Autisme pronucléaire

Nous prenons note de ce nouvel épisode de la saga « fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim ».

Francis Rol-Tanguy chargé d’en organiser les modalités se heurte à un certain autisme pour ne pas dire un autisme certain de la part du gestionnaire du site, EDF.

Il déclare au Figaro :

« EDF n’est pas résigné à la fermeture de Fessenheim. Depuis le début de ma mission, j’ai des échanges ­réguliers avec l’entreprise même si, d’une manière générale, il y a un certain «autisme» du milieu nucléaire. La France ayant jusque-là fait le choix massif de l’atome, on constate chez certains une difficulté à penser autrement. « 

A cet endroit, on se pose juste la question de savoir quel est l’actionnaire majoritaire d’EDF  et d’où vient cet « autisme » ?

Sur le calendrier :

« Le gouvernement doit déposer à l’automne la loi sur la transition énergétique qui comportera des dispositions sur la fermeture de Fessenheim. Le gouvernement prévoit que la loi sera définitivement votée à la fin du printemps 2014. Henri Proglio (le PDG d’EDF, NDLR) a dit qu’il se conformerait à la loi. La procédure de décret de mise à l’arrêt définitif pourra alors démarrer. EDF devra d’abord déposer un dossier. Le dossier doit ensuite être examiné par l’Autorité de sûreté nucléaire, puis une étude d’impact réalisée, soumise à enquête publique. Il faut compter quatre ans à partir de maintenant, mais j’ai bon espoir que le décret de mise à l’arrêt définitif soit pris avant la présidentielle ».

L’intégralité se trouve ici.

Pour les épisodes précédents voir ici et sans oublier celui-ci.

La transition énergétique : du nucléaire au nucléaire (2)

 Pendant que les élus d’Europe Ecologie les Verts s’évertuent à réclamer de la transparence, nous nous proposons de commencer par lire ce qui est déjà exprimé. Nous avions déjà évoqué l’idée que se prépare une transition énergétique du nucléaire au … nucléaire. Jacques Repussard, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français, dans un entretien au journal Le Monde, le confirme, en évoquant l’intérêt d’un « changement de paradigme » pour la conception des centrales tout en restant dans le cadre de l’énergie nucléaire. En voici l’extrait pour mémoire :

« Le nucléaire a-t-il encore un avenir ?
Fukushima ne remet pas en cause l’utilisation de la fission nucléaire comme source d’énergie. Mais il faut des technologies éliminant les risques d’accident aussi grave. Cela demande peut-être de changer de paradigme, d’imaginer d’autres types de réacteurs et d’arrêter la course à la puissance.
L’EPR français est pourtant plus puissant que les réacteurs actuels.
N’est-il pas plus sûr ?
Il est plus sûr parce que sa conception tient compte des accidents graves et prend en compte la gestion de tout son cycle de vie, démantèlement compris. Ses innovations expliquent en partie, comme pour tout prototype, l’augmentation des coûts et des délais. Mais, avec une puissance thermique de plus de 5 000 mégawatts , on arrive à des quantités gigantesques d’énergie stockées dans le coeur du réacteur. Pourquoi ne pas réfléchir pour l’avenir, à côté de l’EPR, à des réacteurs plus petits dont le combustible, même très endommagé, resterait confiné dans la cuve en cas d’accident ? »

Extrait de Nucléaire : « Il faut arrêter la course à la puissance et imaginer d’autres types de réacteurs ». LE MONDE |

Conseil d’Alsace – Lettre ouverte à Madame la présidente de l’Université de Haute-Alsace – Deux poids, deux mesure

La machine de propagande pour le Oui au Référendum sur le Conseil Unique d’Alsace est lancée. Cela donne un avant-goût des pratiques et des institutions post-démocratiques entrain de se créer.

Nous publions ci-dessous la lettre ouverte écrite par le cercle Edouard Boeglin à la Présidente de l’Université de Haute Alsace qui a mis à disposition le grand amphithéâtre de la Fonderie pour la réunion des partisans du Oui. La lettre réclame à juste titre que la salle soit disponible pour d’autres sensibilités. 

Le wagges pour sa part plaidera bientôt en faveur de l’abstention.

J’en profite pour signaler un très intéressant site d’information permettant de se faire une idée plus claire de ce qui se prépare .                                  


Mardi 12 mars 2013

Madame la présidente,

Le règlement de l’Université de Haute-Alsace stipule que ses locaux ne sont pas loués à des partis politiques. Toutefois, lundi 11 mars 2013 à 19h30, une « grande réunion publique » du « mouvement du oui » a eu lieu au Grand Amphithéâtre de la Fonderie, avec notamment la participation de Philippe Richert, Guy-Dominique Kennel, Charles Buttner, à l’invitation de Jean Rottner et de Jean-Marie Bockel, sous le titre « Mulhouse dit oui ! ».

