Une école refondée pour une république refondée ?

La Parisienne libérée face à Vincent Peillon

Présentation du rapport sur la refondation de l’école, discours du Président, débat avec le ministre de l’Education Nationale sur Mediapart etc., le paquet médiatique est assez conséquent. « Refonder l’école pour refonder la république » affirme le ministre. Lire la suite

Joyeuses histoires à lire en diligence

Tout (?) Mulhouse lit, le wagges aussi .La dernière fois, je vous proposais, puisqu’il était question de musique, un extrait des Tilleuls de Lautenbach de Jean Egen : Le petit alsacien et Richard Wagner .

Le thème de cette année est consacré au(x) voyage(s). Comme chacun le sait et contrairement à ce que l’on laisse supposer, on ne voyage pas toujours, loin s’en faut, que pour son agrément. Et ces voyages ne sont pas tous solitaires.  Restant dans le littérature de notre région, le plus souvent plutôt oubliée, nous avons choisi cette année, une livre qui tient compte de ses aspects, le Rollwagenbüchlin (Le livre du coche 1555), de l’écrivain colmarien Jörg Wickram, traduit en français sous le titre Joyeuses histoires à lire en diligence

En voici l’avertissement au lecteur :

Ce petit livre inédit renferme moult farces et histoires destinées à être racontées à nos heures perdues, que nous soyons sur les routes ou sur l’eau, chez le barbier ou aux bains.
Elles fortifieront les esprits mélanco­liques et pourront être lues et entendues sans nulle offense par qui que ce soit sans restriction d’âge.
Elles sont dédiées à tous les marchands qui se rendent sur les foires, dans le dessein de les divertir.
Elles ont été recueillies par Jörg Wickram, greffier à Burkheim, en l’an de grâce 1555.

C’est un livre racontant des histoires dans le but de divertir, d’éviter l’ennui mais plus encore la grossièreté des échanges de la part de ses compagnons de voyage. En ce sens, il a quelque actualité surtout depuis l’invention du téléphone portable dans lequel on s’époumone à raconter pour qui veut l’entendre la banalité de sa vie privée sans égard pour ceux qui partagent le compartiment.

Je vous propose l’une de ses histoires, celle de deux compagnons qui partirent ensemble à la guerre. L’un est revenu riche, l’autre aussi pauvre qu’avant …

Histoire de deux lansquenets qui partirent ensemble à la guerre

Deux bons compagnons partirent ensemble à la guerre. Mais une fois enrôlés, et après avoir prêté serment, leurs bataillons furent envoyés, comme cela arrive souvent, à deux endroits distincts si bien qu’ils se perdirent de vue jusqu’au moment où, après avoir livré bataille, on leur donna leur congé.
Sur le chemin du retour, ils se rencontrèrent par hasard sur la route et voyagèrent ainsi un ou deux jours ensemble tout en se racontant longuement ce qu’ils avaient vécu. L’un était devenu très riche et avait accumulé beaucoup d’argent et de bijoux. Quant à l’autre, il ne possédait rien.
Le riche se moqua de lui : « Comment t’es-tu débrouillé pour ne jamais rien avoir amassé?
Je me suis accommodé de ma solde, répondit le pauvre, je n’ai pas joué au jeu ni dépouillé les paysans de leurs biens, j’avais trop pitié d’eux.
Ah, je vois! répliqua l’autre, tu es de ces guerriers à qui saint Jean Baptiste dans le désert a prêché qu’il fallait se contenter de sa solde!
Oui, repartit le pauvre, et je pense que c’est très bien comme ça.
Que nenni, mon très cher ami, répondit l’autre, ce temps est révolu! Les choses vont autrement aujourd’hui. Si tu verses dans la compassion et que tu ne mets pas la main à l’ouvrage, tu ne feras jamais rien de ta vie! Prends-moi en exemple. Moi, je ne me suis pas Privé de vider des coffres, d’en subtiliser d’autres. Ce que tu trouves, tu le prends, et ne t’attache jamais trop à qui que ce soit! »
Le pauvre réfléchit. Le hasard fit qu’ils dormirent la nuit dans la même chambre. Le pauvre prit bonne note de l’endroit où le riche posa son sac et ses bijoux, se leva discrètement à minuit, déroba à son compagnon une chaîne en or et dix florins environ puis s’enfuit avant le jour.
Lorsque, à son réveil, l’autre ne trouva plus son compère à ses côtés, il sut de suite qu’il était arrivé quelque chose. Il empoigna sa besace et vit qu’il lui manquait une chaîne et de l’argent. Il se mit à sa recherche, l’attrapa à Nuremberg et le fit jeter en prison.
Lorsqu’un vénérable édile demanda au prisonnier de s’expliquer, il donna comme toute réponse: « C’est lui qui me l’a ordonné. » L’autre nie, le prisonnier ne veut pas en démordre.
Le pauvre comparut devant le Conseil et fut sommé de leur exposer clairement comment on avait pu lui ordonner une telle chose. Le pauvre leur raconta que l’autre avait voulu lui donner une leçon, qu’il ne devait avoir de compassion pour personne et qu’il devait se servir quand il tombait sur quelque chose. C’est ce qu’il avait fait, car
jamais il n’aurait pu trouver aussi vite meilleure aubaine que son compagnon lorsqu’ils avaient partagé la même chambre !
Le Conseil décida qu’il devait lui rendre la chaîne en or mais qu’il pouvait garder l’argent afin qu’il puisse se nourrir en route. Quant à l’autre, il lui fut interdit d’enseigner comment s’enrichir.

