique nuisent gravement aux conclusions qui sont ainsi suggérées, sinon proposées aux pouvoirs publics pour une politique énergétique à long terme de la France. »

Global Chance dénonce cette tentative de manipulation irresponsable de l’opinion, qui s’appuie sur les conclusions d’un rapport médiocre partial et bâclé.

Nos concitoyens sont en droit d’attendre un débat argumenté sur les questions énergétiques et non pas une « communication gouvernementale » partisane, gommant délibérément les préoccupations légitimes de sûreté nucléaire et de sécurité qu’ils expriment et les questions principales de la transition énergétique.

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Aujourd’hui en Grèce, demain chez nous

Ce qui se passe aujourd’hui en Grèce préfigure ce qui se prépare pour chez nous. C’est pourquoi, nous vous faisons connaître, afin d’en suivre l’actualité, ce blog, en français, d’un historien et ethnologue Carnet de notes d’un anthropologue en Grèce. Ci-dessous l’ extrait d’une note du 12 janvier intitulé Lettres mortes:

(…) J’ai retrouvé hier mon ami Th. Journaliste, au chômage depuis 377 jours, ses allocations Assedic ont duré juste le temps d’une année calendaire. Et quelle année terrible ! En tout cas, nous étions au chaud dans un café des quartiers nord de la ville. Pour toutes les tables, consommation minimaliste et sociabilité au sommet. Un café simple à 1,6 euros, c’est encore trop mais pour être bien au chaud, c’est rentable. «Chez moi il fait froid je n’allume plus le chauffage, rester deux heures ici cela va nous requinquer un peu» explique cet ami. Nous nous sommes alors dit, que même les révoltés de 1968 en Europe occidentale ne sortaient pas tant du cadre, y compris pour les adeptes du messianisme prolétarien. On voulait tout et on avait déjà pas mal en ce temps.
En 2012 désormais, la messe est dite. On en finira bientôt avec les élections et autres opérettes, pour consolider le pouvoir direct de la grande main si visible. Les partis institutionnalises, y compris à gauche ont du mal déjà, à faire admettre leur légitimité à travers la mascarade parlementaire. Les tranchées de l’avenir sont déjà remplies de toutes les munitions possibles et imaginables. Bancocratie du dernier capitalisme réel, guerre de Cent Ans, chaos ou sinon, réorganisation et réorientation des affaires humaines vers un autre topos ? Plus sage ?
Puis, nous savons que les papadémiens et les papandroïdes veulent faire de notre planète Europe, pays par pays, un nouveau Tiers–Monde, dirigeants bancocrates, allemands et français en tête. Il y en a même chez nous qui œuvrent pareillement, moins autonomes et plus dociles, mais tout autant néfastes pour les peuples. Nous nous interrogeons par contre sur la faisabilité de ce … grand projet. En Grèce par exemple, le déclassement des couches moyennes s’accélère, mais l’habitat ne suit pas l’aménagement du territoire propre à la ghettoïsation, et ceci malgré les efforts de la Troïka. D’où sans doute la volonté de briser également la petite propriété dans le foncier, si rependue ici.
Donc, il faut accélérer les «reformes». Lucas Papadémos vient de monter ses dents. Soit les syndicats («vendus» depuis des années comme on le sait), cèdent sur l’ultime démantèlement des conventions collectives restantes au sein du prive (diminution des salaires), et sur le licenciement d’un grand nombre de fonctionnaires, soit le gouvernement va légiférer, et vite. Pour arrondir les ongles des vautours, «des techniciens français de la task force (sic), vont se rendre en Grèce prochainement, afin d’évaluer les 800000 agents du public, et ainsi préparer le terrain des licenciements» (www.in.gr 12/01/2012). Après la BCI allemande et Siemens, après les potentiels prenants américains des hydrocarbures au sud de la Crête et le FMI, c’est à dire Goldman Sachs, voilà sans doute la participation amicale de la Présidence Sarkozy, merci pour le film ! Le comble serait que le P.S. français nous prépare alors la seconde bobine, Achtung. Au secours alors, français, italiens, allemands et autres peuples …. de la métastase de l’euro, passons à autre chose enfin, la méthadone de la social-démocratie a fait son temps.
Papadémos, «le banquier des escrocs internationaux» selon certains chroniqueurs chez nous, a même osé s’adresser au très bas peuple en anglais pour ainsi faire passer son business plan, en répétant cette maxime connue de tous, extraite du discours d’investiture de John Fitzgerald Kennedy (20 Janvier 1961): « Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays« . En grec d’abord et ensuite en anglais. Certains éditorialistes, pour ne pas évoquer les réactions dans la rue, ont été écœurés.
Tel Giorgos Trangas, toujours populaire et populiste dans ses papiers radiophoniques sur Real-fm (12/01/2012): «Cette espèce de porc (sic) Lukas Papadémos, le collabo des banques qui s’adresse au peuple en anglais, sa vraie langue … ce que nous pouvons faire alors, eh bien c’est de te donner des coups de pieds si on te retrouve, tous les jours, la violence est produite, exercée sur onze millions de Grecs, [par] cette espèce de banquier pourri, car les familles qui meurent de faim sont les victimes des patrons de Papadémos, ce valet de Goldman Sachs et des autres banques. Mais c’est terminé vous ne pouvez plus tromper le peuple et raconter des bobards, il n’y a plus rien, ni démocratie ni parlement, un jour le peuple vous détruira… Eh Papadémos, je te préviens, je te prie, il ne faut pas t’adresser au peuple ainsi… ». Propos très violents mais qui ne surprennent plus personne chez nous, on les profère et on les entend tous les jours, les amabilités habituelles du débat (pseudo)démocratique deviennent alors inutiles, une fois le téléchargement du virus des banques terminé. Je n’ai aucun souvenir de telles propos radiophoniques avant la Troïka. Jamais. Effarants quelque part et au fond tragiques. En Grèce et au Portugal nous sommes au stade du premier fonctionnement du logiciel malicieux, les Italiens ont tout juste achevé l’installation, et les autres banconautes de la zone euro commencent tout juste le téléchargement. J’ose même prédire au risque de me tromper légèrement que le téléchargement vers la console française durera jusqu’aux élections, rapide non, finalement ?
Chez nous, la console fonctionne déjà après installation. Malgré les bugs. Bytecode financier. Nous enregistrons en effet deux suicides tous les trois jours et dans la presse on prétend que déjà 70.000 jeunes grecs, tous anciens joueurs de la console, se sont installés aux États-Unis, sans doute pour se …consoler ou pour trouver un patch (chiffres fournies par le correspondant du quotidien Proto Thema à New York, 12/01/2012). Je n’arrive pas à croire à ces chiffres et les autorités grecques n’en fournissent guère.
Entre temps une dame, très élégante a ouvert la porte du café où nous nous étions installés. Il neigeotait dehors et un vieux labrador hésitait devant l’établissement. Ce pauvre chien n’a pas osé entrer finalement, mais les clients ont vite réagi : «Fermez la porte madame, ne la tenez pas si longtemps ouverte, vous le voyez, ce pauvre chien ne veut pas entrer et nous, nous avons également froid».
Mon ami Th. a utilisé son dernier argent pour se nourrir. Il ne paiera plus taxes, impôts et autres obligations ex-citoyennes, ni chauffage, à part quelques bûches. «Je ne peux plus. Terminé. Je vais liquider mon assurance vie, au mieux onze mille euros de m…. Je changerai tout en dollars, je vivrai ainsi durant un an au moins». (…)