Dans la mesure où le débat sur la Collectivité Territoriale d’Alsace est un sujet d’intérêt général, il est imaginable de déroger pour une fois au règlement. A condition toutefois de traiter équitablement les autres sensibilités politiques.

En ce sens, devant la quasi impossibilité de trouver des espaces publics pour débattre des affaires politiques, un groupement aux opinions contraires a demandé à bénéficier de la même salle dans les mêmes conditions, pour une réunion publique de même nature.

Couvrant de votre autorité l’avis de la faculté de sciences économiques, sociales et juridiques, nous avons appris que vous avez récemment refusé cette demande par écrit. Motif invoqué : « la location de salle à laquelle vous faites référence est une réunion d’information organisée par l’association Le Forum et non par la Majorité Alsacienne ». Une association jusqu’à présent inconnue de nous, en dépit de nos recherches. S’il s’agissait du Forum des associations étudiantes, nous nous étonnerions de son utilisation détournée à de telles fins.

Espérons que ce ne soit pas là un avant-goût des pratiques futures de l’Alsace « unie » : les privilèges pour les uns, la mise à l’écart pour les autres. Nous refusons l’Alsace à une seule voix, nous voulons la pluralité des opinions et de la démocratie. Ce n’est que par ce seul moyen que les électeurs alsaciens pourront se faire une idée et voter en pleine connaissance de cause.

Le cercle républicain 68 « Edouard Boeglin », dont le siège est à Mulhouse, n’est pas une organisation politique mais un cercle de réflexion sur les grands problèmes qui concernent l’Alsace. C’est pourquoi notre association compte organiser une grande réunion publique pour permettre l’expression de l’ensemble des sensibilités politiques, à droite comme à gauche, qui souhaitent apporter un autre regard, exigeant et raisonnable, sur ce projet. Il est inconcevable qu’un sujet aussi important, qui engagerait irréversiblement l’Alsace, ne soit pas accompagné d’un large débat public.

   Nous vous demandons donc de nous faire connaître les conditions de location du grand amphithéâtre de la Fonderie pour assurer, au plus tôt, le juste équilibre entre les positions.

 L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ». Personne ne comprendrait que l’Université, dont la mission est d’être impartiale, fasse le jeu du deux poids deux mesures et n’assure pas l’égalité de parole entre toutes les opinions démocratiques.

  Veuillez agréer, madame la présidente, l’expression de nos salutations les plus cordiales.

Pour le Cercle républicain 68 « Edouard Boeglin »

Son président, Mathieu Lavarenne

La transition du nucléaire au … nucléaire

Nous vivons dans un pays formidable, on ne le dit pas assez.
Non seulement nos douaniers arrêtent les nuages radioactifs -à défaut de débusquer les trafiquants de viande de cheval – mais nos ingénieurs – des Ponts et Chaussées – ne ferment que des centrales nucléaires absolument sûres.
Qu’on se le dise !
Quant à nos députés UMP locaux, quand ils sortent de leur hibernation, ils vont enfin se préoccuper de faire rouler les trains à pleine vitesse.
Nous avons déjà dit l’essentiel de ce que nous a révélé Francis Rol-Tanguy, délégué interministériel en charge d’organiser la fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim.
En résumé, le lobby nucléaire a remporté une victoire en imposant à François Hollande un changement d’argumentaire. Désormais, on ne ferme plus la Centrale nucléaire de Fessenheim en raisons de faiblesses et de fragilités aggravés par sa présence problématique dans une zone sismique, en contrebas du Canal, et parce qu’il devient absurde d’accumuler des travaux dispendieux mais parce qu’il faut introduire un rythme de fermeture conjointement à des ouvertures de centrales atomiques. D’ici à ce qu’on fasse coïncider la fermeture de Fessenheim avec l’ouverture de l’EPR de Flamanville dont l’échéance impérative est celle d’avril 2017 !
Voilà définie la transition énergétique.

« Francis Rol-Tanguy, écrit le journal l’Alsace (23 février2013), balayant d’un revers de main ironique la référence du candidat Hollande au risque sismique, en rappelant qu’il était en campagne, il estime que les raisons de la fermeture sont claires, au moins depuis le 12 décembre : la transition énergétique, la nécessité d’anticiper le vieillissement du parc nucléaire français. 48 des 58 réacteurs actuels ayant été mis en service entre 1977 et 1989, il s’agit d’étaler dans le temps des fermetures inévitables, afin de pouvoir faire face aux investissements nécessaires à leur remplacement ».