Jörg Wickram : Joyeuses histoires à lire en diligence
PRIX DU PATRIMOINE NATHAN KATZ 2011
Traduit de l’allemand du XVIe siècle et présenté par Catherine Fouquet
Collection Cahiers d’Arfuyen n°199, 194 pages

Les voleurs d’ombre et de temps du Parc Steinbach

Selon les projets de la Municipalité de Mulhouse, le Parc Steinbach

..... sera bientôt transformé en hyper rond point transparent d’un introuvable hyper centre après avoir été déclassé en catimini de son statut d’espace boisé protégé.

Les adversaires du Parc Steinbach ont marqué un grand point sur le terrain même qu’ils avaient adopté, celui de la conservation du patrimoine. Le commissaire enquêteur  vient de rendre ses conclusions sur l’enquête publique. Son avis est très clairement défavorable. Le projet de transformation (aplanissement + déboisement + ouverture) du parc constituerait selon ses termes “une atteinte grave non seulement au patrimoine historique de la Ville de Mulhouse, mais aussi à la mémoire de Georges Steinbach”.

Je voudrais pour ma part participer à ce débat en essayant de montrer que l’on peut contester la transformation du parc à partir d’une démarche autre que celui de la pure conservation du patrimoine. Même si, dans ce cas particulier, il est efficace, je trouve que le conservatisme patrimonial devient pesant. Je parviendrai cependant moi-aussi à une conclusion finalement conservatrice pour une raison simple : s’il s’agit de remplacer ce qui existe et qui témoigne d’une certaine noblesse par une vulgaire esthétique de rond-point, mieux vaut garder l’ancien. On comprend d’autant mieux l’attachement patrimonial  que l’on n’a rien de convainquant à mettre  à la place, c’est là que le problème est culturel.

Quelques attendus du Commissaire enquêteur :

« on ne peut que rester dubitatif sur l’opportunité d’utiliser le Square Steinbach pour « renforcer les connexions piétonnes entre la gare et l’hypercentre, entre la Place de la Paix et le centre piétonnier… ».
L’acception du mot « Square », les conditions de la donation et la volonté des donateurs ressortant de l’acte notarié conclu le 27 septembre 1894 s’opposent ostensiblement à la création d’un « espace où les limites de la ville et celles du jardin seront diffuses » et à la constitution « d’une nouvelle plateforme d’accès à l’hypercentre ».
Loin du « réenchantement » attendu par les initiateurs du projet, il apparaît clairement que la transformation du lieu en zone piétonnière urbaine végétalisée, constituerait une atteinte grave non seulement au patrimoine historique de la Ville de Mulhouse, mais aussi à la mémoire de Georges STEINBACH que ses héritiers ont voulu honorer par leur donation. Elles sont en tous cas incompatibles avec les conditions énoncées dans l’acte notarié et acceptées par délibération du Conseil Municipal de Mulhouse le 28 septembre 1894.
Le projet présenté à l’enquête publique constitue indubitablement un changement d’affectation de l’espace boisé classé du Square Steinbach. […]
En conclusion sur le fond, une levée de la protection d’espace boisé classé reposant sur le Square Georges STEINBACH ne peut être regardée que comme un changement d’affectation et de mode d’occupation du sol de nature à compromettre la conservation ou la protection des boisements existants ».

