La lecture sur écran rend-elle stupide ? (2)

La lecture sur écran ne se fait que du bout des yeux. Or la lecture sur papier se fait aussi du bout des doigts. A la lecture sur écran manque la sensualité du papier. Serait-ce à dire qu’une telle sensualité a quitté ce monde ?   

Comme l’homme augmenté, la lecture est elle aussi devenue une lecture augmentée, demandant donc de nouveaux apprentissages. La lecture sur écran diverge par de nombreux points de la lecture sur papier : lumière émise par l’outil, lecture linéaire ou non linéaire, page par page ou en défilement continu, en plein écran ou avec les cadres, coupé de publicités ou pas, avec ajout de multimédia, de mécanismes ludiques parfois complexes (infographie dynamique des quotidiens sur le web). Cela, même si le lecteur peut aussi transformer une telle lecture non linéaire en lecture linéaire. Par ailleurs il n’y a pas qu’une seule lecture sur écran : la lecture de sms, celle d’un web quotidien ou d’un web périodique, d’un livre numérique sur tablette ou sur ordinateur ont chacune leur fonction propre, pour ne citer que ces trois types. En tout état de cause, c’est le rôle de l’Ecole d’apprendre une telle lecture qui remplit aussi bien l’espace social que l’espace scolaire lui-même (manuels numériques, tableaux numériques, ordinateurs, tablettes et projections diverses…). A l’Ecole aussi le rôle d’échapper à celles qui sont appelées les lectures industrielles (cf La lecture sur écran rend-elle stupide ? -1- ). Lire la suite

La lecture sur écran rend-elle stupide ?

« La rame vint s’immobiliser contre le quai en crissant de tous ses freins. Guylain s’arracha à la ligne blanche et escalada le marchepied. L’étroit strapontin à droite de la porte l’attendait. Il préférait la dureté de l’abattant orangé au moelleux des banquettes. Avec le temps, le strapontin avait fini par faire partie du rituel. L’acte d’abaisser son assise avait quelque chose de symbolique qui le rassurait. Alors que le wagon s’ébranlait, il tira de la serviette de cuir qui ne le quittait jamais la chemise cartonnée. Il l’entrouvrit avec précaution et exhuma d’entre les deux buvards rose bonbon qui s’y trouvaient un premier feuillet. …

… Peu à peu le silence se fit dans la rame. Parfois des « chut » réprobateurs retentissaient pour faire taire les quelques conversations qui peinaient à s’éteindre. Alors, comme tous les matins, après un dernier raclement de gorge, Guylain se mit à lire à haute voix…

… Tandis que le jour naissant venait s’écraser sur les vitres embuées, le texte s’écoulait de sa bouche en un long filet de syllabes, entrecoupé ça et là de silences dans lesquels s’engouffrait le bruit du train en marche. Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. » (Jean-Paul Didierlaurent – Le liseur du 6h27 – Folio 2015)[i]

Ecran waggesA l’heure de l’extension des activités interdisciplinaires et du tout numérique à l’Ecole, la question de la lecture se pose de manière plus cruciale du fait de la prise d’importance de la lecture sur écran dans ce cadre. Lire la suite