Exit le risque sismique ! Ce n’était qu’une blague de campagne électorale ! Sont marrons ceux qui ont cru qu’elle(la campagne) était sérieuse.
Repousser les échéances, comme on le fait, impose de faire faire les travaux de sécurisation exigés par l’Autorité de sûreté nucléaire. Ce qui serait franchement ubuesque mais dans la logique de la méthode proposée.
Il y a une autre étrangeté dans le discours que l’on nous sert. Elle consiste à faire comme si l’Etat n’avait plus rien à dire au Conseil d’administration d’EDF. Tout de même surprenant, non ? Quand on sait que dans la répartition du capital d’EDF, l’Etat détient 84,5 %. Et on fait comme si on ne pouvait pas demander dès maintenant à l’entreprise d’électricité d’y mettre du sien ?
On en vient à se demander si ne règne pas, dans le domaine nucléaire, la même « stupidité ou bêtise fonctionnelle » que celle relevées dans la gestion des finances.
Sur ces entrefaites voici que débarquent, sortis tout droit de leur hibernation, nos trois députés UMP locaux. Michel Sordi, Eric Straumann et Antoine Herth.
Contentons-nous de relever le chantage assez vulgaire auquel s’est livré ce dernier :

« Selon Antoine Herth, écrit le journal L’Alsace (24 février 2013) l’arrêt de la centrale de Fessenheim fragilisera les grandes usines installées dans la bande rhénane, grosses consommatrices d’énergie électrique. Au point que certaines, qu’il refuse de citer, s’interrogeraient sur leur avenir dans la région. La ligne de chemin de fer entre Strasbourg et Bâle pourrait aussi souffrir de cette baisse de la production locale. « Le réseau est déjà faiblard du côté de la Suisse, ce qui empêche les trains de rouler à pleine vitesse. » Enfin, si la centrale ferme, « il faudra construire une seconde ligne à haute tension pour acheminer l’électricité importée d’autres régions. Or ce sujet n’a pas été évoqué jusqu’à présent, et cela posera un problème paysager pour la population. »

Zorro est arrivé. !
Où était-il pendant les 99 jours (du 30 juillet au 06 novembre 2011) où les deux réacteurs de Fessenheim étaient à l’arrêt ? Les grosses entreprises « tenues secrètes » par A. Herth étaient certainement à l’arrêt, elles aussi, et en chômage technique ! Et le train entre Bâle et Strasbourg n’a sans doute pas roulé une seule fois !
Qu’a fait alors Monsieur Herth ? Etait-il en hibernation ?
Qu’entreprend-il d’ailleurs pour faire en sorte que les trains circulent et que les usines soient alimentées malgré les arrêts si fréquents et le peu de rendement de la centrale ?

La financiarisation de l’industrie agroalimentaire

Alors que l’on nous présente comme une découverte le fait que la production de viande soit devenue une industrie, je vous invite à lire l’intégralité d’un article fort intéressant publié sous le nom de Zébu par le blog de Paul Jorion. Il a pour titre « On achève bien les chevaux ».Nous en publions ci-dessous un extrait.  Il met en exergue la question de la financiarisation de l’industrie agroalimentaire y compris dans sa forme coopérative qui singe le modèle dominant. L’entreprise Spanghero, par qui le scandale est arrivé, appartient en effet à une coopérative.

La gesticulation gouvernementale, les approximations médiatiques ont largement contribué à noyer le poisson, si l’on peut dire, au point de faire passer une fraude économique pour un scandale sanitaire, comme le montre l’exemple du quotidien régional L’Alsace.

La falsification d’une étiquette n’a rien à voir avec un principe de précaution qui est d’ordre sanitaire.

La fraude et le fraudeur, explique à juste titre l’article de Zébu, sont des produits d’un système auxquels ils servent en même temps d’exécutoire pour lui permettre de perdurer. On tient un coupable. Il l’est en effet. Mais le désigner exclusivement efface toute une chaîne d’irresponsabilités sur laquelle repose tout un système qui s’est financiarisé.

Venons-en à ce qui nous paraît être le cœur de l’article :

 « Quel est le point commun entre Findus, Comigel, Lur Berri et même Picard ? En dehors du fait qu’ils ont été à des degrés divers concernés par l’affaire de la viande de cheval, c’est une expression : ‘Leveraged Buyout’ (LBO). « Le LBO, de l’anglais «Leveraged Buyout », est un terme générique désignant un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (« leverage »), c’est-à-dire par recours à un fort endettement bancaire. ». Findus y est passé, par Lion Capital Investments en 2008, après CapVest en 2004 et EQT en 2000, pour être finalement restructuré au profit de banques. Picard, la réputée chaîne de surgelés, fait par ailleurs partie elle aussi des ‘cibles’ restructurées par Lion Capital, après avoir été cédé par Carrefour en 2001 à un autre fonds d’investissement en LBO, comme en 2004 ensuite. Comigel a elle été acquise par un fonds d’investissement français en 2007, Céréa Capital, quand Lur Berri, propriétaire de la désormais fameuse entreprise Spanghero, utilisa les services de LBO France (par ailleurs actif dans l’agroalimentaire : Materne, Pom’ Alliance, Poult, EVS) pour acquérir Labeyrie en 2012.