 

Pour lire l’intégralité et découvrir le site

 

Alors que le Figaro cède aux réflexes pavloviens pronucléaires ….

Source

                                                                                         …………Avant de se ressaisir   :

 

Source

…. En Allemagne, on souligne que c’est précisément la France nucléaire qui a besoin de l’aide allemande et qui importe de l’électricité y compris de sa voisine dénucléarisée.

L’article provient du Financial Times Allemagne

L’heure est venue de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim

Les quatre associations alsaciennes, ainsi que le Bund (allemand) et TRAS/ATPN (Suisse) ont envoyé une lettre ouverte à Monsieur Sarkozy pour lui demander une entrevue concernant la fermeture de la centrale nucléaire et lui remettre la liste de près de deux cent communes et communautés de communes d’Alsace, d’Allemagne et de Suisse qui ont demandé par motion l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim. Au total, ce sont plus d’un million six cent mille habitants des trois nationalités qui sont représentés par ces motions.

Pour les soutenir, rendez-vous jeudi à 11h30 devant la centrale nucléaire de Fessenheim  à 10h00 à la mairie de Heiteren

Ci-dessous, le texte de cette lettre ouverte

Comité de Sauvegarde de Fessenheim et de la Plaine du Rhin
Stop Transports – Halte au Nucléaire
Stop Fessenheim
Réseau Sortir du Nucléaire
Regionalverband Südlicher Oberrhein
Trinationaler Atomschutzverband / Association Trinationale de Protection Nucléaire
A Monsieur le Président de la République
Strasbourg, le 7 février 2012

Monsieur le Président,

Le 9 février, vous allez vous rendre à la centrale nucléaire de Fessenheim pour « rencontrer les représentants syndicaux du site de production EDF » et pour y évoquer « la sûreté des centrales nucléaires françaises ainsi que les choix de politique énergétique », selon le communiqué de la Présidence de la République.
Représentants des associations alsaciennes, allemandes et suisses qui demandent l’arrêt immédiat de la centrale de Fessenheim, nous sollicitons de votre part, dans un souci légitime d’équité, de pouvoir également vous rencontrer afin de vous exprimer le point de vue des populations qui vivent dans l’ombre de cette centrale :