On trouvera la documentation  sur le blog du cercle républicain

Si l’on comprend bien la légalité même du projet est discutable. Cela n’empêche pas le maire avec son autoritarisme devenu habituel de passer outre avec une parfaite langue de bois arguant d’un simulacre de concertation. Voir chez l’ami Eric.

Il s’agit donc de dissoudre le parc, de l’ouvrir sur son environnement bref d’en accélérer le passage. Il faut aller plus vite et en ligne droite d’un commerce à l’autre, on n’est pas là pour flâner, souffler, prendre son temps, faire halte ce qui est la caractéristique même d’un parc ou d’un jardin public, ou encore d’un square.

Pour le philosophe des jardins publics et de l’éloge de la lenteur, Pierre Sansot :

 « Le jardin public est un lieu de flânerie. On y vient pour rien, mais aussi pour une autre chose. Cette autre chose peut être la rencontre fortuite ou provoquée, ou bien un moment volé à une quelconque occupation, que sais-je encore! J’aime bien regarder comment un banc est partagé entre des habitués, souvent des vieux, à moins qu’il ne s’agisse d’une jeune mère et de son enfant, et des “nouveaux”; ou comment des amoureux s’approprient, à la Brassens, ce banc public et se le partagent comme on partage un pain. Car on ne vient pas dans un jardin public sans une petite faim de l’autre… Ce sont des lieux publics où la vie se découvre, se déploie sous des jours inconnus, des hasards perturbant des emplois du temps, et des trajets trop rigides ».

Pierre Sensot /Propos recueillis par Thierry Paquot,
Institut d’urbanisme de Paris juillet 1996.

C’est cela que le projet des voleurs de temps veut tuer.

Le Parc Steinbach a comme caractéristique de ne pas être conçu selon des formes géométriques. Avec ses courbes, ses légères bosses, ses arbres non alignés, il a même quelque chose d’anarchiste. Oh mon Dieu ! mon Dieu ! On va nous aplanir tout ça, en voisin, on n’est pas chirurgien pour rien.

Et puis il y a l’ombre, les recoins d’intimité et de cachette dont les voleurs d’ombre veulent nous priver. Cet espace est un point de rencontre entre jeunes gens à mi chemin entre le Lycée Montaigne et le Lycée Jeanne d’Arc. On peut  les voir se bécoter dans les renfoncements des portes du Théâtre de la Sinne. Insupportable au regard oblique des passants honnêtes ! J’extraie de ce que j’avais écrit, en avril 2011, dans l’ancien wagges qui a malheureusement disparu, le passage suivant :

« Concernant le projet  du grand centre, il est révélateur à mes yeux de constater que ceux qui ont réfléchi –si l’on peut utiliser ce terme – à la question avaient oublié qu’un Théâtre se situait dans le périmètre et, quand ils en ont aperçu le bâtiment, ils ont oubliés de se demander par qui il était fréquenté. Révélateur aussi me semble-t-il le projet de rendre le parc Steinbach  transparent. Au « regard oblique des passants honnêtes » comme chantait Brassens à propos des amoureux sur les bancs publics ? Supprimer l’ombre, la nuit, l’obscur, c’est supprimer la vie.»

En bonne logique devrait suivre, après la mise en transparence du parc, l’installation dans un premier temps de caméras de surveillance chère à M. Paul Quin en attendant la mise en place de dispositifs de sommations automatiques envers ceux qui traverseraient le parc trop lentement, prélude au contrôle des comportements dans l’espace public.

Le lifting radical (= qui s’en prend aux racines – des arbres) nous vole un peu de vie.

Il y a une pétition à signer. Je n’en approuve pas tous les termes notamment parce qu’elle réclame des places de parkings. Et s’il s’agit de trouver une autre affectation aux sommes qui seront inutilement dépensées, on pourrait envisager de réduire les tarifs d’accès exorbitants (13 euros l’été)  à un autre parc, zoologique, lui où les arbres et les bancs sont sponsorisés.

Nous avons reçu le message suivant de l’Association Engelmann :

Une visite musicale  du Parc aura lieu samedi 13 octobre  partir de 15h 15 côté Théâtre sous l’arbre de la liberté face au Musée. Daniel Muringer jouera de l’accordéon et chantera pour essayer de rassurer les arbres centenaires menacés par le Grand Arboritueur.  Venez rire un bon coup avec nous. “Les amis du Parc “
S’il pleut vraiment  samedi ce s’ra dimanche même heure et lieu.