L’agroalimentaire a donc connu une véritable financiarisation au travers de cette ‘technique’, laquelle fonctionne de cette manière : des investisseurs investissent leurs surplus de liquidités en acquérant des sociétés dites ‘cibles’ (correspondant à leurs critères d’investissement), créent une holding spécifiquement dédiée pour ce faire, laquelle est constituée des apports de liquidités des investisseurs et de crédits, majoritaires, le plus souvent bancaires. En apportant ainsi 1€, ils ‘lèvent’ 1, 2 ou 3€ complémentaires auprès de banques afin d’acquérir des entreprises, lesquelles devront ensuite ‘produire de la valeur’ afin de rembourser les créditeurs : en clair, produire des bénéfices qui seront reversés sous forme de dividendes aux ‘actionnaires’ de la holding. Dans ce cadre là, on parlera alors de ‘ROE’, Return On Equity, le taux de profit sur les capitaux propres. Et plus ceux-ci seront faibles par rapport à la somme totale, et plus ce ‘ROE’ sera important, soit sa capacité à produire du profit pour les investisseurs. D’où la ‘nécessité’ d’avoir recours au maximum au crédit afin d’optimiser ce ‘taux de profit’, lequel tourne autour des 15% annuels en moyenne mais peut atteindre des niveaux stratosphériques (25% et +).

C’est à cette ‘logique’ là que le secteur agroalimentaire ou tout du moins une bonne partie s’est livré dans les années 2000 en France, afin d’accéder au Graal promis aux entreprises financiarisées : la liquidité.

La liquidité permet toutes les audaces et aussi tous les investissements, comme Lur Berri en fit l’expérience, en acquérant à tour de bras foultitudes d’entreprises devenues autant de filiales. Elle permet la croissance du chiffre d’affaire et même, selon l’AFIC (Association Française des Investisseurs pour la Croissance), l’augmentation du nombre de salariés. Que demander de plus dès lors ?

Le problème, c’est que si le LBO ‘produit de la valeur’ comme on aime à le répéter dans ces milieux là, c’est uniquement au bénéfice des investisseurs, lesquels, non content de recevoir des dividendes, récupèrent aussi de potentielles plus-values phénoménales lorsque ladite entreprise est revendue à un prix supérieur à celui de l’achat : c’est le second niveau de ‘leviérisation’.

Le problème est aussi que la masse salariale ne voit que très rarement la couleur de la ‘chaîne de valeur’ mais bien plutôt celle des conflits sociaux, du fait de l’augmentation de la productivité pour produire toujours plus de dividendes, pour des salaires identiques. »

L’intégralité de l’article avec notamment la réflexion sur le système coopératif se trouve sur le site de Paul Jorion

 

 

Pour se préparer à un accident nucléaire, il faut en mesurer le coût

Pour se préparer à un accident nucléaire,
il faut en comprendre les conséquences potentielles

Ludivine Pascucci-Cahen, Momal Patrick
Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN)

On comprend mieux. J’avais été surpris par  la complaisance avec laquelle on nous jetait à la figure le coût d’un accident nucléaire : 400 milliards d’euros.
Et plus si affinités ?
Je n’avais pas réagi sur le coup car je m’étonnais que les documents soient introuvables sur le site de l’IRSN.
Ils le sont désormais.
Il a fallu quelques pressions.

Dans le cadre des préparatifs pour la gestion d’une éventuelle – l’éventualité fait désormais partie des possibles – catastrophe nucléaire, l’IRSN s’est lancé dans l’évaluation des coûts d’un accident nucléaire.

« Au total, un accident majeur pourrait coûter plus de 400 milliards d’euros, soit plus de 20 % du PIB français annuel. Le pays serait durablement et fortement traumatisé, car deux impacts se combineraient : il faudrait faire face simultanément à des conséquences radiologiques sévères sur une partie du territoire, et à de très lourdes pertes économiques, sociétales, ayant des conséquences internationales. L’Union Européenne serait affectée, et l’histoire garderait pendant longtemps la mémoire de la catastrophe ».

Les chiffres ont été révisés à la baisse puisque le rapport de la Cour des comptes de janvier 2012 qui écrivait :

Les estimations de l’IRSN donnent un coût moyen compris entre 70 Md€ pour un accident modéré sur un réacteur comme celui qui s’est produit à Three Mile Island en 1979, et 600 Md€ à 1 000 Md€ pour un accident très grave comme ceux de Tchernobyl ou de Fukushima.

Des calculs à la louche.