- La centrale nucléaire de Fessenheim est située sur une faille sismique active, et malgré les travaux de consolidation qui se sont succédés depuis plus de trente ans, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a souligné un manque de robustesse en cas de séisme majeur.
- Cette centrale est située à huit mètres en contrebas du niveau du Grand Canal d’Alsace dont le débit moyen dépasse les 1000 mètre cube par seconde, et malgré la demande expresse de la même Autorité de Sûreté Nucléaire, EDF a refusé – et pour cause – les conséquences d’une rupture de la digue du Grand Canal.
- La centrale de Fessenheim, dont la mise en service remonte officiellement à février 1978, aura trente quatre ans au jour de votre visite. Et de fait, le nombre d’incidents de toutes natures officiellement reconnus est de deux à trois fois plus important que la moyenne nationale des réacteurs de la même génération. En dépit de tous les efforts consentis par EDF, cette dérive n’a fait que s’accentuer depuis une dizaine d’années.
- Ainsi que nous l’avons dit depuis fort longtemps et comme l’a relevé l’Autorité de sûreté nucléaire, la centrale de Fessenheim est construite sur un radier d’épaisseur moindre que les autres centrales françaises. A quelques mètres sous la centrale se trouve la nappe phréatique d’Alsace, le plus grand réservoir d’eau douce d’Europe occidentale. Et malgré l’exigence d’épaississement du radier formulée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire, le délai qui séparerait la fusion du coeur de l’un des réacteurs d’une pollution radioactive majeure de la nappe phréatique n’excèdera pas quarante-huit heures. A travers le Rhin, c’est toute l’Europe du nord qui pourrait se trouver contaminée.
- Compte-tenu de la fragilisation des matériaux des cuves des réacteurs de la centrale, la durée de vue de celle-ci ne pourrait excéder quarante ans, ainsi que l’on montré les visites décennales précédentes. Les travaux exigés par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (renforcement du radier, adjonction d’une nouvelle source froide) avant même la publication du rapport final des « stress-tests » représentent d’ores et déjà plusieurs centaines de millions d’euros. Cette dépense, pour prolonger de six ans une centrale déjà condamnée par ses trente quatre ans d’existence chaotique nous semble relever du plus pur gaspillage. Jamais la production d’électricité de cette centrale ne permettra de compenser de telles dépenses.

Monsieur le Président, quels que soient les travaux qu’EDF pourra mener, quels qu’en soient les coûts, rien ne pourra changer au fait que cette centrale est située en zone sismique, sous le niveau du Grand Canal, et se trouve en fin de vie.
A l’occasion de la rencontre que nous vous demandons, nous voudrions également vous remettre la liste de près de deux cent communes et communautés de communes d’Alsace, d’Allemagne et de Suisse qui ont demandé par motion l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim. Au total, ce sont plus d’un million six cent mille habitants des trois nationalités qui sont représentés par ces motions. Nous vous remettrons également la liste des 438 élus d’Alsace, de tous bords politiques qui vous ont fait la même demande.
Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l’expression de notre très haute considération,

Pour le Réseau Sortir du Nucléaire Jean-Marie Brom
Pour le C.S.F.R. Jean-Jacques Rettig
Pour STOP TRANSPORT HALTE AU NUCLEAIRE Rémi Verdet
Pour STOP FESSENHEIM Aline Baumann
Pour le BUND Axel Mayer
Pour TRAS / ATPN Claude Ledergerber

Il existe une autre France, celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire

Assemblée Nationale, 7 février 2012
Intervention de Serge Letchimy, député de Martinique

M. Serge Letchimy. Monsieur le Premier ministre, nous savions que pour M. Guéant, la distance entre immigration et invasion est totalement inexistante (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), et qu’il peut savamment entretenir la confusion entre civilisation et régime politique.

M. Christian Jacob. Manipulateur !

M. Serge Letchimy. Ce n’est pas un dérapage, c’est une constante, parfaitement volontaire. En clair, c’est un état d’esprit et c’est presque une croisade.

Monsieur Guéant, vous déclarez du fond de votre abîme sans remords ni regrets que toutes les civilisations ne se valent pas. Que certaines seraient plus avancées, voire supérieures.

M. Jacques Kossowski. Il n’a jamais dit cela !

M. Serge Letchimy. Non, monsieur Guéant, ce n’est pas du bon sens, c’est simplement une injure qui est faite à l’homme. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP. -Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.) C’est une négation de la richesse des aventures humaines. C’est un attentat contre le concert des peuples, des cultures et des civilisations.

Aucune civilisation ne détient l’apanage des ténèbres ou de l’auguste éclat. Aucun peuple n’a le monopole de la beauté, de la science, du progrès ou de l’intelligence. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

Montaigne disait : « Chaque homme porte la forme entière d’une humaine condition. » J’y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l’ombre. Vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration (Très vives exclamations sur les bancs du groupe UMP, au bout du long chapelet esclavagiste et colonial. (« Voyou ! », « Honteux ! », « Scandale ! » sur les bancs du groupe UMP.)

Monsieur Guéant, le régime nazi (Exclamations prolongées sur les mêmes bancs), si soucieux de purification, était-ce une civilisation ? (Huées prolongées sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. Mes chers collègues, veuillez vous calmer !

M. Serge Letchimy. La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice ? Il existe, monsieur le Premier ministre, une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque. Que vous comptiez la récupérer, avec les thèmes du Front national, c’est un jeu dangereux et une démagogie inacceptable ! (Tumulte. – Les députés du groupe UMP se lèvent et invectivent l’orateur.)

M. le président. Mes chers collègues, calmez-vous ! Asseyez-vous ! Je vous en prie !

M. Serge Letchimy. Il existe une autre France, celle de Montaigne, de Condorcet, de Voltaire, de Césaire, et d’autres encore. (Le tumulte couvre progressivement les propos de l’orateur qui deviennent à peine audibles.) Une France qui nous invite à la reconnaissance de chaque homme dans son identité et dans sa dignité. (Huées prolongées sur les bancs du groupe UMP. – M. le Premier ministre et les membres du Gouvernement quittent l’hémicycle.)

Le véritable enjeu de l’autonomie des établissements scolaires

Entre augmentation accélérée et perversion des tâches professionnelles dans l’éducation, pression consumériste des parents, passivité des élèves, responsabilités excusables et non excusables de leurs  professeurs, déviation de principes pédagogiques en un marketing envahissant, l’enseignement à quelque niveau qu’il soit semble être devenu totalement impuissant face à ce que certains ont pu appeler la vulgarité de l’époque, la toute puissance de l’argent et la marchandisation de la vie. L’autonomie des établissements est censée être la solution pour les politiques de gauche comme de droite. En fait elle ne traduit qu’une forme de démission de l’Etat face à la gravité de la situation et une réelle implosion du système.
 

Autonomie financière

Autonomie financière d’abord, sous prétexte d’une gestion au plus près des besoins de l’établissement avec une certaine liberté donnée au chef d’établissement dans la répartition de sa dotation horaire globale – DHG – (quota d’heures, donc d’argent, attribué à un établissement pour assurer enseignements et autres activités pédagogiques). Mise en place depuis plusieurs années,  cette DHG a permis de transformer des heures postes (heures d’enseignement attribuées à une discipline et à un professeur qui assure cet enseignement) en heures supplémentaires années, voire heures supplémentaires éventuelles, qui peuvent être réparties théoriquement en fonction des besoins sous la responsabilité du chef d’établissement. Une telle transformation permet toute la souplesse nécessaire au Ministère et aux différents Rectorats pour mettre en œuvre les restrictions budgétaires qui sont, de fait, leur principale préoccupation. En effet, ces heures supplémentaires peuvent être supprimées à tout moment. Elles peuvent être attribuées à des vacataires révocables sans autre états d’âme, à condition de pouvoir en recruter ce qui n’est plus joué d’avance. Couplées aux modifications de programme qui, outre leur importante fonction de destruction psychique, conduisent à la baisse du nombre d’heures dans les disciplines, elles permettent les suppressions de postes massives recherchées.

Un exemple parmi tant d’autres, ce principal de collège de Créteil :

« Sa dotation horaire globale (DHG), qui détermine la rentrée prochaine – nombre et effectifs des classe, emploi du temps –, vient de tomber. « A effectif constant, on me donne 40 heures de moins que l’année dernière. Mon travail, complètement idiot, va consister à chercher à comprendre pendant plus d’une semaine pourquoi l’inspection me retire ces heures», témoigne le principal. Pourquoi, c’est-à-dire comprendre en fait où l’inspection espère qu’il taille : option découverte professionnelle ? Heures d’itinéraire de découverte ?
« Je dois d’abord assurer les savoirs minimaux ». Pourtant, les heures d’itinéraire de découvertes « sont des heures consacrées à l’ouverture culturelle dont les élèves d’ici ont particulièrement besoin », explique-t-il.
« Vous voyez, c’est ça mon autonomie : assurer le minimum vital. » A cela s’ajoute, dans la feuille de route envoyée par l’inspection académique, un lot de plus de cinquante heures sup à caser, de gré ou de force, auprès des enseignants. S’il la suit, il va devoir fermer le poste d’une professeur de langue. »
(Collèges, lycées: chef d’établissement, mission impossible 30 janvier 2012 | Par Lucie Delaporte – Mediapart.fr)

  La logique de l’autonomie des établissements est donc, pour grande partie financière. Mais, ne nous y trompons pas : tous les établissements ne sont pas au même régime ! Certains s’en sortent très bien ! Comment ? Pourquoi ? Et si les véritables questions étaient posées ? Et si les vraies réponses étaient publiquement  données ?

Autonomie pédagogique, évaluation des professeurs et culture du résultat

« Il ne faut pas avoir peur de l’autonomie : elle stimule les initiatives. Bien encadrée, en particulier par des dispositifs ciblés sur les publics difficiles et par des publications des performances de chaque établissement, elle permet aux parents de savoir que les écoles seront incitées à s’occuper mieux encore de leurs enfants, et que le produit des prélèvements obligatoires levés pour financer l’Education nationale sera employé avec efficience. »
(Frédéric Gonand – 13/01/2012 -
La tribune – L’autonomie des écoles, un facteur d’efficacité)

On voit là, et ce n’est bien sûr pas étonnant, tout ce qu’il y a d’a priori et d’entendus néo libéraux : culture de la performance, (évaluée selon quels critères, ce n’est bien sûr pas dit dans la chanson !), choix de la « meilleure » école par les parents (mais quelle école pour quel enfant ?), rentabilisation financière (là encore sur quels critères de réussite ?). On touche bien là au coeur de la ségrégation scolaire.

Si l’autonomie pédagogique peut avoir un réel intérêt  (mise en œuvre de services et de méthodes mieux adaptées localement aux élèves, aide au soutien, meilleure prise en compte des difficultés des élèves dans le cadre de l’organisation scolaire), elle ne devrait en aucun cas sacrifier aux objectifs fondamentaux d’acquisition de savoirs, de compétences et de construction de  pensée, ce qui est justement le contraire de ce qui se fait actuellement. « Il faut se mettre au niveau des élèves » entend-on toujours ! Oui, mais dans quel sens ? Adapter les contenus à leur niveau ? Que faire alors avec ces élèves de seconde qui ne savent pas faire une division simple (par 10 par exemple) ? Ou avec ces élèves de classe de terminale dont aucun ne maîtrise les notions de temps (ne savent pas faire la différence entre temps et durée), de volume (un volume peut être de 5 secondes, sic!), ou avec ces élèves de lycée incapables de recopier plus de 5 mots à la minute et qui traînent des années leur incompréhension et leur souffrance ?  Et il s’agit bien là de la réalité vécue quotidiennement dans ce qu’on a l’habitude d’appeler des établissements défavorisés.