Le bon sens voudrait, à partir de là, que l’on réfléchisse à deux fois avant de persévérer dans le développement de l’industrie nucléaire d’autant que le calcul du coût suppose que l’accident serait de « type Fukushima » alors que chaque accident est d’un autre type. Mais l’IRSN va dans une direction totalement opposé puisqu’elle conclut que les études menées éclairent l’avenir à long terme du nucléaire (sic!) :

« Ces études fournissent enfin un éclairage complémentaire pour la discussion relative à l’avenir à plus long terme du recours à l’énergie électronucléaire. L’importance des coûts d’accidents milite en effet pour la mise au point de nouveaux types de réacteurs qui non seulement présentent des probabilités plus faibles qu’aujourd’hui de causer un accident grave, mais permettraient aussi de par leur conception d’arriver à une « élimination pratique » de ce type de scénario accidentel conduisant à des rejets très importants ».

Les calculs ont cependant encore un autre objectif : faire prendre en compte ces coûts dans la facture d’électricité. Car la question de savoir qui va payer est implicitement posée. Sur ce plan, je trouve que l’argumentation de Greenpeace relève d’une pédagogie bien tendancieuse :

« Le système doit intégrer TOUS les coûts !

Si l’on intègre les conséquences économiques d’un accident nucléaire au coût du MWH, l’électricité nucléaire perd immédiatement son image d’énergie bon marché. C’est en intégrant tous ces coûts que l’on se rendra compte que cette technologie représente un fardeau que notre société n’a plus le luxe de se payer.
C’est également au niveau réglementaire, sur son système d’assurance que la France doit agir: d’une part en étendant la responsabilité des exploitants aux fournisseurs du nucléaire et d’autre part, en mettant en place un régime de responsabilité illimitée comme en Suède et en Allemagne ».

On dirait qu’un gros piège se prépare.

En tout état de cause, si l’on ne discute pas de cela dans le cadre des débats sur la transition énergétique, on ne discute de rien.

Fermeture de Fessenheim : encore 6 mois de gagnés !

A chaque déclaration officielle concernant le fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim promise par François Hollande, l’échéance est repoussée de quelques mois supplémentaires.

On apprend ainsi, ce matin, par la bouche de Francis Rol Tanguy, interrogé par les Dernières Nouvelles d’Alsace que

« Le projet de loi de transition énergétique dans laquelle la fermeture de Fessenheim devrait s’inscrire sera discuté au premier semestre 2014″ (C’est nous, le wagges, qui soulignons)

(C’était prévu pour fin 2013) et que

« l’exploitant a deux ans pour monter le dossier de démantèlement et l’ASN doit rendre un avis dans un délai maximum de trois ans, d’où cette notion de cinq ans [avancée par l'ASN]. (…) Deux ans et deux ans, cela me semble à moi aussi [comme à Delphine Batho qui avait parlé de 4 ans] crédible et réaliste ».

Heureusement que le changement, c’est maintenant !

Vote en 2014 + 4 ans, cela nous mène en 2018. Les élections présidentielles auront lieu en 2017. En janvier dernier, on nous le promettait pour fin 2016, début 2017. La méthode Jean Marc Ayrault prend des allures d’atermoiements.

Nous sommes dans un pays où l’on charge les hauts fonctionnaires et la Cour des comptes de définir la politique du gouvernement. Ainsi apprenons nous également de la bouche de M. Rol Tanguy,

« Une vraie politique énergétique revient à étaler les fermetures pour étaler l’investissement nécessaire au remplacement du parc.(C’est nous, le wagges, qui soulignons) Surtout dans un pays comme la France, pays le plus nucléarisé au monde (…) Sinon, on se lie les mains et on s’oblige à prolonger les centrales au détriment de leur sûreté ».

Autrement dit il faut fermer des centrales nucléaires pour en construire d’autres. On l’avait deviné. Cela a au moins le mérite d’avoir été dit. Car comment, sinon, fourguer des centrales nucléaires destinées à des zones sismiques en Inde ?

Est-ce là une façon moderne de gouverner ?

L’histoire d’un nomade du nucléaire

L’industrie nucléaire a créé une catégorie de gens du voyage particulière appelés les  » nomades du nucléaires ». Ils vont d’un réacteur à l’autre pour y effectuer les tâches les plus pénibles et notamment celles soumises aux irradiations. EDF a par ailleurs des pratiques salariales curieuses notamment celle dite du prêt de main d’œuvre à but lucratif. C’est illégal et consiste en ceci : des entreprises complaisantes prêtent de la main d’œuvre à EDF, ce qui permet à l’électricien de ne pas leur appliquer le traitement statutaire.

Un récit du Canard enchaîné (cliquez sur la photo pour une lecture plus aisée) :

Le Canard enchaîné du 13/02/2012

Loi bancaire : les contribuables ne doivent pas payer pour la finance

Par Jacques Sapir, Jacques Généreux, Dominique Taddei

 » Nous, économistes, pensons que le projet de loi de séparation bancaire présenté à l’Assemblée nationale ne fait pas ce qu’il prétend et ne protègera pas plus qu’avant les dépôts des ménages français. En réalité, il laisse libre cours aux activités spéculatives des banques et sauvegarde leur pouvoir.