Un des éléments de l’autonomie est  l’évaluation des enseignants par le seul chef d’établissement. Outre la question des compétences dont on voit bien qu’elle exclut  les savoirs disciplinaires, qu’en sera-t-il dans une perspective néolibérale comme celle citée plus haut ? Que veulent les parents ? Des notes ! Faut-il rappeler une fois de plus la phrase de cette parente d’élève : il est normal de licencier un enseignant lorsque ses élèves n’ont pas de bonnes notes ! Rappelons ici que, dans le système ECLAIR, caricature de l’autonomie des établissements, il est prévu de pousser à la démission un professeur qui ne convienne pas. Facile, s’il est contractuel ! Quelle peut être alors la position d’un chef d’établissement dans un tel cadre ? L’enseignement privé nous le raconte : il n’est pas rare de voir des notes mises par des professeurs plus que largement augmentée  par leur administration sans qu’ils en soient informés et ces professeurs dégagés en fin de contrat. Dans le public on ne fait, pour l’instant, que modifier a posteriori les notes obtenues par les élèves à certains examens pour arriver aux pourcentages désirés, qu’ils ne fassent pas trop tache lors de la publication nationale des résultats. Les usines à gaz de l’évaluation par compétences pourraient permettre là toutes les ouvertures.

Il est intéressant dans ce cadre de citer le sentiment que peuvent avoir les personnels de direction de leur réussite professionnelle exprimé dans ce rapport de la MGEN :

L’image donnée par l’établissement se présente ici comme une véritable résultante du sentiment de réussite professionnelle. Elle renvoie autant au sentiment de satisfaction narcissique qu’à la satisfaction de répondre positivement aux directives et objectifs institutionnels. Les notions de valorisation, considération, reconnaissance personnelle et sociale y sont étroitement liées. Toutefois, les valeurs attribuées au développement de l’image nous paraissent devoir – compte tenu d’une certaine expérience – être parfois relativisées au regard de certaines dérives qui frôlent l’excès et assignent à l’image une fin alors qu’elle n’est qu’un moyen.Moyen qui, pour développer toute son efficacité, doit reposer sur une forte réalité pédagogique, et éducative ainsi que sur un dynamisme collectif. Dans le cas contraire, il semble bien que la frontière qui sépare la mission éducative du clientélisme soit franchie. Faute de cette déontologie fondamentale, cet atout essentiel dans la réussite d’un établissement et de son chef se révèle rapidement la cause de dysfonctionnements majeurs et « contre-productifs ». (c’est nous qui soulignons)
Lycées et collèges : moral des personnels de direction  Constat Évolution Propositions Georges Fotinos

L’autonomie vue comme une implosion du système

«Je suis fier qu’il y ait 300 collèges (les Eclair) où il y a une autonomie de recrutement, où les chefs d’établissement ont choisi leur équipe pédagogique. Quelque part, c’est révolutionnaire ! Il faudra aller plus loin» (Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale, convention UMP 8/11/2012)

Jusqu’où ? Aux chefs d’établissements sont maintenant confiées des tâches de recrutement avec profils de postes, entretiens d’embauche, de décideurs de rémunération, en tout cas complémentaire, après entretiens d’évaluation selon des critères d’implication dans la vie de l’établissement (quel type d’implication et dans quels buts ? pédagogiques ? d’animation-éducation ? de soumission ?). Les relations entre personnels et hiérarchie (chefs d’établissements et inspecteurs) étaient fondés sur la perpétuation d’une attitudes scolaire très infantilisante. Les chefs d’établissements devenant de vrais chefs, pardon : des directeurs de ressources humaines, aidés en cela par les préfets des études nouvellement créés, les enseignants ne peuvent que mal vivre cette relation au nouveau patron, d’autant que l’ambiance est, dans tous les domaines, à leur mise au pas. De central, le poids hiérarchique s’est éparpillé en devenant encore plus lourd.

Une telle implosion du système, c’est ce qu’on peut entendre par exemple de Philippe Tournier, responsable du SNDPEN, principal syndicat des chefs d’établissement :

« Aujourd’hui remontent à la surface des choses qui sont latentes depuis 15 ans. Le système très vertical, très normatif, s’est disloqué », laissant, dans un face-à-face où l’institution joue de moins en moins son rôle, deux corps qui ne se comprennent plus. « Au bout du compte, le ministère se décharge complètement. Tous les problèmes sont renvoyés aux académies et in fine aux chefs d’établissement. Aujourd’hui, c’est un système. Le risque d’un conflit central est émietté, pulvérisé au niveau local. On ne nous a pas donné plus d’autonomie, le centre s’est effondré. » http://www.mediapart.fr/journal/france/300112/colleges-lycees-chef-d-etablissement-mission-impossible

L’autonomie des établissements cache très bien d’importants  enjeux en jetant sur eux un voile bien opaque !

Ce n’est pas l’outil qui fait le poison, mais bien la manière dont on s’en sert.

Les risques sont donc clairs. Mais la vraie question demeure : celle qu’ une grave omerta, au plein sens du terme quoi qu’on veuille en dire, plane sur le système, entre autres en ce qui concerne la réalité des élèves, qu’il faut garder dans le système quelles qu’en soient les conditions. Toute tentative de réforme, même positivement envisageable, se révèlera en absence d’analyse de fond ou dans l’aveuglement volontaire tout à fait infructueuse. Malheureusement, c’est bien dans cette direction perverse que l’inspection choisit de plus en plus les enseignants les plus dociles et les moins pensant, pour assurer les différentes tâches allant des programmes aux sujets et présidences de jury d’examens en passant par la rédaction des programmes et des manuels. De la même manière, le recrutement des professeurs par le chef d’établissement pourra induire des effets pervers finalement néfastes aux élèves et, ce, dans la pleine inconscience de leurs parents.

L’autonomie des établissements est-elle d’ailleurs un élément de solution de la gravité des problèmes actuels ? Lisons donc ce qu’en dit Nathalie Mons, maître de conférences à l’université de Paris-Est-Marne-la-Vallée, dans sa chronique du 11 janvier 2012 sur France culture, interrogée par Louise Touret :

- Louise Touret. Dans ce monde de la pensée unique consensuelle, il est cependant un empêcheur de tourner en rond…
- Nathalie Mons. Oui, c’est la recherche. Les résultats des enquêtes empiriques n’ont malheureusement pas abouti à la démonstration du bien-fondé de la potion miracle de l’autonomie des établissements. Ces mesures augmentent les coûts, questionnent les compétences des acteurs locaux – dont on voit mal pourquoi ils disposeraient de talents supérieurs aux acteurs nationaux – et donnent souvent lieu à des formes avancées de népotisme. Quant à leurs effets sur les résultats des élèves, rien de probant. Certes, dans certaines configurations, un peu d’autonomie pédagogique peut améliorer les résultats des élèves, mais, dans tous les cas, ces politiques conduisent à un renforcement des inégalités scolaires et sociales à l’école. C’est ce qui explique d’ailleurs que certains pays allés très loin dans cette voie – l’Angleterre, la Finlande, certains anciens pays européens dits de l’Est – ont depuis rebroussé chemin. Mais, en France, les résultats de la recherche n’ont jamais réussi à ébranler les certitudes du monde politique.
Texte de la chronique lisible ici .

Le Gypaète barbu

« A©TA, un monde sous copyright »


La Parisienne Libérée – A©TA, un monde sous… par Mediapart

Le club des propriétaires
Soi-disant intellectuels
A des idées singulièrement
Matérielles
Entre une marque de survêtements
Et un brevet sur le vivant
J’ai retrouvé mes droits d’auteur
Bande de voleurs !

Ça ne se passera pas comme ça
A©TA
Maintenant qu’on sait tout ça
A©TA

Et si vraiment vous insistez
On deviendra « pirates »
Pour être libres et sillonner
Un monde sans copyright

Plus sur le site de La Parisienne libérée.

Voir aussi sur Le wagges ici et .

Le risque sismique sur l’échelle de Richert (sic) et le séisme de Bâle (1356)

1. Le risque sismique sur l’échelle de (Philippe) Richert

Quant au risque sismique, l’énergie (?) dégagée à Fukushima (?) a été
300 fois ( ?) supérieure à celle (?) qui a détruit Bâle au Moyen-âge.
Et la centrale a été détruite (?) par le tsunami.
Il est peu probable qu’il se produise un tsunami en Alsace

Philippe Richert,
Président de la Région Alsace et ministre
L’Alsace du 29 janvier 2012

Quand l’à peu près approximatif tourne au charabia de la part d’un responsable (?) politique, on ne peut qu’y voir une raison supplémentaire de ne pas avoir confiance et de demander la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Ce que c’est que de n’avoir pas écouté à l’école quand on y apprenait qu’il faut comparer ce qui est comparable, à moins bien sûr que cela ne vienne de l’habitude de ne jamais être contredit. La dernière phrase,  en tout cas, montre qu’il prend ses interlocuteurs pour des gogos. Mais cela tombe bien. Comme nous n’apprécions pas du tout que l’on se paye notre tête, c’est pour nous l’occasion de republier un travail qui était paru sur l’ancien site du wagges qui a malheureusement disparu.

La ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, à propos de la situation de Fessenheim sur une faille sismique, avait déclaré l’an dernier que la centrale avait été conçue pour résister à un séisme d’une puissance de 6,7, supérieur donc à celui de 1356 à Bâle, estimé à 6,2 sur l’échelle de Richter. La centrale a été dimensionnée, a-t-elle expliqué, pour résister à un séisme « d’une puissance cinq fois supérieure » au tremblement de terre de Bâle. Nous nous étions même étonné de cette étrange formule qui permet d’expliquer qu’en multipliant par 5 on passe de 6,2 à 6,7. Cela provient du fait que l’échelle de Richter est en effet une échelle logarithmique.

Rappel historique.

2. Le séisme de Bâle (1356)

« Tout à coup, je voyais devant moi des montagnes de pierres, le silence et l’horreur de qui fixait ce spectacle avec les yeux et l’esprit”.

Ces mots sont du poète Pétrarque, témoin du tremblement de terre de Bâle en 1356

L’écroulement de Bâle extrait de la "Cosmographia" (1544) du savant humaniste Sebastian Münsters, mort à Bâle en 1552. Une “manga” de l’époque en quelque sorte

Que s’est-il passé à Bâle qui explique le spectacle que Pétrarque découvre en revenant de Prague le 18 octobre 1356 ? Un tremblement de terre qui a fortement marqué les esprits par son amplitude et son contexte. Le site officiel de la Ville de Bâle le situe entre 6,2 et 6,7 sur l’échelle de Richter. Les experts suisses et allemands (voir plus loin) sont proches de 6,9.