L’objectif affiché du projet consiste à sécuriser les dépôts et, pour cela, à séparer les activités de marché dangereuses des activités de crédit-dépôt. L’intention est bonne, compte tenu de l’hypertrophie des banques françaises. En effet, les actifs bancaires français représentent 340% du PIB (contre 85% aux États-Unis). Il existe au moins quatre banques dont la faillite peut entraîner la chute de l’ensemble du pays, contrairement à l’Allemagne qui n’en compte qu’une. Ces banques sont à la fois trop grosses pour qu’il soit possible de les laisser faire faillite (too big to fail) et « trop grosses pour être sauvées » (too big to save).

Le secteur bancaire français présente un niveau de risque systémique parmi les plus élevés du monde : Dexia a déjà coûté 12 milliards d’euros aux contribuables français et belges et l’État vient d’y ajouter 85 milliards en garantie. Le Crédit agricole prévoit des pertes record en 2012, voisines de 6 milliards d’euros et la Société générale aurait perdu 11,9 milliards en 2008 sans le secours du contribuable américain.

Par ailleurs, le « modèle » français se révèle défaillant dans sa tâche de financement de l’économie : seuls 10% du bilan de nos banques sont consacrés aux prêts aux entreprises non financières et 12% aux prêts aux particuliers. Le reste relève d’opérations de marché essentiellement spéculatives : sur les 200 milliards d’obligations émises par le secteur bancaire français en 2012 pour « financer les prêts hypothécaires », seuls 22 milliards ont été distribués aux ménages et 27 milliards aux entreprises. Et combien consacrés à l’emploi, la recherche et l’investissement ?

En supprimant la garantie publique implicite sur les produits bancaires hautement profitables et risqués que proposent les marchés, la séparation des activités spéculatives des activités dites commerciales, engagement de campagne n°7 de François Hollande, permettrait aux secondes de se consacrer intégralement au financement de l’économie réelle. En isolant les banques commerciales des humeurs des marchés, une vraie séparation permettrait de réduire le coût du financement des ménages et des entreprises. Elle ne pénaliserait que les quelques 9 000 traders et leurs dirigeants.

Or, que fait le projet de loi actuel ? Il oblige les banques à loger certaines activités spéculatives dans des filiales, mais seulement 0,75 % à 2 % du produit net bancaire des banques est concerné par cette mesure. Toutes les activités interdites à la maison-mère (les prêts aux fonds spéculatifs, le trading à haute fréquence, etc.) sont accompagnées d’exception qui vident la loi de son contenu. Les amendements déposés pour élargir ce périmètre demeurent largement insuffisants. Le projet français reste très en-deçà de ce qui est envisagé ailleurs dans le monde, y compris dans les pays anglo-saxons ! Il est beaucoup plus faible, en particulier, que le rapport Liikanen de l’Union européenne, qui, bien que timide, a au moins le mérite d’exiger la filialisation de toutes les activités de « tenue de marché ».

À défaut de prévenir une crise, le projet de loi laisse-t-il au moins espérer que nous aurions les moyens de la guérir ? Non. Selon ce projet, les maîtres d’œuvre de l’éventuel démantèlement d’une banque française seront le gouverneur de la Banque de France et le directeur général du Trésor. Ils décideront seuls si l’État français devra aller au secours d’une banque (quitte à ruiner les Français) ou s’il conviendra de la laisser faire faillite.

Les décisions seront prises sans obligation de consulter le Parlement, à l’aveugle, et au détriment du contribuable. Les 3,7 milliards prélevés sur les citoyens néerlandais, sans avoir été consultés, pour sauver sans conditions SNS Reaal, quatrième banque des Pays-Bas, sont un cas d’école qui risque de se généraliser.

De même, les détenteurs d’obligations ne seront pas nécessairement sollicités financièrement avant que les contribuables français aient à mettre la main à la poche. Le projet de loi considère que c’est une possibilité, mais non une obligation. Pire encore : pendant l’opération de réanimation cardiaque, le versement de dividendes aux actionnaires de la banque en détresse ne sera pas interdit. Rien n’est prévu non plus pour mettre à contribution les créanciers. Les dirigeants de la banque en détresse responsables de la déroute pourront-ils se voir supprimer définitivement le versement de leurs rémunérations ? Pas davantage.

Ce projet revient donc à maintenir dans la loi le parachute dont rêvent les banques « universelles » et leurs alliés, les fonds spéculatifs, pour pouvoir continuer leurs opérations spéculatives en toute quiétude. Il préserve leur liberté d’utiliser les dépôts de leur clientèle comme base pour accorder des crédits à leurs filiales spéculatives.

Comment, dans ces conditions, peut-on prétendre séparer les activités dangereuses du crédit, et sécuriser les dépôts ? Le sujet est suffisamment complexe pour que le Parlement britannique, qui s’engage vers une séparation bien plus stricte prenne un an pour légiférer.