L’évaluation des dégâts causés à l’époque par ce séisme est basée sur deux livres Le Livre Rouge de Bâle (Das Rothe Buch von Basel) et Alphabetum Narrationum de K. von Waltenkofen qui sont deux livres écrits en 1356 ou 1357, donc peu de temps après le séisme.

L’Alphabetum Narrationum décrit les événements ainsi:

En l’an de grâce 1356, le jour de la Saint-Luc, avant vêpres, il y eut à Bâle et dans ses environs jusqu’à une distance de deux milles un tremblement de terre qui provoqua la chute de nombreux bâtiments, églises et châteaux et la mort de nombreuses personnes. Les secousses se poursuivent dans la même journée et la nuit suivante avec une violence telle que les habitants fuirent la ville, s’installèrent dans les champs, dans les cabanes et les fermes pour de nombreux jours. Même les soeurs cloîtrées se rendirent dans un jardin appelé Vögelisgarten et restèrent là de nombreux jours, sous des cabanes avec de nombreuses autres personnes des deux sexes et, une fois retournées chez elles, vécurent encore longtemps dans la grange avant de réintégrer leur cloître. Au cours de cette même nuit, vers une heure, se déclara un incendie qui dura plusieurs jours et consuma presque toute la ville à l’intérieur des remparts. Les faubourgs furent épargnés. Le feu, propagé jusqu’à la cathédrale, fit s’embraser le clocher dans lequel se trouvait la grosse cloche et la détruisit, ainsi que les précieuses orgues, de cette maison de Dieu. Les tremblements de terre avaient été si violents que pas un seul bâtiment, notamment ceux construits en pierre, n’échappa à une destruction partielle ou totale. Là-dessus survint une troisième calamité: le lit de la Birs fut obstrué par les bâtiments détruits et l’eau s’infiltra dans les caves où la population avait stocké ses provisions et les gâta. Parmi les premières secousses, certaines avaient été si fortes que les cloches avaient sonné. Ainsi entendit-on sonner trois fois la cloche du cloître des frères prêcheurs sans que quiconque la remue ni ne la tire. Pendant une année, presque chaque mois, la terre trembla. On peut voir qu’est arrivé ce que le Seigneur disait dans l’évangile de Saint-Luc [21-11]: un peuple supplantera un autre peuple, un royaume un autre royaume et il y aura çà et là de grands tremblements de terre.

On utilise aussi la chronique latine de F. Faber écrite en 1488 dans laquelle l’auteur tente de reconstituer le déroulement des événements de Bâle. Il raconte les événements ainsi:

L’an 1356, le jour de Saint-Luc Evangéliste, il y eut un tremblement de terre dans toute l’Allemagne et la terre fut secouée non pas une fois mais plusieurs fois pendant trois mois. Ce jour là [le 18 Octobre], avant le soir, il y eut trois secousses et une quatrième plus importante avant la tombée de la nuit. La nuit suivante, de l’heure du coucher jusqu’à minuit, la terre trembla six fois, et la première fois si violemment que beaucoup de bâtiments s’écroulèrent. Le jour suivant [le 19 Octobre], il y eut deux secousses et d’autres ensuite… 

Les dégâts causés sont aussi décrit :

Dans un premier temps, les premiers tremblements de terre firent s’écrouler une partie de la ville. Une partie de l’église-cathédrale tomba sur les écoles, une autre dans le Rhin. Beaucoup de gens furent ensevelis; les autres fuirent à la campagne.

Peu après, un incendie se déclara au Monastère de Saint-Alban alors que la plupart des habitants avaient déjà fuit la ville. Puis survint le second choc destructeur:

A la nuit tombée, il y eut une énorme commotion ["praegrandis terraemotus"] et plusieurs personnes furent écrasées comme lors de la première secousse. Elle jeta à bas les maisons et les tours qui restaient, toutes les églises s’écroulèrent et leurs voutes tombèrent à l’exception des églises Saint-Jean et des Frères Prêcheurs qui, cependant, montrèrent de nombreuses lézardes…

Ce séisme est, avec celui de Lisbonne en 1755, celui qui a frappé le plus les imaginations, en Europe, surtout à cause de son contexte. En effet, un séisme assez destructeur s’était déjà produit dans les environs de Bâle en 1348 et a été violemment ressenti dans la ville. Mais surtout la peste dite « peste noire » frappe le pays depuis 1348 et a emporté un quart de la population bâloise. Les Juifs désignés comme boucs émissaires de la peste seront victimes de pogroms. Enfin, nous sommes au beau milieu de la guerre de 100 ans qui ravage l’Europe. Et c’est à ce moment que se produit le fameux séisme « de la Saint-Luc ». Selon les auteurs le nombre de victimes (100, 300 1000, 2000), de châteaux détruits (entre 60 et 80) varie.

Les effets ont été ressentis très loin de Bâle, à Berne, Zurich, Lucerne et jusqu’à Constance en Allemagne. En France, l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté, la Bourgogne, la Champagne et l’Ile-de France furent plus ou moins touchées.
Les témoignages proviennent de la documentation pédagogique de l’EOST (Ecole et Observatoire des Sciences de la terre) de Strasbourg.

Pour  Strasbourg, le chroniqueur Fritsche Closener (1362) écrit :

En 1356, le jour de la Saint-Luc, il arriva sur le soir un tremblement de terre assez sensible suivi de quelques autres avant la nuit qui le furent moins. Vers dix heures du soir, survint une commotion très violente: elle jeta à bas des maisons de nombreuses mitres des cheminées ainsi que des faîtières, et à la cathédrale, elle renversa les ciboires et les ornements. 

A Metz, Philippe de Vigneulles rapporte :

le jour de la Saint-Luc en hyveir, fut le tremblement en Mets, tel et si grant que tout crolloit en plusieurs lieux par la cité et sembloit que les maisons deussent cheoir, et heurtoient les tuppins [les vases, les pots] des maisons et cuisines où ilz estoient pendans l’ung près de l’autre ensemble, dont plusieurs gens avoient peur; et n’estoit mie de merveille car ilz n’avoient jamais eu tel temps, et crolla [trembla] la terre plusieurs fois.

A Besançon, un témoin anonyme écrit :

L’an mil trois cens cinquante six, il fit groz tremblement de terre à Basle…Aussi fist-il en Bourgogne de fasson que la plus grosse tour du chastel de Montron [Montrond-le-Chateau] cheut bas. Et fust ce le jour de la Sainct-Luc environ l’heure du disner. Aussi sembloit-il proprement que les aysemens des rateliers [ustensiles sur les étagères] se batissent l’ung l’autre; enfin toutesfois cela s’appaisa, mais sur l’heure de coucher il recommença pis que devant de manière que le pauvre peuple comme tout esperdu s’en fuyoit hors des maisons. La tour de Vaitte de Besançon en plusieurs endroictz en fut toute rompue et tempestée. 

3. Le séisme de Bâle et Fessenheim

La perception du tremblement de terre de Bâle intervient dans la définition des risques sismiques auxquels peut être confrontée la centrale nucléaire de Fessenheim. Le problème est qu’il n’y a pas consensus. Selon qu’ils soient français suisses ou allemands, cette perception varie selon les experts qui ne sont d’accord ni sur la définition de la magnitude du séisme de Bâle ni surtout sur la distance à envisager entre la centrale et l’épicentre d’un futur tremblement de terre.

Selon les experts suisses la magnitude du séisme de Bâle varie de 6,2 à 6,9. Si le dernier chiffre est vrai, il n’y a pas de marge.  Tout cela est contenu dans une étude d’un cabinet d’ingénieurs conseils suisses où l’on peut lire ceci (CN signifie Centrale nucléaire) :

La plupart des experts sont convaincus qu’un séisme analogue à celui de 1356 est obligatoirement lié à une zone de faiblesse tectonique associée à l’interaction entre le graben du Rhin supérieur et le fossé permo-carbonifère. Certains d’entre eux, en particulier les experts français, en concluent qu’un tel séisme se situe automatiquement au sud de la ville de Bâle, à 30 km au minimum de la CN de Fessenheim. Cependant, de nombreux autres – deux groupes d’experts PEGASOS, les auteurs des études nationales allemandes et suisses les plus récentes – situent la frontière de la zone correspondante plus au nord, principalement entre 10 et 20 km au sud de la CN de Fessenheim.

Deux sur les quatre groupes d’experts de PEGASOS pensent qu’il n’est pas possible d’exclure qu’un séisme analogue à celui de 1356 puisse survenir dans les alentours immédiats ou proches de la CN, attribuant une probabilité de 0.3 à 0.4 pour que cette hypothèse soit correcte.

Il en ressort qu’une distance à la CN de Fessenheim de 34 km, et même de 29 km (…) se situe du côté optimiste des valeurs évoquées par les différents experts. Par conséquent, les distances de 34 ou 29 km doivent être jugées, dans le contexte d’une démarche sécuritaire déterministe, comme sur-évaluées. Au moins, des recherches tectoniques très poussées seraient nécessaires pour pouvoir – éventuellement – exclure des distances plus faibles.

Extrait de Centrale nucléaire de Fessenheim : appréciation du risque sismique. Rapport d’expertise Résonance.

Le bureau d’Etudes Résonance de Genève conclut à « une sous-estimation prononcée de l’aléa sismique ». Cette sous-estimation est due «une interprétation trop optimiste des caractéristiques clef du séisme de Bâle de 1356 servant comme séisme de référence : sous-estimation de sa magnitude et surévaluation de la distance minimale à la CN à laquelle un tel séisme pourrait survenir ».

Rappelons que dans son rapport d’évaluations complémentaires, vis-à-vis du risque de séisme, l’ASN (Agence de Sûreté Nucléaire) exige d’ EDF :

De faire en sorte que les équipements permettant de maîtriser les fonctions fondamentales de sûreté soient protégés contre l’incendie en cas de séisme. En effet, les principales dispositions de protection des installations contre l’incendie ne sont pas aujourd’hui dimensionnées pour résister au séisme du référentiel de l’installation;
(….) Pour les sites de Tricastin, Fessenheim et Bugey, de fournir une étude analysant le niveau de robustesse au séisme des digues et autres ouvrages de protection des installations contre l’inondation et de présenter les conséquences d’une défaillance de ces ouvrages.

 

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