Le gouvernement français, lui, prétend régler la question en un mois, alors même que la Commission européenne s’apprête elle-même à légiférer dans le sens du rapport Liikanen.

Ce projet de loi du gouvernement ne résout rien. Au contraire, il laisse la porte ouverte à une nouvelle crise. La crise a montré la nécessité d’une séparation stricte entre les activités bancaires utiles à l’économie et celles qui lui sont néfastes. Nous, économistes, appelons à une modification profonde de ce texte de loi, sous peine d’ébranler une nouvelle fois la confiance dans le processus démocratique ».

Signataires :

Michel Bellet, Université de Saint-Etienne Nicolas Beniès, université populaire de Caen,
Olivier Berruyer, économiste, animateur de les-crises.fr,
Paul Boccara, économiste, historien,
Laurent Cordonnier, Université Lille 1,
Ghislain Deleplace, Professeur, Université Paris VIII – Saint-Denis,
Denis Durand, économiste,
Guillaume Étievant, expert économique auprès des CE,
Bernard Friot, Université Paris-X, institut européen du salariat,
Jean Gadrey, professeur, Université Lille I,
Jacques Généreux, professeur, IEP de Paris,
Jean-Pierre Gilly, Université Toulouse I,
Gaël Giraud, CNRS, Centre d’Economie de la Sorbonne, Ecole d’Economie de Paris,
Jérôme Gleizes, économiste,
Bernard Guerrien, SAMM, Centre d’économie de la Sorbonne,
Olivier Gossner, directeur de recherche CNRS, Paris School of Economics,
Alain Grandjean, économiste,
Jean-Marie Harribey, maître de conférences, Université Bordeaux IV,
Pierre Khalfa, membre du Conseil économique, social et environnemental,
Philippe Légé, Université de Picardie,
Alain Lipietz, économiste,
Frédéric Lordon, directeur de recherche, CNRS,
Christiane Marty, économiste,
Alain Morin, directeur de la revue Economie et Politique
François Morin, professeur, Université Toulouse I,
André Orléan, directeur de recherche, CNRS-EHESS,
Dominique Plihon, professeur, Université Paris XIII,
Jean-Paul Pollin, Université d’Orléans Christophe Ramaux, Université Paris I,
Romain Rancière, professeur associé à Paris School of Economics
Frédéric Rauch, économiste, rédacteur en chef de la revue Économie et Politique,
Gilles Raveaud, Institut d’Études Européennes, Université Paris VIII-Saint-Denis
Jacques Sapir, directeur du CEMI-EHESS,
Dominique Taddéi, ancien président d’université, ancien président de la Caisse des dépôts et consignations,
Bernard Teper, membre Haut Conseil de la famille et du Réseau Éducation Populaire
Bruno Tinel, Université Paris I, Centre d’économie de la Sorbonne,
Stéphanie Treillet, économiste

30 signataires supplémentaires :
Daniel Bachet, Université d’Evry, Mathieu Béraud, Université de Lorraine, Eric Berr, Université Bordeaux IV, Pierre Bitoun, INRA, Frédéric Boccara, maître de conférences, université de Paris XIII, Marc Bousseyrol, économiste, Claude Calame, EHESS Gabriel Colletis, université de Toulouse, Pierre Concialdi, économiste-sociologue, Jean-Paul Domin, Université de Reims-Champagne-Ardenne, Véronique Gallais, Cadre dans l’économie sociale, Patrick Gianfaldoni, Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse Ozgur Gun, Université de Reims, Andrée Kartchevsky, Université Paris VIII – professeure, URCA et LADYSS, Robert Kissous, statisticien-économiste, consultant auprès des CE, Pierre Le Masne, Université de Poitiers, Marc Mangenot, Directeur de recherche, CNRS, Jonathan Marie, CEPN – CNRS, Université Paris XIII, Antoine Math, économiste, IRES, Jérôme Maucourant, Economiste, Université Jean Monnet (IUT Saint-Etienne), Thierry Méot, Statisticien-Economiste, Sandrine Michel, Université Montpellier I, Catherine Mills, économiste, Gilles Orzoni, ingénieur-économiste Henri Philipson, économiste, Jean-François Ponsot, Université de Grenoble, Bertrand Rothé, Université de Cergy-Pontoise, Gilles Rotillon, Université Paris X – Nanterre, Jean-Marie Roux, syndicaliste

Des médicaments à écarter selon la Revue « Prescrire »

Face à une crise des soins sans doute sans précédent, dont nous n’entrevoyons que de temps en temps la face immergée,  où trop de médicaments à balance bénéfices-risques défavorable sont commercialisés sans contrôle véritable, et où les Pouvoirs publics sont en voyage pour ne pas dire en vacance, la revue Prescrire publie une liste  de médicaments à écarter des soins, et à remplacer par de meilleures solutions, en attendant que les autorités de santé les retirent du marché

Les recommandations :

Au moment de choisir parmi les médicaments pour tel ou tel problème de santé, la prudence est de préférer les plus éprouvés, ceux dont les effets nocifs sont rendus acceptables par une efficacité démontrée sur des conséquences concrètes.

Mais chaque année, de nombreux nouveaux médicaments sont autorisés, malgré l’absence de preuve d’un progrès par rapport aux médicaments de référence. Parfois, ils sont en pratique moins efficaces ou plus nocifs. Mais en général, une promotion massive leur assure quand même une image positive aux yeux des soignants et des patients.

Pour d’autres médicaments, plus anciens, les espoirs initiaux d’efficacité sont déçus par les avancées de l’évaluation. Ou bien leurs effets indésirables s’avèrent plus importants qu’on ne le pensait.

Au final, pour ces divers motifs, de nombreux médicaments sont utilisés, alors qu’ils sont plus dangereux qu’utiles, ou que d’autres médicaments leur sont préférables.

Malheureusement, les données en défaveur des médicaments et les mises en garde contre les médicaments dépassés sont peu audibles, noyées dans le flot de la promotion, comme le montre l’exemple des pilules estroprogestatives de troisième génération.

Les soignants de première ligne qui veulent agir dans l’intérêt premier des patients se retrouvent en difficulté, à contrecourant de l’opinion de nombreux spécialistes, des autorisations de mise sur le marché, des décisions de remboursement des assureurs maladies, et de certains articles de la presse grand public.

En agissant par demi-mesures et en laissant des médicaments plus dangereux qu’utiles sur le marché, les autorités de santé ne font pas leur travail de protection des patients.

En pratique, dans de nombreux domaines, bien au-delà de celui des pilules contraceptives, un trop grand nombre de personnes prennent des médicaments qui ne sont pas les meilleurs choix possibles, parce qu’il existe des médicaments aussi efficaces et avec moins d’effets indésirables, ou parce que des solutions non médicamenteuses sont disponibles et préférables.

Sur la base des analyses publiées dans Prescrire de 2010 à 2012 (concernant les nouveaux médicaments, mais aussi d’anciens), Prescrire rassemble dans son numéro de février (et en accès libre en cliquant le lien ci-dessous) une série de plusieurs dizaines de médicaments plus dangereux qu’utiles, à écarter des soins et à retirer du marché.

Les patients et les soignants ont intérêt à réviser les traitements en cours pour écarter ces médicaments plus dangereux qu’utiles, et à préférer les traitements éprouvés. Sans attendre que les autorités décident enfin les retraits du marché qui s’imposent au vu des données d’évaluation.

Dans cette série, il s’agit :

  • de médicaments qui exposent à des risques disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent ;
  • de médicaments anciens dont l’utilisation est dépassée, car d’autres ont une balance bénéfices-risques plus favorable ;
  • de médicaments récents dont la balance bénéfices-risques s’avère moins favorable que celle de médicaments plus anciens ;
  • de médicaments dont l’efficacité n’est pas prouvée au-delà d’un effet placebo, et qui exposent à des dommages disproportionnés ;
  • d’associations à doses fixes, qui cumulent l’exposition aux effets indésirables et aux interactions des médicaments qui les composent, sans apporter de gain notable d’efficacité.

Dans tous les cas, Prescrire signale une meilleure option disponible.

Ce dossier a pour objectif d’aider les soignants à mieux soigner les patients, en prenant en compte les résultats d’une évaluation clinique des médicaments rigoureuse et indépendante. Il a aussi pour but d’interpeller les autorités pour prioriser leurs efforts au service de la santé publique. Et les inciter à prendre les mesures qui protègeront vraiment les patients.

La liste noire, qui comporte plusieurs dizaines de médicaments, « à retirer du marché », a été établie sur la base d’analyses publiées dans la revue Prescrire de 2010 à 2012. Cette liste fait l’objet d’un dossier spécial dans son numéro de février et est mise en accès libre sur son site Internet.

 

 

La Sainte Famille

« Cette question du mariage gay m’intéresse en raison de la réponse qu’y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le 1er siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c’est celui de l’église, c’est la Sainte Famille.

Mais examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n’est pas le père : Joseph n’est pas le père de Jésus. Le fils n’est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n’a jamais fait l’amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c’est ce que Levi-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : on est juif par la mère. Il y a trois types de filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l’adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l’impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l’adoption.

L’église donc, depuis l’Evangile selon Saint-Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l’adoption : il ne s’agit plus d’enfanter mais de se choisir. à tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant « je t’ai choisi », « je t’adopte car je t’aime », « c’est toi que j’ai voulu ». Et réciproquement : l’enfant choisit aussi ses parents parce qu’il les aime.

De sorte que pour moi, la position de l’église sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de 2 000 ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l’Evangile selon Saint-Luc.

[Il sourit] Ou de se convertir.»

Michel Serres
[La Dépêche du Midi, le 24 octobre 2012]